G5 Sahel : La Convocation de Pau est une Bataille. Verdun ou Waterloo ?

G5 Sahel : La Convocation de Pau est une Bataille. Verdun ou Waterloo ?

L’effervescence des fêtes de fin d’année ne doit pas nous faire oublier la bataille que revêt la convocation de Pau du 13 janvier que le nouveau Napoléon Français a lancé tel un Général de gaulle depuis Londres. La convocation de Pau de 2019 désigne cette consignation des gouverneurs des 5 pays du Sahel par Emmanuel Macron qui avait « invité » le 4 décembre les membres du G5 Sahel à le retrouver le 16 décembre pour un sommet à Pau. La spécificité de cette convocation coloniale réside dans deux faits:

– Cet appel a été lancé de Londres lors du sommets de l´OTAN

– les cinq présidents des cinq pays du sahel ont appris leur convocation à la télévision comme l’antillais de la Martinique, le Bushman de Namibie, l’indien de l’Arizona ou le chinois du Sichuan qui regardait la télévision ce soir-là.

Cette convocation, chargée d’émotion, peut paraitre surréaliste pour les communs des mortel mais plutôt très conforme aux pratiques de la France pour tous ceux qui connaissent cet empire, ou qui s’intéressent à son histoire. L’histoire nous enseigne que la France a été un grand empire. Et ce que l’histoire moderne masque en général, c’est de rappeler que la France demeure un empire de nos jours. Un détail qui échappe souvent à beaucoup de nationalistes et de dirigeants Africains qui se retrouvent pris au piège de cette puissance brutale qui impose l’esclavage en plein 21ième siècle tout en prétendant qu’elle est le pays des droits de l’homme. En fait, une des forces de la France réside dans sa capacité à se faire harakiri, sous-estimer et même se faire aider par l’ONU et ses alliés face aux adversités pour maintenir l’empire. Ainsi, les Français ont guillotiné leur roi pour maintenir l’empire. Ils ont tué des millions de Camerounais et d’Africains pour des même raisons. Ils ont abandonné leur souveraineté monétaire à l’Allemagne pour garder la main sur le FCFA et l’empire. La France fonctionne comme une république impériale avec un président aux allures de monarque.

Essayons donc de clarifier la portée de ce psychodrame qui se profile à Pau, en évoquant quelques repères de l’histoire pour mieux comprendre que cette convocation de Pau depuis Londres est lourde de symboles.

L’empire Français:

Au fil des siècles, l’empire français a grandi pour atteindre sous l’impulsion de Napoléon, un ensemble qui s’étendait de la Baltique au Garigliano, de l’Adriatique à l’Océan ; il contient 13 degrés de latitude et 24 de longitude ; sa surface équivaut à 36 000 lieues carrées et comprend 130 départements, sur lesquels vit une population d’environ 42 millions d’habitants, englobant une partie de la plus part des pays voisins à la France d’Aujourd’hui, à l’exclusion de la Grande Bretagne. Les états vassaux sont gouvernés par des parents ou des serviteurs de Napoléon, ou placés sous la protection de l’empereur. Un petit détail très important s’impose ici pour clarifier l’importance de Pau. Parmi ces états vassaux se trouve l’état du Béarn dont la capitale est Pau, le siège du royaume de Navarre, un grand centre politique et intellectuel de premier plan dans l’empire. Un royaume doté d’une certaine souveraineté d’où la fameuse expression « peuples de France et de Navarre ». Vous comprenez pourquoi Macron insiste pour que le conclave se déroule à Pau car l’empire est en danger. Ces agrégations forcées de peuples si différents de mœurs, de coutumes, de cultes, ne formeront jamais une nation compacte et ceci expliquera sa désintégration.

La fin de l’esclavage et la colonisation va redonner à la France l’occasion de reconstituer une grande républiques impériale avec des territoires sur quasiment tous les continents de notre planète dont la majorité se trouvait en Afrique. Lors de la 1ere guerre mondiale, la France va réussir un tour de magie Africaine en agrandissant ses possessions territoriale en Afrique, alors qu’elle a perdu la guerre. Ce passe-passe a été favorisé par le soutient des Africains eux-mêmes, sujets de l’empire, qui vont sauver la France et l’empire. Ainsi, les tirailleurs Camerounais et Togolais s’étaient donc battu pour sauver la France et voir l’annexion de leur pays par la France.

