Glazaï Dohoun Kevin (Artiste ivoirien): «Je fais partie des personnes dont les comptes sont gelés» | eburnienews | Diaspora ivoirienne | Actualité Politique | Diaspora africaine en France Glazaï Dohoun Kevin (Artiste ivoirien): «Je fais partie des personnes dont les comptes sont gelés»
Glazaï Dohoun Kevin (Artiste ivoirien): «Je fais partie des personnes dont les comptes sont gelés»

Glazaï Dohoun Kevin (Artiste ivoirien): «Je fais partie des personnes dont les comptes sont gelés»

Que devient-il depuis 3 ans ? C’est ce qu’essaie de nous dire l’artiste ivoirien Glazaï Dohoun Kevin qui vit désormais hors de la Côte d’Ivoire, dans cet entretien qu’il nous a accordé. Il y évoque ses rapports avec Laurent Gbagbo, le gel de son compte bancaire par les autorités en place en Côte d’Ivoire, tout en levant un coin de voile sur ses projets.

On ne vous voit plus vraiment depuis 2011 sur le petit écran en Côte d’Ivoire…

Oui il y a une interdiction qui ne dit pas son nom qui me frappait moi ainsi que d’autres humoristes ivoiriens, nous étions en quelque sorte bannis de la RTI (ndlr, Radiodiffusion télévision ivoirienne). Mais malgré tout, je me suis produit en Côte d’Ivoire à plusieurs spectacles… Et surtout, à “GBICH Time”, un show d’humour organisé en 2012 par le journal GBICH!, qui se tenait d’abord chaque samedi à Sococé IIPlateaux, ensuite chaque dimanche à Prima Center. A chacune de mes prestations le public en redemandait.

Qu’est-ce qui explique votre présence hors de la Côte d’Ivoire depuis la crise post-électorale ?

Les gens veulent absolument lier ma présence hors du pays à la crise post-électorale. Alors que non. Quand la crise est survenue en Côte d’Ivoire, j’étais déjà en tournée dans la sous-région. Les événements dans mon pays étaient tellement chauds en ce moment-là qu’il était impossible de rentrer. Je suis donc rester hors du pays, loin de ma famille, en prolongeant ma tournée grâce à d’autres promoteurs qui m’ont fait tourner au Bénin, au Burkina Faso, au Togo etc. Voilà la raison principale qui a fait que j’étais hors du pays. Évidemment, quand on ajoute à ça le fait que je suis un artiste dit “pro-Gbagbo” et surtout proche collaborateur de Gadji Céli à l’Unartci (ndlr, Union nationale des artistes de Côte d’Ivoire), vous comprenez tout de suite ce que cela signifiait à cette époque-là…

Avez-vous eu des problèmes avec le régime actuel à l’instar des artistes comme Gadji Céli, Serges Kassy?

Je ne sais pas si Gadji Céli et Serges Kassy ont eu des problèmes avec le régime actuel en Côte d’Ivoire. Ce que je sais, c’est qu’au plus fort de la crise, à la prise du Président Gbagbo suivie de pillages généralisés à Abidjan et dans presque tout le pays, des FRCI (ndlr,Forces républicaines de Côte d’Ivoire) armés jusqu’aux dents sont allés chez ces deux musiciens ainsi qu’aux domiciles de tous ceux qui étaient soupçonnés proches de Gbagbo pour tenter de les éliminer et piller systématiquement leurs biens. C’est sans doute ce que vous appelez “avoir eu des problèmes avec l’actuel régime”. Me concernant, oui, les gens sont aussi allés chez moi, peut-être dans le but de piller et voler ou même de m’éliminer… Mais, fort heureusement j’étais déjà en tournée dans la sous-région et ma famille, à l’abri quelque part, je ne peux vous donner de détails. Je ne peux donc pas dire que j’ai “eu des problèmes avec l’actuel régime”. Par contre, je fais partie des personnes “Pro-Gbagbo” dont les comptes ont été gelés et comme je vous le disais aussi, je suis interdit de passage à la RTI depuis lors, tout comme d’autres humoristes ivoiriens.

Pourtant vous faites partie des personnes dont les comptes bancaires ont été gelés par le pouvoir en place?

Je fais partie des personnes ”Pro-Gbagbo” dont les comptes bancaires ont été gelés. En effet, mon compte a été gelé. Et à l’époque pour “faire contre mauvaise fortune, bon gré”, cela m’amusait car à chaque fois que quelqu’un me posait un problème d’argent je lui disais en riant: “Tu ne sais pas que mes avoirs sont gelés?” (Riiire) Surtout qu’à ce moment-là, les gens dont les avoirs ont été gelés c’était des hauts cadres de ce pays. Du coup, je me suis vu et d’autres aussi m’ont vu “important” en Côte d’Ivoire.

Peut-on savoir les raisons du gel de vos avoirs?

