FRCI: ça ne va pas !

FRCI: ça ne va pas !

Quelques semaines après les attaques de Noé et de Grabo, la découverte, dimanche, de grenades qui ont été transportées dans un car de voyageurs, de San Pedro jusqu’à Dabou, est un nouveau signe inquiétant du déficit de la rigueur et de la vigilance chez les forces de l’ordre.                   

Les témoignages sont unanimes, le commando qui a tué quatre soldats loyalistes le 24 février, à Grabo, n’a pas eu besoin d’armes à feu pour éliminer ces militaires. Les bourreaux ont opéré avec des armes blanches. Ils ont surpris leurs victimes au poste d’observation et les ont poignardées.  C’est la fuite des rescapés qui aurait déclenché l’alerte générale. Les échanges de tirs n’ont eu lieu qu’après l’arrivée des renforts. Les assaillants qui avaient pris le contrôle de la localité ont pu se replier sans grande difficulté. Selon une source militaire bien informée, les sentinelles des Forces républicaines de Côte d’Ivoire, (Frci), étaient dans les bras de Morphée, au moment de l’attaque. « Cela pose le problème du manque de formation et de discipline chez nos soldats. Il y a assez de volonté et d’engagement dans les rangs, mais beaucoup ignorent encore les fondamentaux d’une faction », regrette-t-elle. (Lire la suite dans Nord-Sud Quotidien)

Soldats sans défense et sans armes Nous apprenons aussi qu’à un endroit aussi stratégique, le détachement attaqué n’avait pas d’arme pour se défendre. Ce qui explique que les survivants aient choisi de prendre la clé des champs. Cette humiliation ramène à l’une des difficultés de notre armée qui est à la fois difficile à dire et à cacher, tant elle est réelle. A cause de l’embargo sur les armes imposé par la résolution 2101 du Conseil de sécurité des Nations unies en vigueur jusqu’au 30 avril 2014, le gouvernement ne peut toujours pas importer d’armement. Jusque-là, seuls quelques dons, généralement d’armes légères, ont été reçus, à titre exceptionnel, par certaines unités. Nos contacts estiment cependant que cela n’excuse pas que des éléments se laissent surprendre. Au problème d’équipements qui va jusqu’au manque de moyens logistiques encore évoqué la semaine dernière par des chefs militaires de l’Agnébi-Tiassa au cours d’une réunion au ministère de la Défense, s’ajoute l’inefficacité du renseignement pourtant capital pour toute armée. Le fameux appel à la coopération renouvelé devant les populations de Grabo, le week-end dernier, par le ministre Paul Koffi est assez évocateur de cette ‘’surdité’’ des ‘’grandes oreilles’’ ivoiriennes. « Si vous connaissez des jeunes qui continuent de manipuler des armes, dites-leur de venir les déposer. Vous aurez sauvé des vies en dénonçant les déstabilisateurs. Même si j’envoie mille hommes en renfort, tant que vous ne coopérez pas, ils ne serviront à rien. Ce n’est pas les armes seulement qui font la paix… », a-t-il été cité par Le Nouveau réveil, l’un des quotidiens choisis pour ce déplacement. Ce nouvel aveu d’impuissance du patron de la Grande muette va certainement renforcer l’insouciance des déstabilisateurs. Toutes les forces régulières du monde ont certes besoin de la coopération des populations, mais celle-ci ne vient qu’en complément aux efforts des services de renseignements.

Les défaillances du renseignement militaire Les dénonciations attendues des citoyens ne sauraient être le principal moyen de prévention, surtout dans le contexte ivoirien où les assaillants choisissent des zones dont les habitants sont réputés être majoritairement hostiles au régime. Quand les instances compétentes ont voulu être actives dans ce domaine en Côte d’Ivoire, on en a vu les résultats. N’est-ce pas nos services de renseignement qui ont intercepté les manœuvres de déstabilisation d’un certain Charles Blé Goudé pour aboutir à l’arrestation de l’ex-leader de la galaxie patriotique au Ghana le 17 janvier 2013 ?

Moins d’un mois plus tard, les autorités ivoiriennes ont fourni à leurs homologues ghanéennes des preuves qui ont permis de mettre la main sur l’ex-chef du Groupe de l’escadron blindé (Geb) de la gendarmerie d’Agban, Abéhi Jean Noël, et l’ancien secrétaire général de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci), Jean Yves Dibopieu. Ils ont été tous cueillis et extradés par le biais d’un réseau pro-Gbagbo de financement des attaques qu’Abidjan avait réussi à infiltrer. Au mois de mars de l’année précédente, grâce au renseignement militaire, le Groupe de sécurité présidentiel (Gspr) avait lui aussi intercepté une tentative de coup d’Etat venant du Ghana. Les cerveaux qui détenaient une vidéo de la déclaration de prise du pouvoir ont été débusqués d’un hôtel à Assinie-Mafia.

Mais il semble manquer une constance dans cette capacité d’anticipation. La preuve, après une longue pause, les agresseurs ont réussi à frapper, en décembre dernier, en plein Abidjan, à une heure de pointe. C’était au commissariat du 16e arrondissement de Yopougon où l’armée a encore subi des pertes. « Les services de renseignement manquent de moyens. Certains agents n’ont même pas de téléphone de service, à plus forte raison des véhicules pour se déplacer. Comment peut-on être efficace dans de telles conditions », s’interroge une autre source. Ces problèmes, poursuit l’informateur, sont régulièrement mis sur la table, lors des réunions hebdomadaires de la coordination des services de renseignement qui se tiennent à un lieu dont nous préférons taire le nom. La conséquence, c’est que même quand les soldats remontent à la hiérarchie des informations précieuses obtenues sur le terrain, celles-ci ne sont toujours pas bien traitées. Or, la décision de renforcer telle ou telle position vient généralement du sommet.

Pas de moyen pour enquêter, donc pas d’enquête et pas de réactivité. Parfois, se plaint un soldat joint par téléphone à Dabou où six grenades ont été découvertes dimanche dans un car de transport en commun, les informations sur les velléités d’attaque ne sont pas prises au sérieux. « Au moment où ils (les patrons) se rendent compte que nous avions raison, il est déjà trop tard. Voilà comment nous nous faisons toujours surprendre », se défend-t-il, sans oublier de poser le cas de ses frères d’armes sans matricules qui n’ont pas de solde et qui se tournent vers le racket, au lieu de se concentrer sur les missions qui leur sont assignées sur le terrain.

Cissé Sindou

Source: Nord-Sud

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