L’appel du 18 Juin 1940 (depuis Londres)

La deuxième guerre mondiale va mettre l’empire, une fois de plus à l’épreuve car Hitler avait frappé l’empire au Cœur du pouvoir, Paris. Ce qui va obliger le général de Gaulle à se délocaliser à Londres pour lancer le fameux appel à la lutte pour défendre l’empire (vous comprenez pourquoi Mr Macron est parti lancer son appel à Londres). Une fois de plus, les Africains, sujets de l’empire vont sauver l’empire de cette deuxième guerre mondiale et la société des Nations va exiger l’Independence des colonies. Le général de Gaulle va se débrouiller avec le FCFA et d’autre stratagème pour garder l’empire intacte, allant de la Guyanne au Québec et du Vietnam au Cameroun et Madagascar. Cet attelage va s’effilocher très vite avec le départs définitifs des colonies Asiatiques, de l’Afrique du Nord, de la Mauritanie et du Québec (malgré le fameux Vive le Québec libre du général de Gaulle). Apres cette épuration, l’empire va garder la configuration qu’on lui connait ce jour jusqu’à ce 21ième siècle où la jeunesse Africaine n’entend pas se laisser rouler par cette entourloupe qui a déjà trop durer. C’est justement un moment critique pour l’empire et comme à son accoutumé quand l’empire est menacée, l’empereur prends des mesures pour sonner la charge et le choix de Londres, comme nous l’avons dit n’est pas anodin. L’empire est en danger.
Pendant toutes cette aventure impériale, deux batailles ont marqué comme une empreinte les épopées de l’empire.

La bataille de Waterloo.

La bataille de Waterloo s’est déroulée le 18 juin 1815, au sud de Bruxelles en Belgique. L’armée britannique dirigée par le général Wellington, aidée par l’armée prussienne commandée par le maréchal Blücher, va vaincre l’armée française commandée par Napoléon Ier et marquer la fin de l’empire Française en Europe.

La bataille de Verdun.

La bataille de Verdun s’est tenue de février à décembre 1916. À l’initiative de l’état-major allemand, les combats vont être très meurtriers mais la situation va rester inchangée : les deux armées ont perdu d’énormes effectifs et le front retrouve sa position d’origine. Verdun reste l’une des batailles les plus meurtrières de la Première Guerre mondiale, dans les pires conditions sur un terrain transformé en enfer. Et tout cela pour un résultat militaire nul.

Voilà, après cette petite ballade très rapide et très approximative (que les historiens me pardonnent) dans l’histoire de l’empire de France, je pense que nous avons assez d’éléments pour apprécier à sa juste valeur le drame et les enjeux de cet appel de Pau par l’apollon, le Napoléon, l’empereur, le General-Président Français (Emmanuel Macron) :

– Londres est le lieu où la convocation a été lancée par Macron, comme un certain 18 Juin par le général de Gaulle, traduisant le réel danger que coure l’empire France.

– Pau sera le lieu de la bataille. Celle-ci n’aura donc pas lieu sur le front de l’objet de convoitise (Mali, Niger, Burkina, Mauritanie ou Tchad). En rappelant que Pau est l’ancienne capitale de Navarre, haut lieu politique de l’ancien empire, c’est dire que l’Empereur est en terrain conquis. Autrement dit, tout sujet de l’empire ayant des prétentions belliqueuses sera directement pris dans la nasse à Pau.

– L’objet de la bataille a été également défini par l’empereur, en toute souveraineté, sans la consultation de ses sujets. Il ne s’agira pas de revenir sur les visées coloniales de la France mais plutôt de clarifier la position des gouverneurs sur les accords de subordination. Souhaitent- ils la présence de la France? « Ont-ils besoin de nous? ». « Dat is ze question ».

– La menace est réelle. Face à la perte de ses colonies, l’empire va tirer les conséquences après cette clarification des cinq chefs d’états du Sahel. Rappelons que les peuples du Sahel ont déjà clarifié leur position à la France : La fin de la colonisation et le départ des soldats français du Sahel.

La France a compris très vite que la bataille n’était pas gagnée et qu’on se dirigerait vers du Verdun ou du Waterloo. On aurait dit du Waterloo car aux premières heures de la préparation de la bataille, avant même les premier coup de Trafalgar, les sujets du roi, ayant flairé le coup de Jarnac, on tout simplement décliné l’invitation. Ce qui équivalait à un KO sur tapis vert. Du vrai Waterloo quoi !

Mais l’empire, doté de ressources de résilience et l’expérience de la force, n’a pas dit son dernier mot. C’est pourquoi la convocation qui prévoyait une bataille à la date du 19 Décembre 2019, va être reprogrammée le 13 janvier 2020, toujours à Pau. Et pour appâter les cinq gouverneurs du Sahel et éviter un second échec sur tapis vert, la France va faire appel au renforts, et non des moindres, en précisant que la bataille de Pau permettra également de poser les bases d’un soutien international accru aux pays du Sahel. A cette fin, en plus des cinq gouverneurs du Sahel, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki, le président du Conseil européen, Charles Michel, le vice-président de la Commission européenne et haut représentant pour les affaires étrangères, Josep Borrel, ont également été conviés, selon une source Française.

L’Elysée précise que Ibrahim Boubacar Keïta, Roch Marc Christian Kaboré, Mahamadou Issoufou, Idriss Déby et Mohamed Ould Cheikh Al-Ghazouani, les présidents des cinq pays du G5 Sahel ont « confirmé leur accord et leur disponibilité pour cette date ». Mais l’Elysée ne précise pas si Antonio Guterres, Moussa Faki, Charles Michel et Josep Borrel ont confirmé leur accord et leur disponibilité pour cette date.

