Histoire Tumultueuse de l’Armée Voltaïque/Burkinabè: Diendéré la “Peste” libère les Burkinabè

Histoire Tumultueuse de l’Armée Voltaïque/Burkinabè: Diendéré la “Peste” libère les Burkinabè

Pays pauvre. Pays pauvre très endetté comme c’est à la mode de le dire. Pays enclavé. Pays désertique. Pays sans ouverture sur la mer. Les qualificatifs pour montrer que le Burkina Faso est non seulement un enfer naturel, mais aussi la figure emblématique de la misère, peuvent se dénombrer à l’infini. Mais ce pays ferait pâlir n’importe quel autre en Afrique de l’Ouest pour son expertise dans les coups d’Etat. Sept en 54 ans. Très souvent en douceur, exception faite du putsch sanglant du 15 Octobre 1987.

Transition Politique Semi-Violente

La transition politique semi-violente au Burkina Faso est devenue une norme depuis le 3 Janvier 1963 lorsque Sangoulé Lamizana, chef d’état-major général remplace à la tête de l’Etat Maurice Yaméogo, démissionnaire, ou que l’armée avait fait démissionner. Lors de ces moments troubles, un appel vibrant fut lancé au nom du peuple à la Place d’Arme par l’historien, feu Joseph Ki-Zerbo pour rallier l’armée aux Voltaïques. “Officiers, sous-officiers, soldats de l’armée voltaïque, en ce jour où tout un peuple a pris ses responsabilités contre l’oppression et l’exploitation, il est en droit d’attendre que son armée, l’armée du peuple fasse autant dans le cadre de ses aspirations.” Ainsi s’exprima Ki-Zerbo, le fils Samo. En 2000 il déclarait dans les colonnes de l’hebdomadaire L’Indépendant du 11 Janvier que “le 3 Janvier demeure une date importante parce que l’immense majorité du peuple était favorable à cette insurrection.” Une date qui marque le refus de l’oppression que les Burkinabè ont su exprimer en Octobre 2014 et Septembre 2015 après 27 ans de tergiversation à partir d’Octobre 1987. “Le 3 Janvier malgré son demi-échec à court et moyen terme demeure un symbole: celui du refus de l’oppression, de l’injustice et de l’indignité.” Concluait-il.

Suite à ce coup d’état-démission, l’équipe de Lamizana s’engage à remettre les pendules socio-économiques à l’heure. Elle prend des mesures de redressement économique plus drastiques que ses prédécesseurs et réussi à redonner vie à une économie déficitaire après avoir rétabli l’équilibre des finances publiques. Néanmoins, les tombeurs de Maurice Yaméogo périssent eux aussi le 25 Novembre 1980, sous les bruits de bottes des hommes du Comité militaire de redressement pour le progrès national–CMRPN–du Colonel Zerbo, victimes de la convulsion brutale d’une société profondément gangrénée par l’inégalité et la pauvreté.

La machine cyclique des crises-putschs-relance en marche, les différents régimes du Burkina allaient chacun à son tour essayer de résoudre les questions qui se posent à leur nation sans vraiment y parvenir. Le Colonel Saye Zerbo, d’abord. Ensuite le Commandant-Médecin Jean-Baptiste Ouédraogo, avec le Conseil de salut du peuple–CSP–le 7 Novembre 1982, suivi d’une parenthèse de relance sous le Conseil nationale révolutionnaire–CNR–de Thomas Sankara, le 4 Août 1983, rayée par les rectificateurs du Front Populaire de Blaise Compaoré le 15 Octobre 1987, pour enfin, plus hasardeux être remplacé par le Congrès pour la démocratie et le progrès–CDP–: système le plus meurtrier de l’histoire existentielle de la nation Voltaïque/Burkina.

Le régime CDP démantelé par une insurrection populaire le 31 Octobre 2014 et récupérée par le RSP branche Isaac Yacouba Zida, sera à son tour déposée par le coup d’état de Gilbert Diendéré pour quelques jours à partir du 16 Septembre 2015. Un règne d’à peine une semaine avec son cortège de morts et de blessés. Puis un retour à l’ordre constitutionnel transitionnel le 29 Septembre 2015.