J’ai quels avoirs même? Quand vous dites “vos avoirs” on dirait que j’ai des millions. C’est juste mon compte bancaire. Sincèrement, je ne sais pas pourquoi on l’a gelé. Je pense que c’est ceux qui l’ont gelé qui peuvent dire pourquoi ils l’ont fait. Ce que je peux dire, c’est qu’en 2010 dans le cadre de mes activités à l’Unartci aux côtés du Président Gadji Céli, j’ai été amené à collaborer avec Dr Issa Malick Coulibaly alors Directeur national de campagne du candidat Laurent Gbagbo. J’étais le responsable culturel dans le staff du Dr Issa Malick. Est-ce cela qui m’a valu cet “honneur” d’être sur la même liste que des éminents cadres du pays dont on a gelé les comptes bancaires? Je ne saurais le dire.

Avez-vous approché les autorités d’Abidjan pour en savoir plus?

J’allais les trouver où ces autorités d’Abidjan pour en savoir plus? Moi j’étais en tournée dans la sous-région. C’est donc là-bas que j’ai découvert mon nom sur une liste de soit-disant “pro-Gbagbo” dont les avoirs ont été gelés. J’ai fait comme tout bon ivoirien depuis le 11 avril 2011. C’est-à-dire prier et demander à Dieu de sauver mon pays afin qu’il retrouve la raison et qu’il ne sombre pas dans la violence.

N’est-ce pas parce que vous êtes considéré comme un artiste “pro-Gbagbo”?

Je ne sais pas… Seuls les auteurs de ce gel ont la réponse et les raisons de leur acte. Maintenant, si vous voulez me demander si je suis “Pro-Gbagbo”, allez y ouvertement et je vous répondrais ouvertement… Moi je suis “Pro-progrès”, je suis “Pro-démocratie”, je suis “Pro-souveraineté ivoirienne”, je suis “Pro-développement”, je suis “Pro-paix”, je suis “Pro-élection transparente sans violence”, je suis “pro-bonne gouvernance”, je suis “Pro-respect de la Constitution”, je suis “Pro-chaque Ivoirien mange à sa faim”… Si je vous cite les choses dont je suis “pro” on ne va pas quitter ici. Les termes être “Pro-Gbagbo”, “Pro-ceci” ou “Pro-cela”, que les médias étrangers utilisent dans leurs mensonges déversés sur l’Afrique, n’ont aucun sens. Ce qui a du sens, ce sont les valeurs que nous défendons. Et il se trouve que, selon moi, il y a un digne fils d’Afrique qui incarne ces valeurs-là. Il s’appelle Laurent Gbagbo.

Est-ce cela qui justifie votre engagement dans les manifestations pour la libération de Laurent Gbagbo?

C’est ce que je viens de dire plus haut, ce Monsieur(Laurent Gbagbo) qui m’a fait l’honneur de me considérer comme un ami, incarne selon moi toutes ces valeurs que j’ai citées et qui pour moi peuvent conduire mon pays au développement dans la justice pour tous, la paix pour chacun et le bien être pour la Côte d’Ivoire. En plus, au moment du face-à-face entre les deux candidats avant le deuxième tour du scrutin présidentiel de 2010, M. Alassane Ouattara disait “Mon cher Laurent”, et il l’a plusieurs fois dit. Cela signifie que Gbagbo est son frère. Est-ce qu’un frère peut être heureux que son frère soit en prison? Non, je ne crois pas qu’il soit content de voir son frère à La Haye. S’il le pouvait et si les nombreuses charges de l’Etat lui en donnaient le temps, je crois que lui aussi aurait manifesté comme tous les ivoiriens pour voir revenir en Côte d’Ivoire un des nôtres. Pour qu’ensemble on règle nos problèmes pour aller à ce “vivre ensemble” prôné. Je n’explique donc pas mon choix de participer aux manifestations pour la libération de Gbagbo par autre chose que la volonté commune et partagée par tous de voir notre compatriote revenir parmi nous, pour aider son frère Alassane Ouattara dans la construction de notre beau pays.

Comment vivez-vous votre carrière professionnelle depuis ces trois dernières années?

Je la vis bien. Outre l’interdiction en tant qu’humoriste et comédien ivoirien de passer sur la RTI, je vis bien ma carrière. Je fais des tournées. Je bosse actuellement sur mon prochain album. J’ai joué récemment en “live” sur une scène parisienne. J’ai mon staff, une partie est à Abidjan, comme mon Chargé de Communication Bléhiri Serge Alex ainsi que d’autres collaborateurs là-bas qui continuent de bosser en Afrique pour promouvoir mon image. Et en Europe, il y a aussi d’autres collaborateurs qui font avancer les choses.

Quels sont vos projets?

A moyen terme, terminer mon nouvel album que je prépare. Continuer à bosser et progresser pour apprendre sur le terrain professionnel où je suis en train de me trouver une place. Faire encore plus de tournées en Europe, en Afrique et ailleurs. Et par dessus tout, mon plus grand projet, mon plus beau projet est de donner ma contribution, quoiqu’il m’en coûte, pour que mon pays la Côte d’Ivoire retrouve son unité, sa cohésion et surtout son vrai humour. Cet humour qui fait que, qu’on soit du nord, du sud, de l’est, de l’ouest ou du centre, on peut se moquer mutuellement, se chahuter réciproquement sans que cela soit ni interprété, ni vu sous le prisme de la politique.

Interview réalisée par

Carole Attioumou-Sérikpa 

Source: La Dépêche d’Abidjan

About admin

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.