Gohou Michel, comédien ivoirien : «Ce qui est arrivé à Marie-Laure est un mal qui nous ronge»

Gohou Michel, comédien ivoirien : «Ce qui est arrivé à Marie-Laure est un mal qui nous ronge»

A l’occasion du 15e Sommet de la Francophonie, le truculent comédien Gohou Michel est l’un des hôtes du Sénégal. Au village de la Francophonie, plus précisément au stand de la Côte d’Ivoire, son physique atypique attire l’attention de tous les passants. Affalé sur un sofa, il essaie tant bien que mal de fuir les regards braqués sur lui.

Par moments, il redresse la tête recouverte d’une casquette aux couleurs de sa nation, puis la baisse à nouveau. On le prendrait presque pour un timoré, mais comme la nature est une seconde habitude, le comédien a vite repris le dessus. Face à L’Obs, le mari de «Cléclé» dans la série culte «Ma famille» est tout simplement irrésistible. Blague à part, Gohou parle de la comédie au Sénégal, des rumeurs de sorcellerie dans «Ma famille». Tout y passe…

Depuis quand êtes-vous à Dakar ?

Je suis à Dakar depuis samedi dernier. C’est mon cinquième voyage dans la capitale sénégalaise. Je me sens toujours chez moi quand je viens au Sénégal. D’ailleurs, c’est chez moi (rires).

Qu’est-ce qui vous marque le plus au Sénégal ?

Je suis vraiment touché par la Téranga (hospitalité) sénégalaise. La chaleur humaine, l’esprit d’ouverture des Sénégalais sont autant de choses qui me marquent au pays de la Téranga. On se sent chez soi simplement. Quand je suis au Sénégal, je ne mange que du thiébou dieun (riz au poisson). J’adore ça et j’ai un ami, Tidiane Lô, qui m’invite à en manger très souvent.

Qu’est-ce que cela vous fait de ressentir la manière dont les Sénégalais vous portent dans leur cœur ?

Cela fait chaud au cœur, et me donne beaucoup de plaisir et de satisfaction. Quand je suis au Sénégal, je ne suis jamais dépaysé. Je me sens chez moi, d’autant plus que c’est un pays francophone. Aujourd’hui, c’est comme si j’étais à Abidjan. Je ne manquerai pas de revenir. J’en profite pour adresser un message d’amour, d’amitié à mes fans sénégalais. Je leur demande de continuer de nous soutenir et nous aussi nous ferons l’effort de leur faire plaisir chaque jour que Dieu fait. Nous partageons, au-delà des langues nationales, la langue française qui nous permet de communiquer. Sinon, le wolof je le comprends à peine. Je sais juste saluer, comme «nanga déf» (Comment vas-tu)»…

Connaissez-vous quelques comédiens sénégalais ?

Je ne peux malheureusement citer que Macodou Mbengue. Généralement au Sénégal, les comédiens jouent en langue nationale, c’est-à-dire le Wolof. Ce qui fait que parfois c’est très difficile d’exporter ce théâtre. Il serait mieux qu’ils fassent l’effort de jouer des pièces de théâtre en français. Parce que le Wolof, c’est pour un cercle fermé. Et cela ne fait pas la promotion du théâtre sénégalais. C’est ce qui explique qu’on ne connaisse pas les comédiens sénégalais. Et ce qui est tout aussi regrettable, ils ne viennent pas souvent en Côte-d’Ivoire. Pour que le théâtre sénégalais puisse s’exporter, il faut qu’il se joue en français parce que le français est accessible partout. Il faut viser d’autres dimensions…

Êtes-vous prêt alors à donner la réplique à des comédiens sénégalais ?

Bien sûr que oui ! Je le fais déjà avec les autres comédiens du Togo, du Bénin, du Burkina, du Mali et j’en passe. Pourquoi je ne le ferais pas avec ceux du Sénégal, mon pays. Il n’y a pas de barrière entre nous, les comédiens. Nous avons brisé toutes les frontières. On n’a pas besoin de visas entre les artistes du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. Il n’y a pas de barrières, ni de différences. C’est pourquoi, nous demandons aux politiques d’ouvrir les frontières, de lever les visas entre les pays d’Afrique parce que c’est absurde. J’attends seulement une invitation de la part de mes collègues sénégalais.

