Henri Guaino, l’ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy : «La Crimée n’est pas ukrainienne et Poutine défend les intérêts de son pays»

Henri Guaino, l’ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy : «La Crimée n’est pas ukrainienne et Poutine défend les intérêts de son pays»

L’ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy a mis tout le monde mal à l’aise lors d’une émission de Canal+, en répondant avec sa franchise et son habileté habituelles aux questions tendancieuses des journalistes.

«Mais la Crimée n’a jamais été ukrainienne», a rétorqué le député UMP, en réponse à une question commentaire d’un des journalistes de la chaîne française qui accusait le président russe Vladimir Poutine d’être un menteur pour avoir soutenu, début 2014, qu’il n’y avait pas de soldats russes en Ukraine : «Le président russe ne ment pas, il défend les intérêts de son pays», a lancé Henri Guaino avant d’enfoncer le clou : «Ce sont les Etats-Unis et l’Europe qui mentent», soulevant un vent d’indignation sur le plateau que l’animateur et les journalistes présents avaient du mal à cacher.

Le conseiller spécial de Sarkozy de 2007 à 2012 n’a pas paru déstabilisé par le lynchage auquel il devait faire face suite à ses déclarations courageuses, ne se départissant pas de son flegme inaltérable face à des journalistes qui accusaient leurs confrères russes d’être à la solde du Kremlin. Le député UMP des Yvelines démontre ainsi que la classe politique française compte dans ses rangs des hommes lucides et responsables qui refusent de donner un blanc-seing à l’Elysée et au Quai d’Orsay.

D’ailleurs, Henri Guaino n’a pas caché qu’il n’aurait jamais écrit le discours prononcé par Nicolas Sarkozy en juillet 2010 à Grenoble. Le président français de l’époque avait suscité une vive polémique en se prononçant pour l’engagement de la responsabilité pénale des parents si leurs enfants commettaient des délits et la suppression des allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire ainsi que l’ouverture d’établissements de réinsertion scolaire.

Henri Guaino a avoué à demi-mot qu’il s’opposait à un tel discours dans lequel Nicolas Sarkozy, rejoignant le Front national, annonçait que la nationalité française devait «pouvoir être retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un fonctionnaire de police ou d’un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l’autorité publique». Il faudra s’attendre à une véritable lapidation médiatique dans les jours à venir d’Henri Guaino pour avoir osé dire une de ces vérités que les officiels français et leurs médias affidés n’aiment pas.

Karim Bouali

Source: algeriepatriotique.com

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D’un simple décret, Khrouchtchev fit don de la Crimée à l’Ukraine en 1954

C’était un cadeau surprise : en 1954, Nikita Khrouchtchev « donnait » la Crimée à l’Ukraine d’un simple décret. Quinze minutes de débat à peine avaient suffi pour que la décision soit entérinée au sein du comité central du Parti communiste, selon le quotidien Pravda. Cette cession avait surpris, mais le don était symbolique car l’Ukraine faisait partie intégrante de l’URSS. Ce n’est qu’en 1991, quand l’Union soviétique se disloque, que les conséquences de cette décision se font sentir : la Crimée se trouve alors soumise à l’autorité d’un pays avec lequel elle a peu d’histoire commune.

Nikita Kroutchev lors dune visite à San Francisco en septembre 1959. Henri Guaino, l’ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy : «La Crimée n’est pas ukrainienne et Poutine défend les intérêts de son pays»

Nikita Kroutchev, lors d’une visite à San Francisco, en septembre 1959. AFP/HO

Aujourd’hui encore, les raisons du geste de Khrouchtchev restent mystérieuses. De nombreux Russes estiment que le dirigeant n’aurait jamais dû donner la Crimée, qui était sous le giron russe depuis que Catherine II en avait fait la conquête à la fin du XVIIIe siècle. Pendant près de deux siècles, la péninsule avait été la tête de pont de la Russie dans les mers chaudes : l’aristocratie de Moscou et de Saint-Pétersbourg séjournait dans les luxueuses résidences d’été de Yalta tandis que la marine établissait le quartier général de sa flotte dans la mer Noire à Sébastopol.

En 1954, le « don » de Khrouchtchev était censé marquer le tricentenaire du traité de Pereïaslav, par lequel les cosaques d’Ukraine avaient proclamé leur allégeance à Moscou. La cession avait alors été présentée comme un « cadeau » de remerciement de la Russie à l’Ukraine, célébrant la fraternité entre les peuples de l’Union soviétique.

Avaient également été évoqués les liens sentimentaux de Krouchtchev avec l’Ukraine, où il avait travaillé à la mine et avait fait son ascension politique. Selon l’arrière-petite-fille du dirigeant soviétique, Nina Khrouchtcheva, interrogée par la radio américaine NPR, la cession de la Crimée « était dans une certaine mesure un geste personnel envers sa république préférée. Il était russe ethniquement, il se sentait beaucoup d’affinités avec l’Ukraine. »

UN DÉCRET DE HUIT LIGNES

Une semaine après la décision, la Pravda avait publié le décret officialisant le rattachement de la Crimée à Kiev : huit lignes justifiant cette décision par « l’intégration économique, la proximité territoriale, les liens culturels et linguistiques » entre la péninsule et l’Ukraine. Des arguments peu convaincants, car l’économie criméenne dépend alors essentiellement du tourisme, et la péninsule compte environ trois habitants russes pour un habitant ukrainien, se trouvant culturellement bien plus proche de Moscou que de Kiev.

Beaucoup d’analystes et d’historiens estiment que les enjeux démographique et économique ont motivé ce choix : à l’issue de la seconde guerre mondiale, la péninsule se trouve largement dépeuplée, car Staline avait ordonné la déportation des Tatars, communauté turco-mongole installée en Crimée depuis le XIIIe siècle, accusée d’anticommunisme et, pour certains, de collaboration avec les nazis. En quelques années, la Crimée avait perdu environ 300 000 habitants, dont la moitié fut déportée en Asie centrale quand l’autre périt. En transférant administrativement la Crimée en Ukraine, Nikita Krouchtchev espérait inciter des paysans ukrainiens à s’installer dans la péninsule et favoriser la mise en place d’infrastructures de fournitures d’eau et d’électricité depuis Kiev. Politiquement, cette cession ne semblait pas avoir encore de conséquences.

A la suite de l’éclatement de l’URSS en 1991, la question de l’autorité de tutelle de la Crimée s’est posée beaucoup plus sérieusement. En 1991, quand l’Ukraine a organisé un référendum sur son indépendance à l’égard de Moscou, la Crimée a voté à 54 % pour : la plus courte majorité de toutes les régions d’Ukraine. Vingt-trois ans plus tard, la Crimée va demander, dans un référendum contesté par les minorités pro-ukrainiennes, et notamment tatare (12 % de la population de Crimée), à retourner sous l’autorité de Moscou, effaçant le geste de Khrouchtchev par un bulletin de vote.

Mathilde Gérard

Source: Le Monde.fr

 

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