Soldats Politiques

Le bouleversement institutionnel au Burkina a gangrené l’institution militaire. Puis créer une nouvelle race de soldats qui va au-delà des prérogatives qui leur sont prescrites: faire de la politique. Ainsi, l’institution militaire au Burkina a fait irruption dans le domaine politique qui ne relève pas de sa compétence. Dans ce champ, elle en fait un peu trop, et trop peu sur le terrain qui lui est dévolu.

Convaincue que l’allégeance au CDP est le critère déterminant dans l’acquisition des promotions et des avantages y afférents, la haute hiérarchie militaire ne lésine sur aucun moyen pour s’incruster à cette organisation politique. Elle prend sa carte de membre et bat campagne pour elle. L’armée s’identifie donc au régime qu’elle défend et non pas à la nation. Plus de barrière n’existe entre la République et le parti-Etat.

En même temps que l’armée du couple Compaoré-Diendéré fait la politique, elle interdit à tout Burkinabè d’en exercer. Elle intimide la presse patriotique et infiltre toute association susceptible de constituer une menace pour le régime Compaoré. Empêchant ainsi l’émergence d’élites représentatives susceptibles de diriger l’État. L’armée-politique bouleverse les normes. “L’ancienneté dans le grade le plus élevé ou l’officier le plus ancien dans le grade le plus élevé” qui énonçait le sens du devoir n’est plus avec la compétence les critères de référence pour les nominations aux postes de responsabilité. La pyramide de commande est renversée. Des sous-officiers avec plein pouvoir et autorité comme les adjudants-chefs Hyacinthe Kafando et Marcel Kafando, du Régiment de la sécurité présidentielle, qui ont assuré tour à tour les fonctions de chef de la garde rapprochée de Compaoré, tanguent les officiers supérieurs. La minorité qui affectionne la légalité régalienne est taxée d’anticonformiste et d’activiste des partis d’opposition. Puis scellés au même grade pendant des années pour certains, et “primés” d’une affection-sanction pour les autres dans des régions militaires aux rudes conditions d’existence. Dori, la Sibérie(?) Burkinabè, située à 200 km de Ouagadougou, reçoit certains. Même les civils.

La règle générale dans l’armée Burkinabè consiste à “récompenser les mauvais et punir les bons.” Ce verdict est du Commandant Bernardin Sié Poda, collé au grade de sous-lieutenant pendant six ans. Cet “homme de droiture,” comme le nommait une frange de la presse Burkinabè, avait dans le cadre de sa profession au service de la comptabilité des armées, détecté plusieurs réseaux de fraude organisés ou de faits d’individus dans les différentes structures de sa boîte et les porta à la connaissance de sa hiérarchie. Au lieu de le récompenser, il fut impliquer dans une présumée tentative de putsch contre le régime Compaoré en Octobre 2003. Dénonçant les tares de cette armée sans professionnalisme, un autre accusé, un soldat de rang affirma que “ le Burkina n’a pas d’armée.” Une pavée dans la mare de la propagande Française qui décrivait cette institution comme l’élite des élites des forces de défense Africaines.

En effet, l’armée rectifiée n’était plus qu’une institution de porte-galons sans envergure opérationnelle. Les meilleurs étaient écartés ou s’étaient auto-dilués dans l’anonymat. Des colonels de l’armée étaient devenus des turfistes invétérés. Le ministre de la Défense, le Général Kouamé Lougué sur qui tous les soldats de l’armée classique et même les brimés du RSP, et le peuple, comptaient pour renverser la vapeur le 15 Juillet 1999 joua le soldat républicain face au putschiste Compaoré. Il refusa l’offre de ses subalternes. Sa loyauté se referma sur lui. Dégagé de son poste de ministre, il fut impliqué par le système Compaoré au fameux putsch d’Octobre 2003. Le sergent Naon Babou, un élément dangereux, courageux et craint du RSP, prêt pour toutes les missions impossibles pour sauver le chef Blaise, fut lui aussi labellisé comme une pièce maîtresse du fameux coup. Puis condamner à six années de prison. “Son sort avait été scellé en Janvier 1999 lorsque croyant bien faire, il dit à François Compaoré, frère cadet de Blaise Compaoré, que les éléments de la Garde présidentielle qui avaient tué et brûlé Norbert Zongo, n’avaient nullement rendu service au président.”

