FPI: Affi dans un cul-de-sac politique (Par Ferro Bally)

FPI: Affi dans un cul-de-sac politique (Par Ferro Bally)

La météo politique ne présage pas le bon temps pour Pascal Affi N’Guessan, le président légal du FPI. Qui tourne désormais en rond, en faisant du surplace. En juillet 2014, quand, en prévision du 4è Congrès ordinaire du FPI initialement prévu du 11 au 14 décembre, le réaménagement technique du Secrétariat du FPI qu’il a opéré a mis le feu aux poudres des antagonismes, il était en roue libre.

Il a volé de victoire en victoire devant la Justice ivoirienne qu’il a saisie, en se démarquant du Comité de contrôle du parti. Ainsi, il a obtenu le report du Congrès, l’invalidation de la candidature de Laurent Gbagbo au poste de président du parti.

Cerise sur le gâteau, par décision en date du 03 avril 2015, la Justice a encore frappé en sa faveur: sa suspension du parti et son remplacement par Sangaré Abou Drahamane ont été déclarés nuls et de nul effet par le juge des référés Ahmed Coulibaly. C’est Affi qui était reconnu comme le président légal du FPI. La tendance dissidente entrait alors dans la clandestinité.

Pour le juge Coulibaly, le Comité central réuni par les opposants en mars 2015 n’avait pas de légitimité. Le référé va jusqu’à stipuler que le titre de président, le nom du FPI ou le logo du parti utilisés abusivement donneront lieu à une amende de 10 millions de FCFA, par infraction constatée. Sangaré ne pouvait donc plus légalement se prévaloir du titre de président du parti sous peine d’amende

C’était le beau temps. Mais la lettre, en date du 15 mars 2017, de Pascal Affi N’Guessan à Abou Drahamane Sangaré indique clairement que le temps est en train de virer à l’orage.

D’une part, ses relations avec le pouvoir, hier au beau fixe dans le jeu de l’entrisme, ont tourné au vinaigre, au point que les passes d’armes sont quasi-quotidiens.

D’autre part, ses résultats électoraux font de lui une feuille morte: à la présidentielle du 25 octobre 2015, Affi a obtenu 290.780 voix, soit 9,29% des suffrages exprimés, loin derrière Alassane Ouattara, sorti vainqueur avec 2.618.229 voix sur 3.129.742 suffrages exprimés, soit 83,66% (pour une population électorale de 6.301.189 inscrits).

Aux législatives du 18 décembre 2016, ce fut la bérézina: alors qu’il espérait, avec 186 candidats, un vigoureux groupe parlementaire d’environ cinquante parlementaires et le statut du chef de l’Opposition, Affi n’a eu que trois élus sur 254 sièges de députés à l’Assemblée nationale, soit 1,18%.

Résultat des courses, Affi a le logo et les attributs du FPI mais les militants semblent avoir déserté la barque, pour suivre majoritairement Sangaré qui n’a cessé de lancer des mots d’ordre de boycott de toutes les activités de l’État depuis la prise du pouvoir par Alassane Ouattara (Recensement général de la population, audiences foraines, présidentielle, référendum et législatives).

Est-ce la leçon qu’a voulu tirer la Justice ivoirienne? Peut-être que oui, peut-être que non. Le 29 février 2016, Affi, excédé par les activités du camp Sangaré, a de nouveau assigné ses «camarades» en référé pour «usurpation de titre de président du parti». Car, le 03 avril 2015, se rebellant contre la décision du Tribunal qui le déboutait, Sangaré a été clair: «Personne ne pourra m’empêcher d’aller au contact des militants du FPI. Personne ne pourra m’empêcher d’aller à la rencontre des forces politiques et démocratiques pour sauver la Côte d’Ivoire». Promesse tenue.

Affi attendait donc de la part de la Justice qu’elle reste cohérente en interdisant aux dissidents «de poser des actes et d’intervenir au nom et pour le compte du FPI sans l’autorisation préalable de Monsieur Pascal Affi N’Guessan, président du FPI, parti dont ils se réclament membres et ce, sous astreinte de cinquante millions de francs Cfa». Échec et mat.

Le juge des référés s’est déclaré, cette fois-ci, incompétent pour connaître de l’affaire sur le fond. C’est une réponse normande: le juge des référés ne donne ni raison, ni tort à Affi, mais renvoie les deux parties en conflit dos à dos.

De ce fait, il laisse libre cours à la théorie de l’évolution de Robert Darwin, selon laquelle ce sont les plus forts qui gagnent toujours. Car, implicitement, cette décision de Justice laisse le terrain politique départager les deux parties en conflit pour le contrôle du parti. La guerre entre légalité et légitimité a alors repris de plus bel, sans que le Pouvoir, jouissant de cette guerre de tranchées qui affaiblit sa principale Opposition, ne cherche à interférer, d’une manière ou d’une autre.

Et la tournée politique de Sangaré à l’Ouest du pays (du 14 au 19 mars 2017), couronnée d’un succès politique franc, est venue montrer que le président légal du FPI n’a plus toutes les cartes en main. En lieu et place des habituels gaz lacrymogènes pour disperser ses rassemblements et autres arrêtés préfectoraux ou municipaux d’interdiction de ses meetings, Abou Drahamane Sangaré a été accueilli avec les honneurs républicains rarement réservés à un leader de l’Opposition, une foule nombreuse et imposante.

Affi qui, juridiquement, n’est plus en position de force, a donc pris la pleine mesure de l’impasse politique dans laquelle il risque de se retrouver s’il ne prend les devants pour se présenter comme l’homme du compromis. D’où la lettre à Sangaré. Mais, en restant arc-bouté sur ses positions pour allier menace ouverte et supplication soutenue afin de ne pas perdre la face, il zigzague et s’enfonce dans un cul-de-sac politique, apportant du grain à moudre à l’analyste franco-sénégalais Albert Bourgi.

«En blanchissant Affi N’Guessan (il a été condamné, le 10 mars 2015, à 18 mois de prison avec… sursis au moment où les autres, ses collaborateurs au sein du parti, prenaient la raclée: 20 ans pour Mme Gbagbo, 5 ans pour Sangaré et Michel Gbagbo avec, à la clef, la perte des droits civiques), Ouattara montre qu’il ne connaît pas le rapport qui existe entre les fondateurs du FPI et les militants de ce parti. Depuis sa prison, Gbagbo à la main mise sur le FPI et ce n’est pas Affi N’Guessan qui pourra l’en empêcher parce que lui-même n’existe politiquement que grâce à Gbagbo», commentait, le 14 mars 2015, cet universitaire sur les antennes de RFI.

Or, la rupture est consommée. Pour le camp adverse, Affi n’est plus un interlocuteur: il est déclaré exclu du parti depuis le 03è Congrès extraordinaire du 30 avril 2015, qui a désigné Gbagbo comme le président du FPI. Son courrier est donc sans objet et sans effet. Et pour le plus célèbre prisonnier de La Haye, les dissidents du FPI sont connus: c’est Affi, malgré deux tournées en Europe, et ses partisans qui sont tombés en disgrâce et qu’il se garde bien de recevoir depuis son arrestation.

Par son silence assourdissant, Gbagbo laisse alors une alternative aux adversaires du «Gardien du temple», son alter ego: se soumettre en rentrant dans les rangs ou se démettre en faisant cavalier seul.

Ferro M. Bally

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