Ibrahima Faye, un des frères de la Première dame du Sénégal: «Si Macky Sall veut prétendre à un 2ème mandat, il faut qu’il se débarrasse des lobbies d’affaires et politiques ….»

Ibrahima Faye, un des frères de la Première dame du Sénégal: «Si Macky Sall veut prétendre à un 2ème mandat, il faut qu’il se débarrasse des lobbies d’affaires et politiques ….»

L’homme n’est pas connu et pourtant, c’est un frère de la Première dame, Marième Faye. A la différence de ses frères, Mansour et Adama, Ibrahima Faye est loin des cercles politiques, mais suit de très près ce qui passe dans le pays. Et quand il a décidé de parler, l’homme d’affaires a pris tout son temps (environ plus d’un mois) pour répondre au protocole d’entretien qui lui a été envoyé, à sa demande. A travers les réponses qu’il apporte, il étale son indépendance, sa liberté… Sans détours, il ne met pas de gants, et dit tout.

Ibrahima Faye, vous êtes un des frères de Madame Marième Faye Sall à ne pas être connu du public. Pourrirez-vous mieux vous faire connaître de nos lecteurs ?

Nous sommes au total22 frères et sœurs, utérins et/ou de même père. Nous sommes des citoyens ordinaires. Qui vivons comme le commun des Sénégalais, faisant face au quotidien, et avec des préoccupations, des joies et des peines. Nous ne jouissons pas de faveurs. Dans la famille, il y a des fonctionnaires, des politiques, des chauffeurs, des artisans, et des… chômeurs. Il y a également des entrepreneurs. J’en suis un. Ceux qui, comme moi, ont décidé d’entreprendre, sont quelque peu pénalisés, parce que frères de l’épouse du président de la République. Pour ce qui est de mon parcours, si cela peut constituer un intérêt informatif pour vos lecteurs, je suis bachelier technique, puis j’ai étudié les Sciences et techniques industrielles à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, à la fin des années 80. Puis j’ai obtenu un Mba en finances et je continue encore aujourd’hui, à suivre des formations ici ou à l’étranger. J’ai commencé à développer mes affaires depuis 24 ans, en 1991. Par ailleurs, je suis aménageur-développeur.

Vos frères, Mansour et Adama Faye, sont présents sur le terrain politique. Pourquoi pas vous ? Ce «défaut» de soutien public à Macky et à Marième Faye Sall n’est-il pas mal interprété ?

Mansour, contrairement à ce qui a déjà écrit, a réussi au Baccalauréat technique avec mention en 1985. Puis, il est devenu ingénieur, avant d’être également titulaire d’un Mba. En 2000, il a choisi de militer politiquement aux côtés de Macky Sall, sans être membre du Pds. Il l’a suivi et parfois lui a servi d’éclaireur dans toutes les localités du pays. En 2006, il a pris la tête d’un mouvement de soutien créé à St-Louis et dirigé alors par Habib Ndiaye, pour soutenir Macky Sall dans son compagnonnage avec Wade. Quand Macky Sall a quitté le Pds, Mansour Faye a fait partie des fondateurs de l’Alliance pour la République (Apr) avec Moustapha Cissé Lô, Alioune Badara Cissé, Mahmout Saleh… A Saint-Louis et ailleurs, il a installé et fait fonctionner l’Apr naissante, avec ses propres moyens, limités. Adama Faye quant à lui, est un entrepreneur. Il a démarré ses activités politiques en 2005 à Grand Yoff, au sein de la coordination de l’Apr, qu’il a ensuite laissée à l’ancien Premier ministre, Aminata Touré.

Et vous ?