Cette armée réduite aux parades a néanmoins des admirateurs. Les mêmes quand il s’agit de détruire l’Afrique: les gouvernements Français. Très impliqués dans le maintien de Compaoré au pouvoir et dans ses multiples crimes—avec l’aide de Maurice Portiche, ex-ambassadeur de France au Faso—, ils témoignent à la haute hiérarchie politique et militaire Burkinabè corrompue, et au service de la France, leur gratitude. Ainsi, pour service rendu, six des officiers de cette institution militaire au féminin sont décorés le 22 Mars 2007 par l’ambassadeur de France, François Goldblatt pour le compte de l’état Français, en présence du ministre Burkinabè de la défense, Yéro Boly.

Le grand chancelier de l’Ordre national, le Colonel Mamadou Djerma est élevé au grade de commandeur de l’Ordre national de la Légion d’honneur. les Colonels Kodjo Lougué, Pingrenoma Zagré—actuel chef d’état-major des armées—, Christophe Ilboudo, Abraham Traoré, respectivement Commandant du Groupement central des armées, Chef d’état-major adjoint de l’armée de terre, Chef de l’état-major général des armées, et Chef d’état-major général adjoint de l’armée de l’air, sont nommés au grade de Chevalier de l’Ordre national de la légion d’honneur. Le Colonel Banagoun Zan, chef de la Division des études et de la planification de l’état-major général des armées est couronné Chevalier de l’Ordre national de mérite.

Gilbert Diendéré bénéficie d’un régime particulier. Il avait été élevé au rang de chevalier dans l’Ordre national de la légion d’honneur Française lors d’un séjour en France en Mai 2008. “Quels services a-t-il donc rendu à la France?” S’est interrogé Bruno Jaffré dans un papier qu’il a intitulé: Que sait-on sur l’assassinat de Sankara?, publié le 14 Août 2009.

RSP, Régiment de Tueurs 

L’armée domestiquée par Compaoré et les gouvernements Français, les critères de recrutement et de formation en font les frais. Des inaptes et des jeunes de mauvaise moralité sont recrutés, faisant de l’armée un corps de handicapés, de bandits et de criminels comme les FRCI de son cousin Ouattara en Côte d’Ivoire. Au sein de ce nid de vipères, les plus fidèles parmi les plus cruels des plus dociles sont recrutés dans le Régiment de sécurité présidentielle.

Alors entre en scène les crimes. En Novembre 1987, le Lieutenant Vincent Sigué est abattu dans la région de Pô pendant qu’il tentait de se réfugier au Ghana. Le Capitaine Sayogo Guy et son épouse sont déchiquetés par une grenade dans leur maison située à l’intérieur du camp militaire de Bobo-Dioulasso en 1988. Watamou Lamien, ancien proche de Compaoré et considéré comme un de ses théoriciens meurt dans un accident suspect à Somiaga en Juin 1989, victime de son ambition à vouloir voler plus haut. Crime dans le cercle Compaoréen. Toujours en 1989, le Sergent Moussa Diallo, gardien de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou, tout comme le Commandant Jean-Baptiste Boukari Lingani et le Capitaine Henri Zongo—deux des quatre qui ont mené la Révolution du 3 Août 1983—sont accusés de complot et traduits devant un tribunal d’exception en même temps que le Commandant Koundabi Sabyambé et le Sergent-chef Gningnin. Jugés la nuit, ils passent par les armes avant le lever du jour. Deux universitaires: Dabo Boukari étudiant en 7è année de médecine à l’université de Ouagadougou et le Professeur Guillaume Sessouma sont assassinés en 1990. Suivent l’économiste Zerbo Soumaïla abattu en 1990 d’une rafale à son domicile à la cité An III. Le Professeur Tall Moctar, enseignant de droit échappe à la mort mais est paralysé à vie. Dans le secteur du Salon international de l’artisanat de Ouagadougou–SIAO, un innocent est abattu confondu au professeur Traoré.

