Grèce: En obligeant la zone euro à trouver un compromis, Tsipras vient de démontrer qu’il est le plus incroyable animal politique que l’Europe ait connu depuis longtemps
ATHENS, GREECE - JULY 06: Greek Prime Minister Alexis Tsipras (L) and government spokesman Gabriel Sakellaridis leave the presidential palace after the swearing in ceremony of the new finance minister Euclid Tsakalotos (not pictured) on July 6, 2015 in Athens, Greece. Politicians in Europe and Greece are planning emergency talks after Greek voters rejected EU proposals to pay back it's creditors creating an uncertain future for Greece. (Photo by Christopher Furlong/Getty Images)

Grèce: En obligeant la zone euro à trouver un compromis, Tsipras vient de démontrer qu’il est le plus incroyable animal politique que l’Europe ait connu depuis longtemps

C’est ce que l’on appelle l’heure de vérité. Tsipras va devoir choisir. Transiger ou pas et sur quoi. S’il parvient à signer un accord il aura fait la démonstration qu’à tout juste 40 ans il est le plus incroyable animal politique que l’Europe ait connu depuis longtemps.

Comment remporter une partie de poker avec rien en main ? Impossible ? Sauf à s’appeler Tsipras. En un an, sa trajectoire politique a été phénoménale. Voilà un homme parti d’une famille politique éclatée et moribonde, les communistes, pour rompre avec les staliniens, se repositionner, élargir ses alliances, conforter sa base et progresser inéluctablement d’élection en élection, jusqu’à faire imploser en vol les socialistes du PASOK que tout le monde, y compris le PS français, pensait éternel.

Une fois premier ministre, il se retrouve à la tête d’un pays à sec, surendetté et qui semble avoir déjà épuisé tout son crédit dans les négociations. Quand il se présente à la table de jeu de l’Eurogroupe, il n’a plus un jeton devant lui, des dettes accumulées auprès des autres joueurs et pas une carte en main. N’importe qui se serait couché en se disant qu’il n’etait pas arrivé au bon moment dans l’histoire de la Grèce. Malheur aux vaincus. Mais pas lui.

Tsipras et son “général Varoufakis”

Tsipras va commencer par mener une guérilla pour user l’adversaire. Il s’appuie en cela sur le « général Varoufakis » son ministre des finances, qui mine l’Eurogroupe de l’intérieur. Diatribes enflammées sur le « capitalisme prédateur » ; démonstration économique ex cathedra de l’ineptie de leur proposition : « on ne tond pas un œuf » (Varoufakis et son crane étaient bien placés pour le savoir ! ) ; jusqu’à la symbolique vestimentaire du tee shirt-sac à dos, histoire de bien leur faire comprendre qu’ils n’étaient qu’une bande de vieux réacs empoissés dans leurs certitudes.

Le problème, c’est que même si elle avait retrouvé du panache, la Grèce restait plombée par ses dettes et ses créances, acculée, avec un Junker qui, en tapotant, affectueusement sur la joue de Tsipras, lui murmurait : « Allez va, signe. Tu t’es bien battu. »

C’était mal connaître le bonhomme. Tsipras a sorti l’arme absolue : le référendum. Incrédules, ils l’ont regardé, se disant qu’il n’oserait pas. Hollande lui a même proposé en milieu de semaine une porte de sortie. « Allez, on renégocie. » Mais non, Tsipras n’a pas cédé à la facilité, allant au bout de sa logique. Les sondages donnaient les Grecs au coude-à-coude, ce fut un raz-de-marée du “non”. Mais comme il est redoutablement intelligent, Tsipras s’est bien gardé de fanfaronner, restant concentré sur sa main redevenue plus solide grâce aux risques pris. Mais il n’a pas de carré de rois pour autant, et il le sait. Il fait un dernier mouvement, écarte Varoufakis, pour nommer un nouveau ministre des finances, plus lisse, plus poli, plus mesuré, qui porte chemise et veste et sait de quoi il parle aussi, puisqu’il était l’adjoint de Varoufakis. Mais lui serait plutôt du style vélo hollandais que moto de course. Il avait un général pour la guerre, Tsipras vient de nommer un général pour signer la paix des braves.

S’il est intelligent, Tsipras cèdera du terrain. Il lâchera du lest dans la négociation, promettant des réformes structurelle profondes, indispensables mais qui ne sont que des mots. Ça ne coûtera rien et ça rassurera tout le monde. Il reviendra en Grèce avec un nouveau plan d’austérité mais que les Grecs auront choisis de s’administrer à eux-mêmes, pas une nouvelle purge imposée par les docteurs de la troïka. Et cette crise se refermera. A moins. A moins que d’autres n’aient envie de lui faire payer son talent.

Par Olivier Ravanello

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