Moi ? Eh bien, je n’aime pas la politique telle qu’elle est pratiquée sous nos cieux, et en plus, je ne suis pas fort en langue de bois. La triche, la magouille, les combines déloyales, la transhumance éhontée, me révulsent. Il y a évidemment des politiciens honnêtes, qui sont des patriotes sincères, désintéressés, dont le sens de l’engagement, la force des convictions ainsi que les efforts nous ont valu des avancées certaines dans la marche de la République et de la démocratie. Cependant, je suis très attentif à la vie politique, au vécu des citoyens et de la cité. Je gère mon entreprise et je ne suis pas encarté. Pour le moment en tout cas. Cependant, j’ai toujours accompagné Macky comme j’ai pu dans son entreprise politique, sans réserve et sans aucune contrepartie. Dans nos pays, deux ans après son élection, le Président se cherche et cherche une bonne équipe (qu’il ne trouve pratiquement jamais) et deux ans avant les prochaines élections, la compagne démarre, et tout est confié au Premier ministre, qui n’aura aucune capacité car nos régimes sont fortement présidentiels. Sur deux mandats de 5 ans, on ne travaille que deux ans. A ce rythme, quand va-t-on se développer ?

Avez-vous de bons rapports avec le chef de l’Etat et son épouse?

Ma fille de 14 ans porte le prénom de leur fille de 17 ans. Leur fils de 13 ans porte mon prénom. Nos rapports m’autorisent même à donner mon avis, dans un esprit d’indépendance que je me suis toujours assigné. Je considère, en effet, que l’espoir légitime du peuple souverain est très fort et c’est un idéal que nous devons tous servir. Pour ma part, je le rappelle toujours avec force et sans langue de bois, avec constance et franchise.

Est-ce que le Président vous a proposé un poste?

Jamais et je n’en veux même pas. Il en est de même pour d’autres, qui se sont politiquement engagés auprès de lui par pure amitié. D’autres se sont vu confier des responsabilités, comme celui qui a installé l’antenne de l’Apr à Diourbel. Sur ce point d’ailleurs, il faut savoir qu’on aurait même voulu procéder de la sorte, que Macky Sall lui-même ne l’aurait jamais accepté. Je sais qu’il est très strict là-dessus. Tenez, Mansour, par exemple, malgré son engagement à ses côtés depuis le début et correspondant au profil de l’emploi, est néanmoins resté quelque temps avant d’être nommé au poste de Délégué à la Solidarité nationale. Macky Sall hésitait.

Il est déploré une forte implication de la famille de Marième Faye, votre famille, dans la gestion des affaires publiques. Que dites-vous de cela ?
Notre famille est stigmatisée depuis que Macky Sall est devenu président de la République, et cela est un problème. J’aurais aimé savoir sur quoi on se fonde pour avancer ces choses. Ces affirmations ne reposent sur rien et il n’y a aucun fait avéré qui les sous-tend. Voyez par exemple, selon cette rumeur, ma sœur cadette, qui vit en France avec son mari, a été «bombardée» ministre conseiller, alors qu’il n’en est rien. Et comment peut-on, chaque fois que de telles rumeurs et autres inexactitudes sont propagées, repasser partout pour démentir ? Cette situation nous porte préjudice beaucoup plus qu’elle ne nous rend service.

Avez-vous été victime de votre lien de parenté avec le couple présidentiel ?

Je vous donne un exemple que j’ai vécu. Avant 2005, j’avais développé un projet privé avec des partenaires espagnols. Ce projet avait une capacité de faire travailler 6000 personnes. Une des exigences des Espagnols était que je finance, par mes propres moyens, les premières études. A la fin de cet exercice, les Espagnols l’ont validé. Nous avions toutes les autorisations administratives pour pouvoir exécuter le projet, qui était entièrement financé par mes partenaires à hauteur de 100 milliards FCfa. Un acte notarié a été signé en Espagne et je devais réaliser un profit de 4 milliards FCfa. Des ministres qui faisaient la guerre à Macky Sall ont tout bloqué. J’avais également initié deux autres grands projets, qui ne se sont malheureusement pas réalisés, pour les mêmes raisons. Quand il (Ndlr : le Président Macky Sall était président de l’Assemblée nationale) a été sorti du gouvernement et plus tard de l’Assemblée nationale, les choses ont empiré. J’ai été obligé de démarrer aux Etats-Unis, une activité à distance, pour vivre et maintenir mes projets afin de ne pas les perdre, ce qui coûte aussi très cher.