Les crimes des éléments du RSP, Dozo du couple Compaoré-Diendéré sont perpétrés au sein de toutes les couches de la société Burkinabè jusqu’à sa chute. Dire combien d’êtres ils ont tué serait faire de la magie. Eux-mêmes ne seraient pas capables de dire avec exactitude le nombre de leurs victimes dans ce cercle ou les assassins devenaient des victimes pour que les pistes dans cette loi de série se perdent, afin que le silence règne, et que la vérité soit enterrée à jamais.

Le moindre mal que ces criminels assermentés ont commis c’est lorsqu’ils donnaient des sueurs froides à leurs victimes, leur faisaient creuser leurs tombes sans les abattre. Adama Tiendrébéogo dans l’affaire David Ouédraogo—chauffeur du frère cadet de Blaise Compaoré, assassiné par les éléments du RSP—, lève un coin du voile sur les scènes de tortures exécutées par ces criminels de la compaorose. Dans sa déposition à la Commission d’enquête internationale constituée pour faire la lumière sur l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, fondateur du journal L’Indépendant, il raconte. “Au conseil, les tortures étaient quotidiennes. Nous étions frappés et on nous faisait subir toutes sortes de ‘manœuvres’ militaires. Après avoir regroupés Hamidou, Bruno et moi, nous avons été entourés avec de la paille sèche à laquelle on a mis du feu et il nous était interdit d’en sortir. David, avait été amené à l’écart et après lui avoir attaché les pieds et les mains, les militaires lui passaient les flammes sur le corps. Hamidou également a été brûlé seul.” Dans son récit, il se rappelle leur convoi de la mort. “Nous avons été amenés nuitamment hors de la ville, où Hamidou et moi avons été battus à l’aide de ceinturons par trois militaires. Ensuite, ils nous ont ordonné de nous fouetter à l’aide des branchages. Nous avons encore été amenés nuitamment hors de la ville, les yeux bandés et on nous a fait creuser une tombe. On m’a passé la corde au cou et on a tiré dessus.”

Le RSP a beaucoup appris des films westerns. Ces gangsters incorporés dans l’armée ont écrit l’histoire des crimes en série, des crimes politiques, des règlements de compte, et de disparitions. Donc, l’histoire des meurtres tels que ce pays ne l’avait jamais connu auparavant. Pendant ce temps, leurs complices de la ‘communauté internationale’ et leurs ONGs ont été subitement frappés de cécité, de surdité, et de mutacisme.

Armée Toujours Absente

L’armée classique avait beaucoup à se reprocher avant ce 29 Septembre 2015. Dès l’assassinat de Sankara, le peuple déterminé attendait le signal de cette armée pour tuer ce coup d’état-assassinat dans l’œuf. Mais le commandement et les unités d’élites comme le Bataillon d’infanterie aéroporté–BIA–sous la direction du Capitaine Boukari Kaboré—retourné au champ avec quelques incursions infructueuses en politique—réfléchissait. Pourtant, ce dernier était pressé par le jeune Lieutenant Sanogho Élisée, de l’Escadron du transport et d’intervention rapide–ETIR– de Kamboinsé, pour descendre sur Ouaga afin d’en découdre avec les forces réactionnaires.

Elisée Sanogho qui prit la tête de cet escadron, en remplacement de Michel Koama, son chef de corps abattu dans sa chambre au camp le jour du putsch, fut avec ses frères d’armes, les Lieutenants Kéré Daniel, Ky Bertoa, et Sanou Joseph, tués et brûlés à Koudougou où ils étaient partis prêter main-forte à Boukari Kaboré. Ces jeunes officiers avaient été massacree par les hommes de Compaoré conduits par le Lieutenant Gaspard Somé et le Capitaine Alain Bonkian, commandant en 1984 du Centre d’instruction des troupes aéroportées–CITAP– de Bobo. Ce même jour, une dizaine de soldats du BIA dont le Sergent-chef Sakandé Mahama et le soldat 2è classe Timothée Oubda, officier rétrogradé, sont abattus dans la même ville et brûlés sur la route de Kindi. Tout ce drame à cause des tergiversations de Boukari, ami de Sankara, qui attribua plutard son inaction à quelque chose d’inexplicable qui se serait passé dans sa tête après la mort tragique de Thomas.

