Insécurité en Côte d’Ivoire : Ces événements qui s’accompagnent des sacrifices humains

Insécurité en Côte d’Ivoire : Ces événements qui s’accompagnent des sacrifices humains

Il plane sur la Côte d’Ivoire comme un ange de la mort, particulièrement attiré par le sang et les organes humain, ceux des enfants pour être plus précis. Et cela, au fur et à mesure qu’approchent les premières élections sénatoriales que ce pays n’a jamais connues. Combien d’enfants ont-ils été enlevés, froidement tués, puis vidés de leur sang, après qu’on leur a prélevés des organes ? La question est sur toutes les lèvres, parce que le décompte macabre est loin d’être terminé. On dirait qu’il ne fait que commencer malheureusement, puisque la liste s’allonge au fil des jours.

L’enlèvement et la mort du Petit Bouba

C’est la gorge tranchée, les membres solidement ligotés, que le corps sans vie de Bouba, de son vrai nom Aboubacar Sidick Traoré, un garçonnet de 4 ans, a été découvert à Cocody-Angré très loin de Williamsville son lieu de résidence, suivant les indications de son bourreau Etienne Sagno, un bijoutier de 27 ans. Aux dires des personnes qui ont vu son corps, Bouba a été sauvagement assassiné pour les besoins d’un sacrifice rituel qui devrait faire passer Etienne Sagno de la galère au luxe.

Depuis quelques temps, les disparitions d’adultes et d’enfants suivis de morts atroces ont pignon sur rue en Côte d’Ivoire. Mais comme  si une main divine voulait dire « Stop », le cas Bouba a enflammé la toile. Il a fait le tour du monde, au point qu’ici comme ailleurs, tout le monde est « Bouba ». Même au plus sommet de l’Etat, tant le couple présidentiel que les membres du gouvernement, tous se disent  sous le choc et ont promis que les auteurs de ce crime, qui qu’ils soient, ne resteraient pas impunis.

De fait, en lien avec le meurtre de Bouba, diverses versions des faits circulent. Les unes évoquent un crime rituel qui avait pour motif, un enrichissement sans effort du bijoutier qui, (voulant devenir millionnaire en offrant en sacrifice, le sang du pauvre garçonnet) lui a froidement tranché la gorge pour recueillir son sang. Le bijoutier a lui-même révélé que c’est un marabout qui lui a conseillé de sacrifier un être humain pour devenir riche.

Une autre version mentionne que le tueur de Bouba a été mis en mission par une personnalité qu’il ne veut pas livrer au risque de s’attirer la foudre des dieux de la mort. Mais il reste constant que l’enlèvement et le meurtre d’Aboubacar Sidick Traoré par quelqu’un qui ne lui était pas étranger, font partie de la longue liste des crimes rituels qui endeuillent des familles en Côte d’Ivoire en cette en période électorale. En effet, le cas Bouba est certes le plus médiatisé, le plus choquant, mais il n’est pas le seul. Les réseaux sociaux très alertes ces derniers temps révèlent presque chaque jour, au moins un cas de disparition d’enfants suivi plus tard, d’un meurtre.

D’après la police, cela faisait quelques années qu’aucun cas de sacrifice rituel ne lui avait été rapporté. Mais ces dernières semaines, plusieurs cas de disparitions d’enfants ont été signalés. On comprend pourquoi la mort de Bouba a provoqué une vague de colère dans le pays. Samedi dernier, une marche silencieuse a réuni des centaines de personnes à Cocody-Angré au slogan de « Plus jamais ça ! »

A M’Bahiakro, dans le Centre-Est de la Côte d’Ivoire, un autre crime rituel semblable à celui du petit Bouba secoue depuis lundi la ville. Une élève de 5è  au lycée moderne éponyme, du nom de Chanceline Glahou, a été retrouvée sauvagement assassinée, la gorge tranchée, dans l’enceinte de la prison civile ; un endroit d’ordinaire sous haute surveillance. Chanceline Glahou a été elle aussi vidée de son sang. Tout M’Bahiakro est en ce moment sous le choc, tout le monde se demande qui a pu faire ça et pourquoi. La psychose a enveloppé la ville, les populations se demandent si c’est un fait isolé, ou si les crimes rituels viennent d’y faire leur entrée en cette période de veillée d’armes pour les élections sénatoriales.