A l’exception d’un grand projet immobilier que j’ai eu à Saint-Louis en 2010, enregistré en 2011 après une bataille épique car il se susurrait que je voulais financer l’opposant Macky Sall et quelques parcelles à Saint-Louis et Dakar, dont les premières ont été acquises en 1996, il m’est difficile d’entreprendre au Sénégal à cause de ce statut de beau-frère du Président. Comme si nous n’étions pas des Sénégalais, alors que même des étrangers gagnent énormément d’argent dans notre pays. Nous ne devions pas travailler quand Macky était dans le gouvernement de Wade, non plus, nous ne pouvions travailler quand il était dans l’opposition et maintenant qu’il est Président, nous devons nous terrer. Et je vois beaucoup de ces énergumènes qui nous ont mené la vie dure, lui faire la cour et la courbette et entrer dans ses grâces sans aucune honte. A ce jour, ce n’est guère mieux pour moi, je me bats seul pour la réalisation de mes projets, sans jamais chercher de marchés publics. Je travaille à leur mise en œuvre, d’autant plus que j’ai investi des centaines de millions pour les avoir.

Notre position est d’autant plus dure, que nous n’osons ni dormir ni voyager ni manger, car les amis, des Sénégalais que nous ne connaissons même pas, pensent que nous pouvons tout arranger. Des demandes de toutes sortes nous sont soumises et si tu as le malheur d’être indisponible ou inaccessible, tu reçois des messages désobligeants, insultants. Or, contrairement à la croyance populaire fortement répandue, mais injuste, personne dans notre famille n’est impliqué dans la gestion des affaires publiques.

Avez-vous une fois conseillé à vos frères de se mettre en retrait pour ne pas exposer la famille ?

Pourquoi devraient-ils se retirer? L’essentiel c’est qu’ils soient dans la légalité et la légitimité, et irréprochables. Tant qu’ils sont vertueux et compétents, et qu’en plus, ils ont la confiance de leurs militants et des électeurs, je ne vois pas de raison pour eux de mettre un terme à leur engagement. De plus, ils ne sont ni extravagants ni dans l’ostentation. Je les découvre chaque jour comme étant les mêmes, corrects et simples dans leurs activités, comme de simples citoyens. Dans le régime précédent, une concentration jugée excessive de ministères entre les mains d’un seul homme, qui se trouvait être le fils du Président (Ndlr : Karim) a créé une psychose, d’autant que son père avait laissé comprendre qu’il était le meilleur de nous tous. Mais tel n’est point le cas aujourd’hui.

L’immixtion de la Première dame dans la gestion de l’Etat est souvent dénoncée. Votre sœur est-elle de caractère à vouloir influer sur les décisions de son époux?

Marième Faye, en devenant l’épouse de Macky Sall, savait et était consciente du rôle qu’une épouse doit jouer auprès de son mari et ensuite de ses enfants quand elle est devenue mère. Ensuite, issue d’une très large famille, l’environnement dans lequel elle a grandi ne peut pas ne pas avoir d’influence sur elle. Dans une famille aussi nombreuse, on ne peut pas ne pas avoir le sens de la famille, on ne peut pas être égoïste, on ne peut pas ne pas partager. C’est impossible de ne pas être sociable et humble, au risque de se le faire rappeler par ses frères et sœurs. Comme dans toutes les familles ! Ce sont tous ces traits de caractère qu’elle a. D’ailleurs, sa simplicité est connue et reconnue, même si parfois, des critiques fusent, qui disent qu’elle n’est pas encore entrée dans la peau d’une épouse de chef d’Etat. Elle respecte son époux et cela fait qu’elle ne peut pas s’immiscer dans les affaires de l’Etat. Par contre, si elle manquait à son rôle social, c’est cela qui serait gravissime. Les féministes sénégalaises vont me tomber dessus, mais c’est mon avis. Toute bonne épouse a cette fonction sociale. A ses enfants, elle a inculqué l’humilité et la simplicité. Elle a vraiment la tête sur les épaules. Cependant, la rumeur reproduit souvent des effets néfastes, à tort, l’affirmation gratuite étant facile, mais souvent difficile à effacer.