Que ce soit le Capitaine Boukari Kaboré ou le Général Kouamé Lougué, ils ont laissé passer l’heure du changement. L’heure qui aurait servi pour démanteler le régime criminel et dictatorial de Compaoré. Arrêter le déclin de l’armée. La réconcilier avec la nation. Et la transformer en un instrument au service de celle-ci.

Au sein de cette armée plongée dans un état comateux, la haine qui couvait entre les différents corps explose quelques jours avant Noël 2006. Policiers et militaires s’opposent. Les armes crépitent. Le nez dans le guidon, l’armée ne prend pas de la hauteur. La hiérarchie corrompue et les subalternes sans ambitions, sans vision, ne sautent pas sur ce déchaînement kaki pour désinfecter le régime Compaoréen.

Sous d’autres cieux, l’occasion aurait été belle. L’histoire est assez instructive sur ce point. En République de Centrafrique, le 31 Décembre 1965 le Colonel Jean-Bedel Bokassa subtilisa le pouvoir dans un moment de flottement au Colonel Jean Izamo du commandement de la gendarmerie. En 2011, lorsque l’armée manifesta dans les casernes à Bobo et à Ouaga, mais aussi dans les lieux publics, et même au sein de la garde présidentielle, il manqua au sein de ces agitateurs sans conviction politique, un finisseur. Personne donc dans cette armée ne put saisir le coup de l’opportunisme, comme Prosper Avril qui, profitant de la déliquescence de l’armée, récupéra la révolte des sergents pour se mettre au pouvoir à Haïti. Malheureusement pour se servir.

Pris dans Son Propre Piège

Le putsch de Diendéré bien qu’un flop s’est révélé salutaire. Salutaire non pour les putschistes qui se sont tirés une balle dans la patte, mais pour le peuple Burkinabè et pour l’armée classique. En tentant cet autre forcing politique par les armes, Diendéré et ses parrains en France et en Côte d’Ivoire ont permis d’une part aux Burkinabè de montrer leur degré de patriotisme, et d’autre part à l’armée de secouer ses puces et rompre avec la peur d’un RSP surarmé, imbattable, et imprenable selon les propagandistes des media occidentaux–AFP, RFI, France24,…BBC,…VOA,….

L’armée classique dans sa diversité de corps, en se regroupant à Ouaga en provenance des différentes régions militaires, avait décidé de briser le tabou RSP. Une décision militaire qui a freiné les appétits putschistes de Diendéré et ses comparses. En les coinçant comme des rats dans leur base de Naaba-Koom II sans qu’ils ne se fraient un chemin pour briser leur encerclement, démontre que ces soldats de la terreur n’étaient rien d’autres que des éponges gonflées à la propagande. Et rien dans les tripes.

L’assaut lancé l’après-midi du 29 Septembre qui a permis à l’armée loyaliste de leur arracher le palais présidentiel de Kosyam et le camp Naaba-Kom II dans lequel ils s’étaient retranchés et narguaient tout le monde avec des communiqués décousus et mensongers avait fini par convaincre même les plus sceptiques que cette garde prétorienne de Compaoré n’avait qu’une puissance de feu artificielle. A peine quatre tirs d’armes de gros calibres et quelques rafales, ils avaient déposé les armes. Le chef d’état-major des armées, le général Pingrenoma Zagré résuma en quelques mots cette défaite sans gloire. “Un assaut a été donné. Il n’y a pas eu d’affrontement. Ils–RSP–ont quitté la caserne.” Il ne pouvait en être autrement avec des froussards qu’on avait longtemps présenté comme des soldats intrépides. Mais dont la force de frappe se limitait à brimer les civils, tendre des embuscades à leurs frères d’armes et les liquider.