Pour en venir à vous, beaucoup d’acteurs de la série qui est devenue culte, «Ma famille», sont décédés brutalement. Des rumeurs ont alors germé pour parler de «sorcellerie». Qu’en dit l’acteur principal que vous êtes ?

«Ma famille» n’est pas une troupe constituée. C’est une série qui a été mise en place par des comédiens qui se retrouvaient spontanément pour jouer et puis repartir continuer leurs activités normales. Si l’on a besoin de reprendre, on nous appelle et on reprend ce qui est déjà le cas actuellement. Sinon la mort est naturelle. Ceux qui parlent de sorcellerie savent pourquoi ils le disent, peut-être. Mais moi, je ne parlerai pas de sorcellerie. Partout les gens meurent. Les morgues ne sont pas faites pour les artistes en Côte-d’Ivoire. Il a existé des morgues avant que les artistes ne meurent. Il y a toujours des levées du corps. Est-ce que tous ces morts sont des artistes ? Non ! Donc la mort, c’est la mort. Qu’il s’agisse du simple citoyen ou d’un artiste, c’est toujours la mort.

Certaines indiscrétions sont allées jusqu’à accuser Delta, votre collègue, d’être derrière ces morts. Quels commentaires en faites-vous ?

Cette histoire de sorcellerie est tout sauf fondée. Les gens disent toujours ce qu’ils ont envie de dire. Quand on dort, on se réveille le matin, et on invente une histoire. Surtout avec les Technologies de l’information et de la communication, les fausses informations se propagent très vite. Mais cette histoire de sorcellerie est vraiment fausse.

Marie Laure, l’une des actrices est morte dans l’indigence. Elle n’avait pas les moyens de se soigner…

Ce qui est arrivé à Marie-Laure est un mal qui nous ronge tous. Je n’ai pas de solution à ce problème. Cela relève peut-être d’une volonté politique parce qu’entre nous artistes, on ne peut rien faire. Nous n’avons pas ces moyens. Par contre, il faut dire que les comédiens ont besoin d’une prise en charge quand il s’agit de maladie grave.

Avez-vous un métier autre que la comédie ?

Il faut noter que je pratique de la lutte avec frappe. Et en tant que lutteur de la catégorie poids lourd, j’attends Balla Gaye2 ou Bombardier. Modou Lô est un enfant. Si je le frappe, les gens vont m’accuser de crime crapuleux. C’est un petit. Si je l’affronte, je vais le détruire. C’est moi qui vais terrasser Bombardier.

Êtes-vous un fana de la musique sénégalaise ? Connaissez-vous des chanteurs sénégalais en particulier ?

Viviane Chidid ! Elle m’a toujours marqué, parce que c’est une artiste confirmée. J’ai découvert une de ses chansons avant de l’avoir connue. J’écoutais cette chanson à tout moment. J’ai oublié le titre de la chanson. Et quand nous nous sommes vus, je l’ai encore adulée. Je l’apprécie vraiment beaucoup. A part elle, il y a Youssou Ndour que toute la Côte-d’Ivoire aime. D’ailleurs chez nous, il est considéré comme un Ivoirien. C’est pourquoi, lorsqu’il m’a sollicité pour jouer dans son clip, j’ai donné mon accord, sans condition. Je peux aussi citer Baaba Maal, Ismaïla Lô et tant d’autres. Je connais un peu les artistes sénégalais quand-même.

On connaît le comédien Gohou Michel, mais qui est-il dans la vraie vie ?

Je suis un père de famille, marié à une seule épouse, à qui je suis fidèle. Nous avons cinq bouts de bois de Dieu.

Abdoul Aziz DIOP

Source : senxibar.com

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