Etes-vous de ceux qui pensent qu’elle ne devait pas mettre en place une Fondation ?

Au contraire ! Cette Fondation a fait plusieurs fois le tour du Sénégal, pour venir en aide, soigner, construire ou achever de construire des lieux de culte, sans discernement, spontanément ou après une demande. Elle reçoit tous les jours des centaines de lettres, qu’elle traite selon les urgences, en fonction de ses moyens.

Que pensez-vous des propos de Wade accusant la famille de Macky Sall d’anthropophagie?

Vous savez, je vous réponds toujours franchement. Il y a deux ans, j’ai voyagé en compagnie d’un compatriote. Nous ne nous connaissions pas. Durant la discussion qui s’est engagée, dans la cordialité, il n’a pas manqué d’insulter toute notre famille de mère, la belle-famille de Macky Sall donc. Je l’ai écouté sans rien dire. Quand il a su plus tard, par un concours de circonstances, qui j’étais, il ne savait plus où se mettre et le vol que nous partagions devait durer, pour lui, une éternité. Pendant plus d’un an et demi, Wade est resté muet en ce qui concerne le cas de son fils. Depuis 6 mois, des personnes du camp de Macky Sall ne se sont exprimés publiquement et ont même interpellé Me Abdoulaye Wade en des termes dénués de décence. Wade s’est «vengé» en prononçant des mots que je condamne vivement. Mais Wade n’a-t-il pas eu le sentiment que les personnes du camp de Macky Sall n’étaient pas en accord avec celui-ci ? Encore une fois, je ne cautionne pas ce qu’il a dit, mais peut-on empêcher un père d’aimer son fils jusqu’au désespoir ?

On est à quelques jours de l’An III de l’arrivée de Macky Sall au pouvoir ? Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans sa gestion ?

Tout est mis à la disposition d’un président de la République pour prendre la bonne décision. La bonne décision, c’est tout ce qu’on attend toujours d’un Président. Ce qui m’intéresse en général, ce sont les actes que posent les hommes. Elu, Macky Sall a prononcé des discours forts, a rassuré les Sénégalais et a fait renaître l’espoir. Mais une lecture froide et objective me pousse à penser qu’à vrai dire, «il aurait pu mieux faire». Macky Sall a beaucoup d’énergie, d’idées et de volonté. Mais hélas, ses équipes le plombent. Et cela a des incidences négatives sur certaines mesures prises dans un engouement non feint. Il en est ainsi de ce qu’on appelle la bourse familiale, qui est une expérience brésilienne adaptée à notre environnement et à notre contexte. Pourquoi s’arrête-t-on à distribuer une somme d’agent et puis c’est tout ? Pourquoi les familles bénéficiaires de cette bourse ne sont-elles pas poussées à mener une activité génératrice de revenus avec la bourse ? Le pôle urbain de Diamniadio sera un échec si le gouvernement ne se résout pas à le rendre plus attractif.

Tout défiscaliser et prendre en charge toutes les voies et tous les réseaux divers, sinon on ira vers une spéculation. Les promoteurs détiennent des documents, mais ne réalisent pas car c’est coûteux. La mesure prise de baisser les loyers n’a été que ponctuelle. Tous les propriétaires de biens immeubles à louer, qui ne voulaient pas entendre parler de cette mesure, ont servi des congés de six mois pour faire sortir et même parfois expulser leurs locataires qui devaient bénéficier de la baisse des taux de loyer. Et comme la recherche de logement est dynamique, les coûts n’ont jamais baissé pour tout nouveau locataire. Cette loi n’a pas été suffisamment étudiée et aujourd’hui, on constate que les effets escomptés, pour les locataires en tout cas, sont limités. La fin de l’impunité a été une désillusion. Personne ne sait, à ce jour, comment l’argent public a été dépensé pour le Monument de la renaissance, le zircon, le stockage des hydrocarbures, Arcelor Mitall et d’autres affaires sur lesquelles je reviendrai si j’en ai l’occasion.