Avant que les derniers vestiges du clan Compaoré ne s’effondrent, le général félon Gilbert Diendéré, l’homme craint sous Compaoré avait quitté le navire pour se réfugier sous la soutane du représentant du Vatican au Faso. Mais la cavale de cet homme de terreur devrait être de courte durée. “Le chef des putschistes a abandonné et s’est retranché dans une enclave diplomatique. Le Burkina  Faso est respectueux de cette enclave diplomatique, que nous n’allons pas violer.  Nous sommes donc  en négociation pour que l’on puisse nous le remettre.  Mais nous comprenons, qu’ils—les responsables de la représentation diplomatique en question—ont besoin d’avoir  un certain nombre de garanties, que sa vie sera sauve. Garanties, que nous allons bien sûr  donner.  Ce n’est plus qu’une question d’heures, nous allons  pouvoir le récupérer  et le mettre à la disposition de la justice,” avait prévenu le premier ministre, Yacouba Isaac Zida, lors de l’audience solennelle de la rentrée judiciaire 2015-2016.

De la parole aux actes, Diendéré, le médecin colonel Bamba et l’ancien ministre des affaires étrangères Djibril Bassolé—qui aurait pris une part active dans l’assassinat de Boga Doudou et dans la crise Ivoirienne—ont également été mis aux arrêts après ce coup de force avorté. “Le Général Diendéré et ses complices répondront de l’ensemble des infractions qui leur sont reprochées dans cette tentative de remettre en cause la bonne marche du peuple burkinabè vers plus de démocratie et de liberté,” a indiqué le gouvernement de transition.

Le Sergent Naon Babou qui connaît Diendéré pour s’être frotté à lui dans le cadre de la sécurité du chef de l’État, avait fait lors du procès du putsch d’                  Octobre 2003 cette réflexion. “Diendéré fait de tout temps des montages, mais un jour, le dernier montage sera contre lui. Il a fait endurer trop de choses aux gens au Conseil.” Prophétie accomplie.

L’Ombre de Malachie

Gilbert Diendéré a donc donné de la chance à l’armée classique de s’exprimer et de remporter sa première victoire républicaine depuis l’époque des soldats de la coloniale. Elle a imposé à Diendéré le langage des armes. La seule qu’il comprenne. Sur le feu des armes, l’armée républicaine a donné à l’autorité civile les arguments pour dissoudre le RSP le 25 Septembre. Puis geler les comptes de certains anti-peuples dont Diendéré et son épouse Fatou, officier de police, députée, qui a toujours poussé son général de mari à prendre le pouvoir même sous Compaoré. Malheureusement pour cette femme de honte, Diendéré a fait le coup d’état le plus idiot, et n’a pas exercé le pouvoir afin qu’on leur déroule le tapis rouge sous une pluie de notes de fanfare des nations amies.

Les éléments fidèles à ce général félon, qui n’ont pas “les couilles bien suspendues”—comme disait le ministre Claude-Ernest Ndalla en 1984 lors du procès politique dit du M-22 ou des attaques à la bombe au Congo-Brazzaville—, ont fui par des pistes villageoises pour se réfugier au Ghana et en Côte d’Ivoire qu’ils ont aidé Ouattara à défigurer. Ou iront-ils si cet imposteur est chassé d’ici là? Malachie disait dans sa prophétie que Dieu fera vivre le désert à ceux qui ont combattu injustement Laurent Gbagbo. Est-ce déjà cela qui commence pour le clan Compaoré-Diendéré et ces derniers? Si c’est cela, Mamadou Koulibaly qui a moqué Malachie devrait s’inquiéter.

Réorientation Editoriale

En attendant de voir, l’hypocrisie la plus cruelle vient de certains organes de presse Burkinabè qui sont dans l’air du deuil. L’Opinion, L’Hebdo du Burkina, et d’autres, sont dans une réorientation éditoriale difficile. Le quotidien Le Pays qui a accompagné le clan Compaoré dans sa déstabilisation sous régionale et qui ne rate aucune occasion pour flinguer le souverainiste Gbagbo est dans la logique de cette mue.

