Franklin Nyamsi dit être déçu de Ouattara

Franklin Nyamsi dit être déçu de Ouattara

Voici venu le temps de dire quelques vérités utiles aux Ivoiriens.

En 1995, débarquant en Côte d’Ivoire, j’ai soutenu la cause des ivoiriens exclus qu’incarnait le Premier Ministre Alassane Ouattara. Mon premier article de presse dans ce pays portait sur ce leader. Et j’en suis encore fier. Car je venais de subir dans mon pays natal, le Cameroun, la même exclusion. Je suis devenu depuis lors citoyen adoptif de Côte d’Ivoire. J’y ai fondé famille et alliances.

En 2010-2011, j’ai pris fait et cause, en compagnie du Leader de ma Génération Africaine, Guillaume Soro, pour la victoire démocratique du candidat du RHDP, le Dr Alassane Ouattara, car j’étais et je demeure convaincu qu’il a bel et bien gagné la présidentielle 2010. Pour affirmer le contraire, le camp adverse a dû au préalable soustraire 7 régions électorales du décompte! J’étais alors à la première ligne des intellectuels défendant sa cause dans la diaspora afro-ivoirienne. Et la peuplade RDR m’applaudissait à tout rompre: j’étais leur plus-que-frère…

A cet égard, le Président Guillaume Soro, ex-SG de la Fesci que je connaissais depuis 1995, m’a pris dès 2012 à ses côtés, comme l’un de ses conseillers spéciaux. Un honneur et une confiance que je garderai jusque dans ma tombe!

J’ai effectivement fait la connaissance directe, grâce au Che Bogota, du Président Ouattara, qui m’a par deux fois chaleureusement reçu en audience officielle en sa Présidence. IL m’a honoré de son écoute, prenant bonne note des critiques constructives que je pouvais lui soumettre, en toute franchise. Jusqu’ à ce jour, je n’ai, à ma connaissance du moins, aucun problème personnel avec le Président Ouattara. Je sais que certains entourages excessifs font tout pour le convaincre du contraire et je m’en désole!

Le premier mandat d’Alassane Ouattara fut un succès sur le plan du redressement de l’Etat, de la relance des grandes infrastructures et de la reconstruction de l’image de marque de la Côte d’Ivoire. Je l’ai amplement défendu. Mais j’avais mes réserves, ayant observé les choses du dedans.

En 2015, j’ai donc soutenu la réélection du Président de la République Alassane Ouattara. J’avais de nouvelles espérances pour ce pays. J’espérais qu’il fasse de son second mandat, une étape de la réconciliation et du pardon avec le FPI notamment, un moment de consolidation de l’Etat de droit, de lutte contre le chômage massif des jeunes, mais aussi de désendettement international de la Côte d’Ivoire. Bref, je souhaitais que ce second mandat soit social et moral pour la relève ivoirienne. Mes publications témoignent de ce souhait.

Or, là fut ma grande déception.

J’ai constaté le blocage du processus du pardon tout en accompagnant le PAN Guillaume Soro dans son sacerdoce pour cette cause. Pour preuve, j’ai ardemment et publiquement applaudi le geste de décrispation du 6 août 2018. La libération massive de 800 prisonniers politiques fut le couronnement de la mission que GKS nous avait donnée 2 ans plus tôt: argumenter pour que cessent les dégâts de la crise postélectorale 2010-2011.

J’ai constaté le recul massif du respect des libertés fondamentales (réunion, expression, association, opinion, croyance, presse) notamment pendant ce second mandat. J’aurais par exemple voulu entendre le Président Ouattara frapper du point sur la table après l’assassinat de Soro Kognon à Korhogo! Hélas.

J’ai constaté le flou organisé autour de l’interprétation de la constitution, notamment la clause de limitation de mandats.

J’ai constaté que le chômage des jeunes (malgré les promesses de millions d’emplois), persistait gravement en Côte d’Ivoire. J’ai par ailleurs constaté que la politique de financement de l’économie nationale par la dette internationale était devenue systématique, la Côte d’Ivoire ne réussissant toujours pas à sécuriser son budget sur ses propres ressources, encore moins à privilégier le crédit à ses entrepreneurs nationaux dans ses propres banques.

Voilà pourquoi j’ai pris des distances critiques dans mes analyses, sans jamais contester ni la légalité, ni la légitimité du régime du Président Alassane Ouattara. Je publie donc cette mise au point pour dire que je n’ai jamais renoncé à penser par moi-même à cause d’un pouvoir. De toute ma vie! Au moment où certains militants extrémistes du RHDP-RDR veulent me faire porter le chapeau d’une xénophobie anti-Ouattara qui n’a jamais, ni de près ni de loin été mon dada, je voudrais leur répondre ici: je connais mieux ce pouvoir que la plupart d’entre-vous et si je le critique, c’est bien parce que j’en ai critiqué d’autres (Biya, Bédié, Gbagbo, ) pour les mêmes raisons que je dénonce aujourd’hui. Un intellectuel citoyen doit préserver son âme, pour accomplir sa part dans son époque. Que celui qui déteste la liberté de pensée, d’opinion et d’expression m’ignore!

Des leçons d’alassanisme, nul ne peut m’en donner parmi ces suiveurs qui ne pensent même pas ce qu’ils disent! Et ce n’est pas moi qui ostraciserai quelque homme que ce soit en agitant tous les fantasmes identitaires qui ravagent le monde et l’Afrique depuis la nuit des temps, car je suis ami de l’Etranger, de la Veuve, de l’Orphelin. Je n’ai au fond cure ni des frontières mentales, ni des frontières géographiques coloniales dans lesquelles tant de citoyens africains s’enferment et se massacrent. J’oeuvre pour la vérité et la justice, en toute circonstance. Le sens de ma vie est dans cet effort. Même quand je me trompe, mes erreurs reconnues me permettent de poursuivre la noble aventure de ma liberté!

Ce que j’espère aujourd’hui pour la Côte d’Ivoire, c’est une paix durable. Grâce à la réforme anticipée de la CEI avant 2020 pour une saine préparation des futures élections; grâce à l’accélération de la réconciliation nationale; grâce au respect scrupuleux de la constitution par tous et pour tous.

Je rêve d’une Côte d’Ivoire désendeuillée. Une Côte d’Ivoire dans laquelle le Président Gbagbo et Charles Blé Goudé que j’ai critiqués – et je ne le regrette point – rentreront enfin revivre dans leur pays, en bonne entente avec la République apaisée de nos espérances! Leur place, dans une Afrique se reprenant elle-même en main, est bel et bien désormais chez eux. Le temps de l’ivoirité et le temps de la résistance contre l’ivoirité sont forclos! Voici venue l’ère de l’Etat de droit pour tous!

Je ne cesserai jamais de me battre pour ces trois conditions de naissance de l’Etat de droit en Côte d’Ivoire et dans toute l’Afrique! Etat de droit qui constitue le leitmotiv puissant de l’engagement de ma génération politique, autour du Leader Guillaume Kigbafori Soro. Nous savons qui nous suivons!

C’est moi-même qui ai dit!

Fait à Paris, ce 25 novembre 2018.

Professeur Franklin Nyamsi Wa Kamerun

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