JE SUIS CHAR (LESTON)

JE SUIS CHAR (LESTON)

Georges Dougueli fait partie des journalistes africains à avoir réagi aux crimes racistes à Charleston. Ils ont suscité très peu de réactions entre l’Afrique et Paris.

Neuf personnes ont été tuées hier à Charleston aux Etats-Unis alors qu’elles priaient dans une église. La police soupçonne « un jeune homme Blanc et glabre âgé d’une vingtaine d’années». C’est choquant, ça m’a choqué. Comment peut-on tuer des Noirs parce qu’ils sont Noirs, au XXIème siècle, sans que cela ne suscite plus d’indignation que ce que je vois ? Qu’un crime raciste soit traité comme un vulgaire fait divers devrait nous indigner. Mieux, nous remettre en question.

D’autant que Charleston est la suite d’une longue série, le symptôme de la résurgence d’une maladie qu’on croyait éradiquée. D’ailleurs, en une demi-journée, l’information a été déclassée et ne fait même plus les grands titres des sites Internet. Comme s’il y avait une gêne à regarder en face le retour de la bête qui s’invite dans ce siècle déjà troublé par les fondamentalismes religieux Pourquoi n’entend-on pas s’élever de grandes voix en France pour apporter une meilleure compréhension de ce phénomène ?

N’est-ce pas une belle occasion de débattre avec ces intellectuels – à l’instar d’Alain Finkielkraut ou de Michel Onfray- qui servent benoîtement de faire-valoir aux populistes de la « droite décomplexée », pour qui l’antiracisme est devenu ringard ? Quelle relation avec « l’autre » dans le sens où l’entendait Emmanuel Levinas ? Sartre avait pourtant prévenu : « Le racisme n’est qu’un baume secrété pour guérir nos plaies intérieures et qui finit par nous empoisonner ».

L’humanité du Noir

Et pourquoi d’autres Noirs, d’Afrique notamment, se sentent-ils si peu concernés ? Un peu comme ceux, devenus citoyens européens, détournant le regard loin de la détresse des migrants qui débarquent par bateaux entiers… Pourquoi se montrent-ils si peu charitables ? S’il est vrai qu’un Noir ne se sent Noir que dans le regard des autres, ignorer ses semblables fait-il oublier à ces « autres » d’où on vient ? De quoi cette indifférence coupable est-elle le nom ?

Quand on tue des Noirs pour la couleur de leur peau aux Etats-Unis, ceux d’Europe ou d’Afrique ne le ressentent pas dans leur chair. En tout cas, ils n’en montrent rien. En revanche, pourquoi sont-ils si fiers qu’un Noir, Barack Obama, ait pu se faire élire à la Maison Blanche si ce n’était qu’une affaire américaine ? J’entends encore ce chef d’Etat d’Afrique centrale qui confie à RFI avoir « pleuré » le matin des résultats de la présidentielle américaine de 2008 … Comme si, enfin, la communauté humaine reconnaissait l’humanité du Noir en lui confiant les clés du plus puissant des lieux de pouvoir, le Bureau Ovale… Pourquoi se sent-on Noir quand ça nous arrange

Par Georges Dougueli

Source: Afriqueactualite

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