Jarawa : le peuple qui refuse l’extinction forcée

Vous n’avez peut-être jamais entendu parler des Jarawas, l’un des derniers peuples afro-asiatiques des îles Andaman, en Inde. Isolés sur leur bout de paradis, ils vivent en parfaite autosuffisance alimentaire et ne puisent dans l’environnement que le strict nécessaire. Mais la pression de la modernité se faire lourde et les Jarawas sont aujourd’hui la proie des touristes, des braconniers et des safaris humains…

Les Jarawas sont des chasseurs-cueilleurs semi-nomades qui ont vécus en isolement total pendant des dizaines de milliers d’années. Leur origine remonterait aux premières migrations humaines parties d’Afrique il y a environ 60.000 ou 70.000 ans. Pratiquement disparus, les Jarawas ne sont plus que 420 aujourd’hui et vivent en autosuffisance alimentaire en petits groupes d’une cinquantaine d’individus dans des chaddhas – leurs maisons. On les considère comme des pygmées ayant une physionomie unique, nettement distincte de celles des peuples asiatiques qui les entourent. Avec une peau très foncée et des cheveux noirs crépus, ils sont d’origine proche des Bochimans du désert du Kalahari (Afrique australe).

Leur alimentation se constituent notamment de cochons sauvages et de tortues en liberté qu’ils chassent avec des arcs et des flèches, ainsi que de crabes et de poissons, tels que des pangas et des anguilles, qu’ils pèchent dans les récifs coralliens. Mais l’essentiel de leur nourriture est constituée de fruits, de racines, de tubercules et de miel. Une étude réalisée sur leur santé a d’ailleurs révélé que leur « statut nutritionnel » était « optimal » selon nos critères occidentaux. De plus, ils partagent une connaissance approfondie de plus de 150 plantes et de 350 espèces d’animaux. Autant dire que les Jarawas représentent une richesse culturelle exceptionnelle.

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« Les Jarawas des îles Andaman jouissent des richesses de la nature. Leurs forêts leur apportent bien plus que ce dont ils ont besoin. » témoigne Anvita Abbi, professeur de linguistique à l’université de Jawaharlal Nehru. Véritable exception sur terre, leur hostilité envers le monde extérieur les a préservés par miracle jusqu’ici, même si quasiment personne n’a pu étudier leur culture et leur langue. Loin des clichés véhiculés par les Indiens qui croient que les Jarawas sont des sauvages cannibales, le plus ancien peuple du monde porte des valeurs humaines propres qu’il est impossible de juger sans approche anthropologique rigoureuse.

Aujourd’hui, la situation a changé pour les Jarawas. Plusieurs centaines de milliers de colons indiens vivent maintenant sur les îles Andaman, dépassant largement en nombre les tribus indigènes. En 1998, les Jarawas sont entrés en contact avec les Indiens pour la première fois. Depuis, leur situation s’est considérablement dégradée : des femmes ont été enlevées et violées, des touristes viennent leur échanger de la nourriture contre des « prestations », ils ont été exposés à des maladies contre lesquelles ils n’étaient pas immunisés et une dépendance vis-à-vis du monde extérieur a commencé à se créer. Leur mode a vie a ainsi considérablement changé. Les individus ont commencé à porter des vêtements et à utiliser des outils et objets modernes donnés par des gardes forestiers ou des curieux.

En 1990, les autorités locales ont annoncé un projet à long terme visant à installer les Jarawas dans deux villages dont l’économie serait basée sur la pêche et où les Jarawas pourraient pratiquer leurs sports, à savoir la chasse et la collecte. Suite à l’opposition du peuple Jarawa lui même et à une campagne de grande envergure menée par Survival et d’autres organisations indiennes, le projet de réinstallation a été abandonné. En 2004, les autorités ont donc annoncé une nouvelle politique radicale : les Jarawas seraient autorisés à déterminer leur propre avenir, et l’intervention du monde extérieur dans leur vie serait maintenue au stricte minimum. Ce fut un énorme succès pour cette campagne indienne et internationale. Malheureusement, ce n’est pas si simple…

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« Votre monde est mauvais pour nous, on ne l’aime pas. Il y a trop de gens, trop de bruit, pas de paix, on n’aime pas ça. On ne veut plus avoir d’interaction et être trop proche de votre monde. On veut rester comme on est. Ici, c’est chez nous, c’est là que l’on veut vivre. », explique Abé, un des chasseurs Jarawas, à Alexandre Dereims et Claire Beilvert, un journaliste et une photographe de presse française qui ont réussi à les rencontrer avec leur entière autorisation.

