«Je sais qu’il a assassiné sa femme, mais je l’aime»: Ces femmes qui entretiennent une relation avec un détenu lourdement condamné

«Je sais qu’il a assassiné sa femme, mais je l’aime»: Ces femmes qui entretiennent une relation avec un détenu lourdement condamné

Des centaines voire des milliers de femmes entretiennent une relation avec un homme en prison. En couple avec un détenu lourdement condamné, Agnès* raconte cet amour.

Chaque jour, elle lui écrit une lettre. Chaque jour, elle en reçoit une. Chaque jour, ils se parlent dix minutes au téléphone. Sauf lorsqu’elle se déplace une fois par semaine à l’autre bout de la Suisse pour le voir durant une heure. Depuis début janvier 2016, Agnès* est follement amoureuse de Pierre*. A voir ce sourire incontrôlable lorsqu’elle en parle, Agnès ne triche pas. L’homme qui lui a fait chavirer le cœur est pourtant un assassin détenu encore pour de longues années. Un homme condamné pour avoir sauvagement tué sa femme. «Une boucherie comme je n’en ai jamais vue», avait lâché un inspecteur lors du procès.

Comment peut-on tomber amoureuse d’un homme qui a tué sa compagne? Pourquoi s’imposer une relation prisonnière des règles de la détention? Agnès n’est ni folle, ni naïve, ni idiote. Cette belle quadragénaire n’a pas eu non plus une vie décousue ou un passé douloureux. «Franchement, je ne souhaitais pas cela pour moi. Je ne pouvais pas imaginer que cela m’arrive. Mais les sentiments ne se commandent pas.» Le crime de Pierre, elle le connaît. Et ne le nie pas. «Je ne minimise pas ce qu’il a fait. Loin de là. Je sais aussi que c’est une punition qu’il va devoir porter toute sa vie. Son crime, on en a beaucoup parlé. Je ne l’excuse pas. Je sais seulement qu’il était dans une situation extrême et qu’il n’était plus lui-même à cette époque.»

L’angoisse de la visite

Agnès connaissait déjà Pierre avant l’horreur. Ex-collègues, ils avaient eu une liaison durant plus d’un an. Elle avait ensuite quitté l’entreprise et ils s’étaient perdus de vue. Agnès était en couple lorsqu’elle a appris par la presse que Pierre avait commis un grave crime. «Je l’ai reconnu sur une photo. Je ne pouvais pas croire que c’était lui, qu’il avait fait ça. J’étais vraiment ébranlée. Deux ans plus tard, un ami de Pierre m’a contactée car il recueillait des témoignages en vue du procès. J’ai écrit une lettre très personnelle. Je voulais juste lui dire qu’il avait une amie si jamais. Après son procès, j’ai appris où il était détenu. Par l’intermédiaire de son ami, j’ai alors proposé de lui rendre visite.»

Une visite. Un mot qui prend une autre dimension face aux murs épais de la prison. Agnès ne connaissait pas ce monde. Celui de l’enfermement, des fouilles, des parloirs où chaque geste est surveillé. «J’étais tellement nerveuse et intimidée par la prison. Je me posais plein de questions. Est-ce qu’il y aurait une vitre? Est-ce qu’on avait le droit de se faire la bise? Je ne savais pas non plus qui j’allais voir. Si je le reconnaîtrais. Et puis, je suis entrée dans le parloir. C’était lui. J’ai couru, on s’est tombés dans les bras et on s’est embrassés. Quinze ans après notre séparation, je retombais amoureuse de lui.» Et la peur de se retrouver face à un assassin? «Pas une seconde, répond Agnès. Je sais que c’est peut-être difficile à comprendre, mais j’ai retrouvé le Pierre que je connaissais.»

«Le jour même, en rentrant, je lui ai écrit une lettre d’amour déguisée derrière l’amitié. Sans que je le sache, Pierre était en train de faire la même chose»

Ce jour-là, ils parlent de tout. Du crime, du passé, de leur première histoire, de cet amour fusionnel qu’ils partageaient. Agnès le trouve toujours aussi attentionné, drôle et intelligent. «Le jour même, en rentrant, je lui ai écrit une lettre d’amour déguisée derrière l’amitié. Sans que je le sache, Pierre était en train de faire la même chose. Mais lui n’a pas caché ses sentiments. C’était reparti.»

Pierre s’était pourtant promis de ne plus aimer. Il s’était interdit toute relation. «Il m’a dit immédiatement qu’il m’aimait. Mais il ne voulait pas que je me lie avec un mec comme lui. Aujourd’hui encore, il me dit toujours qu’on peut arrêter quand je veux.»

Un amour à distance

Bien plus que le criminel, c’est cet amour otage de la prison qu’Agnès craint le plus. «Je ne me suis jamais dit que j’étais folle de l’aimer. Par contre, je me suis souvent demandé si je pouvais vivre cet amour durant encore des années à distance. Le plus dur, c’est de ne pas pouvoir l’appeler quand je veux lui parler, de ne pas pouvoir décider quand je veux le voir et de ne pas l’avoir physiquement à mes côtés.» Agnès ne se fait pas d’illusion. Peut-être que cette histoire ne tiendra pas. Que les obstacles seront trop nombreux. Mais elle y croit. «Nous faisons des projets. Pierre parle de mariage, dit-elle en riant. On imagine en tout cas déjà ses premières sorties. Puis sa libération conditionnelle.»

La sexualité, ils en parlent aussi. Derrière les barreaux, au mieux, cela signifie un parloir intime. Quelques heures programmées dans la prison. Pierre était contre. Agnès l’a convaincu de faire la demande. «La sexualité fait simplement partie d’une relation amoureuse selon moi.» Dans la prison où Pierre est incarcéré, il existe un parloir intime. «On appréhende beaucoup ce moment, confesse Agnès. Ce n’est pas simple de se dire: «Aujourd’hui, je vais le voir et on sera tous les deux dans ce lieu dédié à l’intimité.» Je ne sais pas non plus à quoi ça ressemble ni si c’est sale. On essaie surtout de ne pas se mettre la pression. Je dois beaucoup rassurer Pierre sur ce point. Peut-être que nous ferons l’amour, peut-être pas. En tout cas, nous serons enfin ensemble.»

* Prénoms d’emprunt

Source: 24 heures

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