A Bandiahi, une agglomération de la sous-préfecture de Bédiala, l’on a découvert le corps sans vie d’un gamin de 9ans et en classe de CE1 retrouvé tôt le matin dans la broussaille. Les réseaux sociaux toujours les premiers à relayer ces informations macabres ont insisté que l’enfant retrouvé mort le matin à Bandiahi était plein de vie la veille, il ne présentait aucun signe de maladie. Ils précisent qu’il a été étranglé.

Voilà l’ambiance générale, l’air du temps en Côte d’Ivoire, au moment où le pays s’apprête à aller aux élections sénatoriales. Des crimes rituels des plus crapuleux se multiplient, avec pour cible les plus petits, ces êtres sans défense et parfois trop naïfs pour distinguer un bon « tonton » d’un bon ! Les vieux démons sont de retour, disent les Ivoiriens qui ont de la mémoire. Ils se rappellent que les enlèvements d’enfants suivis d’assassinat des tout petits ont endeuillé de nombreuses familles en Côte d’Ivoire en 2015, dans la ferveur de la Coupe d’Afrique des Nations (Can) de football remportée par les Eléphants de Côte d’Ivoire. Une vingtaine d’enfants avaient été enlevés en Côte d’Ivoire.

Malheureusement, 20 d’entre eux ont été retrouvés morts, sauvagement tués par leurs ravisseurs. Ces derniers avaient prélevé  des organes à la plus part des enfants qu’ils ont enlevés et tués. Au nombre de ces victimes, se trouvent les nommés Méless Essoh Emmanuel, Mareau Bénitier, Jean Aurélien Koffi, atrocement tués après leur enlèvements. Leurs bourreaux leur ont prélevé des organes…  D’autres enfants enlevés ont réussi à se sauver de la mort qui les avait enchainés. Mais ils en gardent aujourd’hui des séquelles, parce que leurs ravisseurs les ont tailladés à la machette. C’est le cas d’Aka Chance Ezechiel, Cédric et Souleymane.

Quand ces crimes ont été commis, instinctivement, les regards accusateurs s’étaient tournés vers certaines personnes. On les a soupçonnées de pratiques mystiques aux fins d’accroitre les chances de l’emporter de l’équipe nationale de Côte d’Ivoire, trop amorphe à l’époque pour monter sur la plus haute marche du podium. Un peu plus loin dans le passé, le phénomène avait existé, dans les années 90.

Des Ivoiriens se rappellent que lors des élections locales de 1985 et 1990, la ville de Dimbokro, par exemple, s’était tristement illustrée par la recrudescence des crimes rituels. De fait, lors des élections législatives et municipales de 1985 et 1990, les habitants de la ville avaient découvert des personnes mortes sur les rails au quartier Belleville. Le plus souvent, c’était des personnes âgées qu’on avait pris le soin de vider de leur sang avant de les abandonner quelque part, au bord de la route ou dans les broussailles.

Le phénomène était ponctuel, le temps qu’ont duré les élections ci-dessus mentionnées. Il était aussi circonscrit à la seule ville de Dimbokro, contrairement à ce qui est en train de se produire partout en Côte d’Ivoire, depuis 2015 avec, une vingtaine d’enfants qui  se font enlever et tuer en l’espace de quelques mois, dans le seul district d’Abidjan ! Quand cela coïncide toujours avec les grands rendez-vous politiques ou sportifs, il y a un problème que les gouvernants se doivent d’examiner en profondeur.

Accusés, levez-vous !

Chaque fois qu’il y a des crimes dans le genre de ceux qui secouent en ce moment la Côte d’Ivoire, les regards se tournent toujours vers les hommes politiques. Ils font office de suspects numéros 1, parce que le plus souvent, selon des confidences qui se font dans les dessous de certaines affaires similaires, ce sont des politiciens qui, pour se faire élire ou garder un poste de haute responsabilité, s’adonnent à des rituels qui font appel au sang humain. On en juge par la présence remarquable en Côte d’Ivoire, dans de grands hôtels du pays, de ces diseurs de bonnes aventures quand vient le temps des élections et des nominations au sommet.