Quels sont les différents manquements qui, à votre avis, doivent être corrigés pour qu’il prétende à un nouveau mandat ?

Voyez-vous, la situation est tellement difficile qu’il m’arrive parfois de penser, en entendant des personnes de sa coalition, des membres de l’opposition et quelques personnes de la société civile, «imposer» le respect de la réduction du mandat, qui était une promesse du candidat Macky Sall, que ces personnes-là sont conscientes de l’insatisfaction des Sénégalais. Nous savons tous qu’un mandat de 5 ans est très vite passé et permet très peu de réalisations, surtout infrastructurelles. La fragilité de nos institutions, voulue et entretenue par nos gouvernants successifs, l’éternelle prise en otage dont nous les citoyens sommes victimes, sont les principaux obstacles à l’efficience d’un tel mandat. A chaque fois que Wade a parlé de mandat, on lui a opposé la Constitution. A Macky Sall également, on doit opposer la Constitution. C’est vrai que le débat sur le nombre de mandats et leur durée revient souvent, il est à se demander si notre démocratie n’est pas surfaite. Mais un mandat de 7 ou 8 ans avec une sorte de référendum au bout de 3 ans pour voir si le Président reste ou pas, est envisageable.

Selon vous, qu’est-ce que Macky Sall doit faire pour avoir un second mandat ?

S’il veut prétendre à un 2ème mandat, il faut plutôt qu’il se débarrasse des lobbies d’affaires et politiques qui sont nocifs et nuisibles et qui l’éloignent du peuple qui l’a élu ou pas, qui lui décrivent une situation sociale reluisante, très éloignée de la réalité. Sa marche de Paris est à mon sens une conséquence de la proximité et de l’influence de ces lobbies nocifs très puissants. La vie est encore très chère au Sénégal, mais le Président est bombardé de chiffres officiels peu fiables. Aujourd’hui, même si certains prix de denrées de première nécessité ont baissé, beaucoup de Sénégalais peinent à les acheter. Quant à l’emploi, n’en parlons pas. On est très loin des chiffres qui nous avaient été donnés initialement. Il n’y a pas assez de transactions générées par une économie dynamique et l’argent ne circule pas.

Disons-le. Pour prétendre à un deuxième mandat, le Président Sall ne doit ni aller chercher ni accepter les transhumants. Il n’y a pas de porteurs de voix ni de report de voix au Sénégal. N’est-ce pas Djibo Ka? Ou très peu. Une très grande majorité des Sénégalais qui votent, détestent cette manière de faire la politique. Les Sénégalais supportent de moins en moins de voir des personnes qui n’ont aucune vertu politique, être invitées au palais de la République, un vrai symbole de neutralité et de valeurs, et sous l’œil des caméras de la télévision nationale, venir faire allégeance, en attendant le prochain nouveau régime. Ces transhumants sont financés par l’Apr, qui assure la mobilisation lors du malheureux et répugnant show. Alors que les militants authentiques de l’Apr, qui ont tout sacrifié, peinent à rencontrer leur chef de parti ou même leurs responsables politiques. Pour accéder à la Présidence de la République, Macky Sall a fait preuve d’intelligence stratégique. C’est difficilement compréhensible qu’il aille chercher des transhumants. Le summum a été atteint quand il a accepté Awa Ndiaye. En additionnant des sommes négatives, le résultat ne peut être que négatif.

Après l’arrestation de Karim Wade, alors qu’on en attendait d’autres, Awa Ndiaye a été acceptée dans les rangs de l’Apr, couvée puis «blanchie». Qui aurait rouspété si un Moussa Sy des Parcelles Assainies avait été convié dans l’Apr ? Tout en étant au Pds, il s’est toujours montré proche du peuple et discret. C’est vrai que l’Apr n’est ni organisée ni structurée (ce qui signifie la même chose) et les partis dits alliés, ou bien déclarent leur candidature, ou bien se disloquent. Sur qui ou quoi Macky Sall va-t-il s’adosser pour une éventuelle réélection? C’est tout cela qui justifie ce ratissage tous azimuts. Mais c’est dommage, ce genre de pêche n’enchante point les Sénégalais.