Aujourd’hui, les Jarawas sont également victimes de safaris humains, organisés par les agences de voyage locales, qui se déroulent le long de l’Andaman Truck Road, une route construite illégalement et qui traverse leur territoire. Des dizaines de véhicules remplis de touristes l’empruntent quotidiennement avec la complicité des autorités locales pour prendre des Jarawas en photographie, bien que cela soit interdit de pénétrer sur leurs terres sous peine de prison.

Une autre grande menace à laquelle ils doivent faire face est le braconnage. En effet, tous les jours, des dizaines de braconniers pénètrent illégalement sur leurs terres et chassent en toute impunité. Une pratique non seulement dangereuse pour les Jarawas, mais également un prélèvement illégal sur leur stock de nourriture.

« Il y a des braconniers qui viennent avec des armes pour nous tirer dessus. Ils viennent pour nous voler. Ils cherchent à nous faire peur. Ils veulent nous acheter des cochons sauvages. Ils posent des pièges à cochons. Ils tuent tous nos cochons. Parfois, ils nous donnent un peu d’argent ou des habits. C’est comme ça qu’ils pillent notre gibier. Avant, on ne mangeait que des cochons. Mais il n’y en a presque plus. On a été obligé de chasser les daims pour manger. On ne sait plus quoi faire. On s’assoit et on réfléchit à tout ça. On y pense tout le temps. », a révélé Outa, un autre membre du peuple Jarawa.

La nourriture commence ainsi à se faire plus rare et certains braconniers forcent même des chasseurs Jarawas à travailler pour leur compte, avec, pense-t-on, la complicité de certains gardes forestiers de l’AAJVS, l’organisation gouvernementale en charge de la protection des Jarawas.

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« Les braconniers nous donnent du tabac et ils veulent nous apprendre à chiquer. Ce n’est pas bon pour nous. Ils nous donnent de l’alcool. On n’en veut pas non plus. Mais ils essayent quand même de nous faire boire. On n’en veut pas, c’est mauvais. Mais ils essayent de nous influencer. C’est comme ça dans votre monde. » témoigne un autre Jarawa.

Malgré tout, si on en croit les associations qui tentent de les protéger, les Jarawas vivent heureux et libres, sans croyances, ni peurs, sans chef, ni hiérarchie. Ils vivent simplement de ce que la nature leur donne, au jour le jour, et ne chassent que ce dont ils ont besoin. Ils respectent leur environnement, ils vivent en bonne intelligence, sans violence ni haine et sont pacifiques et solidaires. Une exception sur terre qu’il convient de préserver.

Mais à cause de l’assimilation forcée organisée par la gouvernement indien avec la complicité des gardes forestiers et de l’AAJVS et les activités des braconniers sans parler du tourisme, les Jarawas n’auront peut-être bientôt plus d’autre choix que de sortir de leur territoire ancestral, poussés par la faim, la violence et la dégradation de leur situation de vie, vers les villes. La chronique d’une disparition annoncée si les îles Andaman (devenues l’équivalent des Seychelles ou des Maldives auprès de la nouvelle classe moyenne indienne) restent impunément exploitées.

Pour empêcher l’extinction du plus vieux peuple d’Asie, Alexandre Dereims et Claire Beilvert ont lancé une pétition en ligne pour forcer le gouvernement indien a faire respecter l’ordonnance de la cour suprême indienne de 2013 de fermer l’Andaman Truck Road. Ils demandent également à ce que le territoire des Jarawas soit sanctuarisé et que l’AAJVS communique régulièrement sur la situation des Jarawas.

Sources : Organic the Jarawa, Survival France

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