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«Je suis un miraculé, on m’a tiré des coups de feu, mais Dieu m’a sauvé»

«Je suis un miraculé, on m’a tiré des coups de feu, mais Dieu m’a sauvé»

Un simple clic dans Google pour rechercher : Génocide des musulmans centrafricains, permet de se rendre compte de l’horreur. Mahomed Yalingui Sy, président du Mouvement des intellectuels centrafricains musulmans, a vécu les tueries de près. En visite dans les locaux de L’Observateur, ce juriste de formation, président du Mouvement des intellectuels centrafricains musulmans, raconte les exactions commises sur ses compatriotes qui ont eu le malheur d’être de religion différente.

 Amnesty International a publié récemment un rapport sur les exactions commises sur des musulmans centrafricains, est-ce que ce rapport est conforme à l’horreur que vous avez vécue ?

Je pense que la communauté musulmane centrafricaine d’abord, et la communauté internationale, ont très bien accueilli ce rapport. Même si ça arrive assez tardivement. Mais mieux vaut tard que jamais. Nous pensons, au sein de notre mouvement, que ce rapport est une bonne chose dans la réparation de l’injustice commise contre des musulmans.

Le rapport décrit des situations extrêmement pénibles, est-ce que votre mouvement a été témoin de massacre(s)?

Sur le terrain, c’est une situation plus que pénible. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes, car il y a eu des milliers de morts, plus de 4000 mosquées qui ont été détruites. Actuellement, il y a plus de 2 millions de déplacés. Des musulmans centrafricains ont perdu tous leurs biens, d’autres des membres de leur famille. Des familles musulmanes sont disloquées et éparpillées un peu partout : au Tchad, au Cameroun, en Mauritanie…

«Les régimes centrafricains ont toujours écarté les musulmans»

Est-ce que votre mouvement a essayé d’attirer l’attention des autorités centrafricaines sur la situation difficile des musulmans ?

Notre mouvement n’a même pas attendu aujourd’hui pour attirer l’attention des autorités. Nous avons tiré la sonnette d’alarme et saisi d’une correspondance Ange Félix Patassé ( 5ème président de la République centrafricaine, mort le 5 avril 2011 à Douala au CamerounNdlr 🙂 quand il était au pouvoir, pour lui faire savoir la discrimination à laquelle les musulmans centrafricains étaient confrontés. Parce qu’il y avait en ce temps-là, un délit de patronyme évident. Il suffit de s’appeler Mouhamed ou Youssouf pour qu’on vous considère comme un étranger. Avec l’arrivée de Michel Djotodja au pouvoir (Ephémère Président centrafricain du 18 août 2013 au 15 janvier 2014, Ndlr :) j’ai encore publié une lettre ouverte destinée à attirer son attention sur les difficultés que les musulmans centrafricains vivaient. Et j’ai voulu qu’il rétablisse dans leurs droits certains intellectuels musulmans, qui étaient écartés de manière injuste de la Fonction publique. J’ai moi-même vécu cette injustice, car je devais bénéficier d’une bourse au Maroc, mais j’ai été enlevé de la liste à cause de mon nom musulman. Pourtant, ma mère est chrétienne, elle enseignait à l’université de Bangui. C’est une situation que les gens ont laissé pourrir.

Avez-vous l’impression d’avoir agi à temps pour éviter ces massacres de musulmans ?

Nous avons toujours lutté avec les moyens dont nous disposions pour essayer de changer les choses. Mais c’est difficile de lutter contre un tel Etat. Les différents régimes centrafricains ont toujours encouragé la mise à l’écart des musulmans dans l’administration. Michel Djotodja s’appelle Tidiane, beaucoup de musulmans centrafricains étaient obligés d’avoir dans leur nom une déclinaison latine pour pouvoir être intégré dans la Fonction publique centrafricaine.

Vous êtes au Sénégal depuis trois mois, comment avez-vous fait pour quitter ce pays ?

J’ai quitté la Centrafrique en passant par la frontière entre  le Centrafrique et le Cameroun. J’habitais le quartier Km 5 et j’ai bénéficié de l’aide de mes amis militaires tchadiens pour quitter en catimini le pays. J’ai une fois été victime de coups de feu, mais j’ai été sauvé par la grâce de Dieu…

Avec tout ce que vous avez connu en termes d’atrocités en Centrafrique, est-ce que vous vous considérez comme un miraculé ?

Je suis un miraculé et tous les musulmans centrafricains se considèrent comme tels. Parce que nous avons échappé à une extermination collective. J’ai des images, des documents qui confirment toutes ces atrocités. J’ai des images de mosquées détruites, de gens qu’on a découpés avec des coupe-coupe, puis brûlés. Heureusement, j’ai très tôt fait en sorte que mon épouse et mes enfants quittent le pays avant que la situation ne dégénère.

Est-ce que vous êtes disposé à remettre ces documents aux organismes des droits de l’Homme ?

Effectivement, je suis disposé à remettre les documents aux organismes des droits de l’Homme. C’est une forte lutte que nous menons, puisque nous sommes des Centrafricains. C’est notre pays, qu’on le veuille ou pas. Soit, ils acceptent qu’on s’assoie autour d’une même table et qu’on règle ce problème une bonne fois pour toute…

Avez-vous perdu des proches dans cette guerre civile ?

Ouais malheureusement, mes deux tantes sont mortes à Bouka, elles sont musulmanes. Le village a été rayé de la carte. J’ai aussi perdu beaucoup d’amis…

Etes-vous terrorisé à l’idée de retourner en Centrafrique ?

Cela me fait mal de rester à l’extérieur de mon pays. Je pense que c’est le Président Lamine Guèye qui disait : «J’aime le Sénégal d’un amour qui arrache les larmes aux yeux.» J’aime aussi la Centrafrique d’un amour qui arrache les larmes aux yeux. Aujourd’hui, ce qui me fait mal, c’est qu’il y a beaucoup de Centrafricains qui sont devenus des apatrides, tout simplement à cause de leur religion. Ce n’est pas du tout normal ça. Surtout, je suis très sensible aux difficultés des étudiants centrafricains, qui n’ont plus leur bourse, qui n’arrivent plus à renouveler leur titre de voyage, parce qu’ils sont musulmans.

Gardez-vous espoir de retourner en Centrafrique ?

Je ne perds pas espoir, car il y a eu pire au Rwanda et les gens ont fini par se retrouver. Qu’on le veuille ou pas, nous sommes condamnés à vivre ensemble. Nous sommes nés Centrafricains, avant de devenir musulmans ; un jour ou l’autre, nous allons retourner chez nous.

Source: L’Observateur (Sénégal)

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