Gabon : Menée par un Jean Ping assoiffé de pouvoir, l’opposition sombre dans le trash (Mediapart)

Nouvel épisode dans la cabale que mène l’opposition gabonaise, par médias interposés, à l’encontre du pouvoir en place. Sur Sikka TV, chaîne béninoise, deux journalistes s’en sont pris violemment à Ali Bongo. De nombreux indices laissent à penser qu’ils ont agi en tant qu’émissaires de Jean Ping, candidat déterminé à la présidence.

Plus de doute, pour l’opposition gabonaise, la campagne présidentielle est lancée. A quelques mois de l’élection, prévue en août, elle multiplie les offensives, fourbissant ses armes à double tranchant : l’outrance, l’attaque ad hominem, le populisme, etc. Censées décrédibiliser le pouvoir en place, ces méthodes ont surtout pour effet de pointer l’absence de projet de société d’une opposition tapageuse mais creuse.

Attaques multiples

Il y a une semaine, l’humoriste français Jeremy Ferrari, soupçonné d’être un sympathisant de Jean Ping, s’attaquait au président Ali Bongo sur le plateau d’On n’est pas couché, faisant dire au Premier ministre français Manuel Valls, également présent, qu’Ali Bongo n’avait pas été élu démocratiquement « au sens où on l’entend ». La sortie de Manuel Valls avait provoqué un mini incident diplomatique entre la France et le Gabon, partenaires de longue date et dont les relations sont au beau fixe depuis des années. Incident clos depuis, Ali Bongo et Manuel Valls s’étant entretenus pendant plus d’une heure lors du Forum économique mondial de Davos, qui se tient en ce moment, pour dissiper tout malentendu. Il n’en fallait pas davantage pour que l’opposition gabonaise revienne à la charge.

Accusations sans fondement

Tous les moyens sont bons. C’est ce qu’auront appris à leurs dépens le président gabonais, Ali Bongo, et son directeur de cabinet, Maixent Accrombessi, le 20 janvier dernier. Ce jour là, la chaîne privée béninoise Sikka TV donne la parole à deux journalistes dans le cadre de l’émission-débat Angle de vue. Les deux hommes ne sont pas venus pour faire de la figuration. De longues minutes durant, ils enchainent des déclarations d’une gravité extrême, que l’on peut résumer en quelques mots : Ali Bongo serait au service de son influent bras droit, et non l’inverse.

Problème, ce scoop n’est étayé par aucun embryon de preuve. Se croyant sans doute au café du Commerce, nos deux journalistes-procureurs se contentent de faire un maximum de bruit, masquant l’absence de fond de leurs propos par un ton péremptoire et des gestes emphatiques. Un pavé dans la marre qui a surtout l’air d’un missile téléguidé, tranquillement piloté depuis le QG de l’opposition gabonaise à Libreville. C’est en tout cas ce que laisse à penser une rapide étude de l’organigramme de Sikka TV.

Sikka TV, instrument de l’opposition béninoise et… gabonaise

Sikka TV est la propriété de l’homme d’affaires béninois Sébastien Adjavon, également homme politique à ses heures perdues, puisqu’il brigue la présidence du Bénin lors de l’élection prévue cette année. Comme modèle de média indépendant, on a vu mieux. D’autant que la chaîne est par ailleurs largement financée par un certain Samuel Dossou Aworet, ancien proche du pouvoir gabonais tombé en disgrâce après la révélation de graves soupçons : Dassou Aworet aurait profité de sa position pour siphonner les revenus pétroliers de l’Etat.

Troisième commanditaire présumé de ce lynchage télévisuel : Jean Ping. Candidat du Front uni de l’opposition pour l’alternance, Ping a lui aussi été dans les petits papiers du pouvoir gabonais, pays où il a obtenu plusieurs maroquins de 1990 à 2008, sans discontinuer. Sans briller non plus. On lui doit largement la situation critique dans laquelle se trouvait le pays en 2009, lorsqu’Ali Bongo a été élu pour redresser la barre.

Déterminée, semble-t-il, à remettre la main sur le Gabon, cette coterie se rassemble derrière un objectif commun : déstabiliser le pouvoir en place. En échange de l’hébergement sur Sikka TV des éléments de langage de Ping, Dossou Aworet aurait reçu de ce dernier la promesse d’un retour aux affaires au Gabon. A la clé : la gestion du secteur des hydrocarbures via sa société Petrolin.

Même topo pour le candidat à la présidentielle béninoise Adjavon, dont les chances de succès sont dérisoires et qui aimerait bien lui aussi trouver asile au Gabon. Et pour cause, Adjavon, ayant fait fortune grâce à d’obscurs montages fiscaux au port de Cotonou, est aujourd’hui rattrapé par la justice internationale, qui commence à s’intéresser de près à ses affaires au Bénin.

Assoiffé de pouvoir, Jean Ping divise au sein de son propre camp

Le doute est permis, mais il est faible. Les deux journalistes de l’émission Angle de vue ne sont peut-être pas des émissaires de Ping et de ses lieutenants, mais dans ce cas pourquoi une telle charge ? Pourquoi s’en prendre gratuitement, sans étayer, au pouvoir gabonais ? Pourquoi faire preuve d’autant d’amateurisme, et dévoiler au grand jour le peu de cas qu’ils font de la déontologie journalistique, s’ils n’y ont pas été incités ?

Leur partialité est d’autant plus probante que l’outrance et la calomnie sont des armes dont use et abuse Jean Ping depuis quelques mois, dans sa quête de pouvoir. Un mode opératoire éprouvé, visant à ébranler le Gabon pour masquer le vide de sa campagne (aucune proposition ne surnage, néant absolu) et les tensions chroniques au sein de son propre camp. Le Front uni de l’opposition pour l’alternance ne l’est en effet pas tant que ça. Une réunion doit avoir lieu le 27 janvier prochain pour revenir sur la désignation contestée de Jean Ping comme candidat unique. Ce dernier a été désigné par un collège de quatre dirigeants de l’opposition, alors qu’elle compte quatorze membres fondateurs. Un manque de légitimité criant.

Le recours au trash pour décrédibiliser le camp adverse n’est pas une nouveauté. De tout temps, en tout lieu, la méthode a été employée par des candidats en manque d’intentions de vote, geste désespéré et souvent vain. Les Etats-Unis en savent quelque chose, les exemples de candidats à la présidentielle étant parvenus à leurs fins en calomniant leurs adversaires y étant rares. Si ce modus operandi est stérile, il est aussi et surtout révélateur du cynisme de ceux qui l’utilisent : prêts à tout pour la défense de leurs intérêts, ils en oublient celui de la Nation. En plein développement, jouissant d’une stabilité économique et politique unique en Afrique, le Gabon n’a pas besoin de pareils trouble-fête.

Source: Mediapart

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