La forte ségrégation sur les dossiers judiciaires, en général, et sur la traque des biens mal acquis, en particulier, est trop criante. Mbaye Jacques Diop, qu’on attendait de voir être interrogé sur le milliard et demi FCfa qu’il a bien détourné du Craes, ne l’a pas été.

Personne d’autre n’a été pris, sauf Abdoulaye Baldé, qui a bénéficié d’un contrôle judiciaire et tutti quanti. Pendant ce temps, Karim Wade croupit en prison. Il ne peut répondre seul de la gestion de tous. Et les autres mis en cause dans tous les rapports des corps de contrôle ? Cela a exacerbé le sentiment d’acharnement et attiré de la sympathie pour Karim Wade, sans que cela ne puisse lui ouvrir les portes d’une voie présidentielle ; ce chemin étant encore long et difficile. Il s’y ajoute l’opportunité de la Crei, car l’absence de second degré de jugement qui permet de faire appel et le renversement de la charge de la preuve qui oblige à justifier sa fortune, pose problème pour l’administration d’une bonne justice. Le Sénégal a aussi signé et même initié des conventions dans ce sens, qu’il ne peut ignorer. Il y a une gouvernance liberticide. Les libertés individuelles et collectives acquises ne sont ni négociables ni rétrécissables.

C’est comme si vous n’étiez pas enchanté par la traque des biens supposés mal acquis?

Il est évident que l’argent public, l’argent des Sénégalais, ne peut faire l’objet de magouilles et d’une gestion nébuleuse. De Senghor à Wade, en passant par Diouf, faire de la politique est source d’enrichissement illicite pour beaucoup. Et ce régime n’est pas épargné, les choses sont, je le crains, simplement moins visibles. Les méthodes ont changé. Voyez le cas du Dg du Port (Cheikh Kanté : Ndlr). Il agit comme s’il transformait l’eau de la mer en argent. Il finance toutes les activités politiques de l’Apr partout au Sénégal. Ce grand transhumant, venu au second tour de l’élection présidentielle, dans son royaume du Port, fait des publicités partout à son effigie, claque facilement de l’agent au vu et au su de toutes les autorités de ce pays. Or, il a un salaire de 5 millions FCfa. On trompe Macky Sall sur beaucoup de choses.

Des hommes d’affaires doivent de l’argent à l’Etat depuis cinq ans pour des commandes payées à l’avance, non livrées à ce jour et aujourd’hui, on leur fait la part belle en leur accordant des marchés de gré à gré ! Que nous a rapporté la traque des biens supposés mal acquis ? Combien en a-t-on récupéré ? Il paraît que parmi les 25 personnes soupçonnées, quelques rares ont transigé ? Pour combien ? Cette affaire de la traque nous retarde et tout est dans l’opacité dans ces opérations, ce qui ne devrait pas être le cas. Ce qui laisse penser parfois à des deals. Le peuple doit savoir. Ces rumeurs sur Arcelor Mittal…

Le patrimoine de Macky Sall est évalué à 8 milliards FCfa. Pensez-vous qu’il a pu amasser toute cette fortune en un temps si court ?

Eh bien, cela pose problème, d’autant qu’il a dit, entre autres, que Wade lui a offert une partie de son argent, ce que Wade a démenti. Je dois à la vérité de dire que comme la libéralité n’est pas permise pour se justifier, cela ne le met pas en situation confortable vis-à-vis de la loi. L’argent qu’on t’a offert n’est pas licite. Vous le voyez aussi, cette loi ne cadre pas avec un l’esprit d’une bonne justice, encore moins avec notre sociologie. Au Sénégal, on donne de l’argent à ses amis à ses parents, etc.

Source: L’Obs (Sénégal) via Rewmi.com

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