Houphouët et le Dioula: Ce qu’il pensait d’eux en 1963

En 1962-1963, dans ce qu’on a appelé le « complot des jeunes », complot imaginé par Houphouët-Boigny et Philippe-Grégoire Yacé avec le concours de Christian Groguhet, pour traquer les jeunes cadres de la Côte d’Ivoire indépendante, l’homme de Yamoussoukro eut à l’égard des cadres du Nord, un jugement très dépréciatif qui sera à l’origine de l’idéologie de l’ivoirité que portera son successeur Henri Konan Bédié.

En effet, au sortir d’une réunion des cadres du Nord tenue au domicile de Almamy Brahima, originaire de Bondoukou et militant syndicaliste, ce dernier fut dénoncé par des délateurs comme voulant attenter à la vie d’Houphouët-Boigny. Arrêté comme plusieurs autres personnalités, il fut détenu à l’Hôtel de la Plantation de Yamoussoukro, le 14 janvier 1963. Mais en prison celui-ci apprendra d’un de ses amis que son frère Brahima Ouattara, alors directeur général de l’Information, avait dans ses papiers à son domicile le procès-verbal d’une réunion qu’auraient tenu les cadres du Nord en décembre 1962.

Almamy Ouattara, en habitué de la délation, sans doute pour se rapprocher d’Houphouët, se dépêcha de lui rapporter ce qu’il avait appris. Et d’indiquer qu’un groupe de treize ou quatorze cadres du Nord, dont son frère Brahima Ouattara, se réunissait régulièrement contre son régime. C’est suite à cette information qu’il retrouva la liberté. Pour avoir plus de preuves, Houphouët fit fouiller de fond en comble le domicile de Brahima Ouattara. Il était vrai qu’une réunion des ressortissants du Nord avaient bien eu lieu à son domicile, mais cette fouille fut infructueuse.

Malgré tout, le 31 janvier 1963, Houphouët, entouré de René Séry Koré, Mamadou Coulibaly et de Germain Coffi Gadeau, convoqua une réunion avec les cadres du Nord supposés être des comploteurs contre lui. Il s’agissait de :

– Amadou Koné

– Mamadou Dosso

– Sy Ismaël

– Samba Diarra

– Issa Bamba

– Lamine Ouattara

– Ibrahima Sylla

– Moussa Fofana

– Moussa Diarra (cuisinier d’Amadou Koné)

– Mamadou Coulibaly (gardien d’Amadou Koné)

– Un féticheur originaire de Touba

A ces cadres du Nord, il fit ajouter d’autres jeunes cadres d’autres régions, eux aussi accusés de comploter contre lui. Il s’agit de :

– Charles Donwahi

– Joachim Boni

– Paul Anaky

– Jean Gogoua Yoro

A tous ces supposés comploteurs Houphouët leur tint ce discours d’un ton cynique en parlant des Dioula :
« Je devais vous arrêter depuis le mois de décembre. Mais j’ai préféré vous laisser passer les fêtes de fin d’année en famille, espérant qu’ainsi vous renoncerez à votre funeste projet. Nous vous suivons depuis longtemps. Vous avez créé la SACCI (Société africaine de culture de Côte d’Ivoire). C’est un groupement communiste. Pourquoi tous les membres de ce groupement ne sont-ils pas là avec vous ? Sachez que quand vous vous réunissez à trois, deux d’entre vous sont des hommes à moi. Regardez parmi vous, il n’y a pas un seul Baoulé ! Comment avez-vous pu penser réussir votre coup contre mo, qui dispose de tout le budget de l’Etat ? Vous croyez que ce sont des fils d’éleveurs de poulets comme vous qui allez ma succéder ? Jamais ! C’est un des miens qui me succédera. J’ai frappé le Nord dans ce qu’il a de meilleur (…) Ne croyez pas que vous êtes des prisonniers politiques : vous êtes moins que des prisonniers de droit commun. Vous serez jugés ici à Yamoussoukro, sans témoins, ni avocats, et à huis clos ; vous purgerez toutes vos peines ici. Ceux qui ont souffert pour le parti, seront vos juges. .. Vos épouses se prostitueront pour nourrir vos enfants ; ceux-ci seront dévoyés et ils paieront vos crimes… »

Pour en savoir plus sur « ce complot des jeunes », lire Samba Diarra, Les faux complots d’Houphoët-Boigny, Fracture dans le destin d’une nation, Karthala, Paris, 1997, pp. 99-144

Source: Facebook de Lazare Koffi Koffi

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