Epilogue.

A mon avis, les gouverneurs des cinq pays du sahel ne devraient pas se rendre à Pau et pour plusieurs raisons :

  1. Ce n’est pas nécessaire d’aller à Pau pour trouver des solutions aux problèmes du Sahel. Tous ceux qui veulent sauver le Sahel doivent venir au Sahel. Les Africains disent qu’on ne pas pêcher le poisson baleine en plein désert. Il faut aller en haute mer.
  1. La justification du choix de Pau, comme lieu de la bataille, ne tient pas non plus car l’Elisée explique c’est la ville des 13 soldats qui se sont tués au Mali. Pourquoi pas Inates au Niger où 71 soldats et des centaines de Sahéliens ont été tués ? Pourquoi pas au Burkina où près de 140 sahéliens (soldats, civils, et «terroristes» confondus) ont été tués ? Pourquoi pas au Mali où 24 soldats Maliens ont été tués ?
  1. L’Empire n’a toujours pas digéré l’éjection de son poulain Compaoré du Burkina Faso par le peuple. Une injustice qu’il souhaite corriger à l’issue de la bataille de Pau, dans un acte de vengeance réparatrice classique. On se souvient de l’éjection et assassinat de Sankara contre le peuple du Faso, de l’éjection de Lissouba, contre le peuple Congolais, de l’emprisonnement de Gbagbo, contre le peuple Ivoirien. Le président burkinabé Roch Marc Christian Kaboré est donc particulièrement visé dans cette bataille de Pau, lui qui avait critiqué « la forme et le contenu » de la convocation de M. Macron sur cette réunion qui selon lui « ont manqué de tact ».
  1. Pau est un piège car les objectif de la France sont flou et quand c’est flou, il y a un loup. Malheur aux gouverneurs qui vont prendre cette bataille de Pau comme une virée pour s’abreuver de champagnes impériaux.
  1. Les cinq chefs d’état de ces cinq pays du Sahel ne sont pas d’accord avec cette attitude cavalière de l’empereur et ont tous des arguments solides et incontestables pour ne pas être disponibles le 13 janvier. Par exemple, on pourrait dire que Pau manque de pot parce que :

a. Le président du Niger sera auprès des familles de Inates le 13 Janvier pour commémorer les 71 soldats et des centaines de Sahéliens tués récemment.

b. Mr Kaboré du Burkina ne peut pas manquer à cette prière nationale qui aura lieu le 13 Janvier pour les 140 sahéliens (soldats, civils, et «terroristes» confondus) tués récemment.

c. Le président du Mali va inaugurer ce jour une double stèle, Une stèle pour marquer le lieu de l’accident des oiseux en acier qui ont couté la vie aux 13 soldats Français et l’autre stèle pour des 24 soldats Maliens tués récemment.

d. Quant aux Présidents Idriss Déby et Mohamed Ould Cheikh Al-Ghazouani, il ne faut pas avoir beaucoup d’imaginations pour se rendre compte qu’ils pourront participer ce jour-là respectivement à la rescousse des tchadiens en péril au bord du Lac Tchad pour l’un ou au grand dialogue entre les blancs et les noirs qui se déchirent dans la Mauritanie moderne.

Chers Africains, nous avons évoqué l’histoire de la France, la présentant comme l’un des plus vieux empires coloniaux encore en opération. Si on admet que vieillir est le seul moyen de vivre longtemps, il faut aussi se rappeler que vieillir est un naufrage qui s’accompagne de cécité et de surdité. Dans le cas présent les peuples du Sahel ont déjà clarifié leur position à la France : La fin de la colonisation et le départ des soldats français du Sahel. Mais la vieille France, sourde, n’a pas bien compris et le 13 Janvier 2020 à Pau s’annonce mouvementé et sonore car les cinq mousquetaires du Sahel vont devoir souffler cette clarification avec des vuvuzela dans les oreilles de la vieille France. Bien entendu, il faudra au préalable opérer une traduction car les Français ne comprennent pas le sahélien. Assisterons nous à une entourloupe ? Une défaite sur tapis vert ? Une véritable bataille ?. Et s’il y a bataille, ce sera du Verdun ou du Waterloo ? La balle est résolument du côté des cinq états vassaux de l’Empire. Il faut se rappeler que seule une Waterloo vaut la peine car elle est libératoire. Du Verdun fera certainement beaucoup de dégâts au grand plaisir des assoiffés de sang, mais pour une victoire militaire nulle. Un statuquo qui va maintenir ces états dans le colonialisme dont la France n’en veut plus. La France serait dégoutée par ses colonies, nous dit-on.

Ah j’allais oublier ! A l’attention de nos cinq mousquetaires, les anciennes recommandations des vaillants soldats Mandingues stipulaient que sur un champs de bataille, il faut ménager sa monture, sa couchette et porter soi-même ses vivres. A bon entendeur, salut !

Douala Ngando

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