Il était une fois Monogaga

Il était une fois Monogaga

A une vingtaine de kilomètres de San Pedro dans la direction d’Abidjan, un carrefour vous engage sur une voie non bitumée, accidentée et jalonnée de nombreux campements anarchiquement installés. Au bout de 11 Km, l’on est surpris par le village au détour d’une voie tortueuse qui dévale la colline escarpée. Un village de pêcheurs, comme l’indique les nombreuses pirogues aux couleurs vives et les grands filets amassés en bordure de mer.

Nous sommes à la plage de Monogaga qui a été rendue célèbre par ses vagues très douces, son eau claire et peu profonde. A marée basse, on peut aller jusqu’à 500 mètres dans la mer sans être submergé. Un paradis touristique, voilà ce qu’était Monogaga jusqu’en 2002. Aujourd’hui, cette place qui grouillait de touristes toute l’année, offre un spectacle de tristesse avec des cabanes autrefois riches mais à présent totalement délabrées. Toitures éventrées, murs de bois branlants, des rondins de bois qui traînent et la broussaille qui a commencé à reprendre ses droits. Les cabanes sont abandonnées et la mer s’est rapprochée, réduisant considérablement l’étendue de la plage. Comme si la nature elle-même voulait effacer les traces de ce passé glorieux de Monogaga.

La désolation est totale.

Le jeune Alexandre Boh Gnessoa, fils du village, regarde ce « cimetière » avec mélancolie. « C’est la guerre de 2002 qui a provoqué ce désastre. Ici, de nombreuses personnes vivaient du tourisme. Il y avait les guides de la plage, les restaurants en bordure de mer, les employés de l’hôtel et des habitations privées appartenant à des européens qui venaient de San Pedro où la mer n’est pas aussi calme. Les touristes sont partis et tout le monde est devenu planteur. De nombreux étrangers sont aussi arrivés et la luxuriante forêt qui bordait la mer sur une bonne distance dans les terres, a totalement disparu. Elle aussi intéressait les touristes », se désole-t-il. Comme de nombreux autres, il vivait de la pêche aux langoustes, aux crabes de mer et aux poissons abondants dans ces eaux paisibles. La clientèle, essentiellement composée de touristes et l’hôtel « La Langouste », ne manquait pas et tout allait bien.

Le petit village de Monogaga tire son nom de la colline « Mono » qui la surplombe. Et « gaga » veut dire « plage » en Wanê, la langue locale. A gauche, à l’entrée, se trouvait l’hôtel « La Langouste », fait de bungalows, et un grand restaurant, tous en bambous et recouverts de tuiles. Depuis la plage fantôme, on en voit la toiture noire.

Naguère propriété d’un Français marié à une Ivoirienne native de la région, La Langouste comprenait 20 bungalows qui ne désemplissaient presque jamais. Les restes de l’hôtel sont eux aussi laissés à l’abandon dans la broussaille. Certains bungalows, très peu en réalité, sont squattés par de jeunes habitants du village. Dans un d’entre eux, nous avons vu une famille entière avec papa, maman et les enfants. La nature sauvage a repris le dessus sur tout et le bourdonnement des vagues douces qui ont fait la gloire passée de Monogaga, résonnent désormais avec tristesse aux oreilles des visiteurs désabusés. Et dire que cet endroit figurait en bonne place sur les tabliers des tour-operators et dans les sites internet dédiés au tourisme. Sa renommée avait franchi la frontière pour s’étendre jusqu’en Europe et aux Amériques.

Le jeune Boh Gnessoa se rappelle qu’au moment où l’hôtel fonctionnait encore, les 11 Km de route en terre qui mènent au village étaient toujours très bien entretenus, les villageois vivaient des tâches liées au séjour des touristes et des actions sociales étaient posées pour le bien de la communauté.

Aujourd’hui, la seule activité visible dans le village est celle de la pêche menée par les Ghanéens et quelques jeunes autochtones. Les acheteurs viennent de San Pedro pour aller revendre le fruit de leurs achats jusqu’à Abidjan. On trouve encore des langoustes et des crabes de mer à Monogaga. De plus, à en croire Boh Gnossea, des touristes nostalgiques viennent de temps à autre de San Pedro pour profiter encore de ce qui reste de cette plage exceptionnelle. « Ils viennent, mais pas du tout comme par le passé. On n’en voit pas plus de cinq par semaine », précise-t-il. Et comme il n’y a plus aucun abri, personne ne songe à rester longtemps.

Selon des témoignages, le même spectacle pitoyable est visible au complexe « best of Africa », à quelques encablures, toujours en bordure de mer. On peut dire que de véritables géants du patrimoine touristique ivoirien sont tombés. Qui pourra les relever ?

Dago P.

Source: belle cotedivoire.com

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