Pour ne pas rater le train, il claironne que son pays a mis en déroute “un général d’opérette” qui “tentait son coup contre la raison et pour l’impunité.” Diendéré de sa cellule jugera. Il ajoute, “plus de deux décennies d’exactions exécrables et d’impunité, ça conduit nécessairement un jour ou l’autre vers la déchéance et la solitude.” Pourtant, il a applaudit le clan Compaoré tout ce temps. Et de conclure, “Quand, pendant vingt-sept ans, on s’est vautré sans désemparer dans les privilèges, il faut avoir le courage et la décence morale d’admettre que même les bonnes choses ont une fin.” Bonne observation. Bien frappée. Un rappel des valeurs. Mais cette observation aurait été complète si Le Pays avait eu la “décence” de mettre les clefs sous le paillasson et accompagné Compaoré dans son exil. Ou prendre sa cellule près de celle de Djibril Bassolet ou de Diendéré au Camp Paspanga.

Ils sont nombreux ces organes de presse qui sont dans le même champ sémantique. Pourtant, hier, ils ont marché avec Compaoré dans sa partie practiciste exécutée par le RSP. Le Journal du JeudiJJ– qui faisait l’apologie des ‘Islamo-Catholisistes-RSP,’ écrit, “Gilbert Diendéré aura tenté le énième putsch Burkinabè, pour assurer ses arrières, en complicité supposée avec des pontes politiciens de l’ancien régime. Mais il se sera cassé les dents.” Les traitres-opportunistes ne manquant pas d’idées ni de génie pour se retrouver du bon côté, le JJ peut bien se targuer d’être de ceux-là. Ce journal a entamé son changement de timbre de voix. Dans ce processus de retournement de veste, il note, “le peuple Burkinabè, avec la pression dissuasive des militaires loyalistes, aura enfin parachevé son insurrection populaire d’Octobre 2014.” Un peuple qu’il a trahi plusieurs fois pour être dans l’air du temps de la Compaorose.

Pour faire tendance, mais surtout définir son identité, ce journal donne au mouvement de colère des Burkinabè le parfum“[d’] une insurrection aux airs de printemps arabe et sans équivalent en Afrique noire.” Qualifier ce coup de colère des Burkinabè ou leur ‘insurrection’ de ‘printemps Arabe’ ou ‘Japonais,’ c’est mépriser l’éveil de conscience de ce peuple. C’est aussi insulter la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour que ces plumitifs continuent de noircir les papiers.

Tout analyste ou journaliste sérieux sait que ‘le printemps Arabe’ est piloté depuis l’occident, en occurrence depuis la France et les Etats Unis. Par conséquent, il n’est qu’un processus de reprise en main des colonies. Sylvie Neidinger qui l’a compris, écrit dans son article intitulé “Le printemps néocolonial Arabe,” ceci. “Le processus de prise de possession coloniale du monde arabe n’était pas achevé avec les décolonisations! Il se poursuit sous nos yeux par le dit ‘printemps arabe.’” Elle conclut, “Ce ‘printemps’ finalement développe des conséquences qui partent dans un tout autre sens que la modernisation démocrate annoncée.” Cette lucidité analytique pourrait-elle servir de leçon à tous les perroquets des media Burkinabè et Africains qui répètent sans analyse critique le vocabulaire, les notions, les concepts, et toute la fabrique langagière occidentale?

Un Air Nouveau

Quoiqu’il en soit, les Burkinabè peuvent chanter un air nouveau. Mais en restant sur leurs gardes. Car le manque de perspective et d’engagement de leurs soldats qui a été une vraie catastrophe pour leur pays et pour l’Afrique, et qui a prolongé leurs souffrances et celles des peuples Libériens, Sierra Léonais et Ivoiriens, n’est pas encore résolu. Cette armée encore malade doit être reconstruite sur le plan idéologique et éthique pour qu’un vrai vent de liberté souffle enfin sur ce pays.

Feumba Samen, USA

 

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