Dans le cas du meurtre du petit Bouba, une folle rumeur s’était répandue telle une traînée de poudre, faisant état de ce que son bourreau aurait été commis par une personnalité politique. A moins d’un mois des élections sénatoriales qui suscitent tant d’intérêt et de passion, la recrudescence des crimes rituels fait penser à des pratiques mystiques en lien avec ces consultations électorales qui font leur première apparition dans le paysage politique national. C’est dire combien il serait historique pour certains politiciens véreux de figurer parmi les tous premiers sénateurs que la Côte d’Ivoire ait connus. D’où le prix du sang qui est en train d’être payé.

Mais malheureusement, il sera bien difficile d’établir un lien direct entre les faits incriminés et leurs auteurs supposés qui, de surcroît, sont tapis dans l’ombre. Les auteurs directs d’enlèvements et de meurtre d’enfants, qui se font prendre sur les faits ou après enquêtes, n’ont jamais balancé un gros poisson. Cela rend difficile le travail de la police, quand il est question de remonter la chaine pour démasquer les bénéficiaires des crimes. Toutefois, cela renforce la thèse qui dit qu’il y a parfois, sinon souvent un gros bonnet caché derrière chaque assassinat d’enfant vidé de son sang. Mais ayant fait le vœu du silence, ceux qui se font prendre se taisent !

Le gouvernement se doit d’être assez ferme sur la question des enlèvements d’enfants. Il se doit d’être un plus regardant sur l’activité des marabouts. Car, la plus part du temps, c’est sur conseil d’un marabout que des brouteurs se rendent coupables de crimes rituels. C’est sur leurs recommandations que des hommes politiques ôtent la vie à d’innocents enfants. N’est-ce pas sur instructions d’un de ces fieffés menteurs que le petit Bouba a été à jamais arraché à l’affection des siens ! Il faut agir ici et maintenant. Mais en attendant, la Côte d’Ivoire retient son souffle.

Car comme le résume si bien Mamadou Doumbia, Pca du Réseau des Acteurs de Medias pour les Droits de l’Enfant en Côte d’Ivoire (Ramede-CI), une Organisation de la Société civile : «Depuis l’entame de l’année 2018, c’est par dizaine que des avis de disparition d’enfants en Côte d’Ivoire sont diffusés sur les réseaux sociaux numériques et dans la presse écrite. Cette situation éveille, en chacune des familles vivant sur le territoire ivoirien, le douloureux souvenir des enlèvements massifs suivis d’assassinats d’enfants dans le district d’Abidjan et dans certaines contrées du pays pendant le premier trimestre de l’année 2015. A l’époque, les actions combinées des acteurs étatiques, des organisations de la société civile, des medias entre autres, avaient permis d’estomper ce phénomène. Mais, depuis le début de cette année 2018, l’on semble, à la lumière des différentes publications d’avis de disparition d’enfants sur les réseaux sociaux et dans les journaux, assister à une résurgence de ce fléau. Face à cette situation plus qu’inquiétante, dont les causes profondes demeurent inconnues et les commanditaires et auteurs restent tapis dans l’ombre, le Réseau des Acteurs de Medias pour les Droits de l’Enfant en Côte d’Ivoire, voudrait marquer son indignation et : -Encourage les parents et les tuteurs légaux des enfants à redoubler de vigilance dans la garde des enfants qui sont sous leur responsabilité. Il est triste de constater que de milliers d’enfants d’école primaire, prennent la route de l’école aujourd’hui sans accompagnement, avec tous les risques que cela comporte. -Demande aux médias exerçant en Côte d’Ivoire de faire figurer au nombre de leurs priorités la diffusion des informations faisant cas de disparition d’enfants sans tomber dans le piège de la manipulation. (…) Interpelle les autorités judiciaires et policières sur la pressante nécessité pour elles de prendre toutes les dispositions légales afin de mettre la main sur les responsables de ces actes inqualifiables afin que ceux-ci subissent la rigueur de la loi. Par ailleurs, s’appuyant sur le fait que l’Etat de Côte d’Ivoire a ratifié la Convention Internationale relative aux droits de l’Enfant ( Cde) le 04 février 1991 et fait donc siens ses Articles 4 et 41 qui engagent la responsabilité des Etats parties à prendre les mesures pour garantir les droits de l’Enfant, le Ramedeci voudrait :– Attirer l’attention de l’Etat de Côte d’Ivoire sur le danger qui plane sur la vie de millions d’enfants, du fait de l’existence, voire de la multiplication d’actes d’enlèvement d’enfants pour la paix sociale. » A bon entendeur…

Barthélemy Téhin

Source: letempsinfos.com

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