Jean-François Valette: Le drôle d’ambassadeur européen qui confond Côte d’Ivoire et Suède ! (Par Théophile Kouamouo)

Jean-François Valette: Le drôle d’ambassadeur européen qui confond Côte d’Ivoire et Suède ! (Par Théophile Kouamouo)

Assurément, l’ambassadeur de l’Union européenne à Abidjan, Jean-François Valette, n’a pas peur du ridicule. Pour justifier le fait que l’institution qu’il représente ait choisi de ne pas envoyer de mission d’observation électorale à la faveur de la présidentielle de 2015, il a osé une explication assez renversante. « La grave crise politique traversée par le pays est terminée », et « les conditions d’un scrutin transparent sont réunies », a-t-il affirmé, pince-sans-rire. Ah bon ?

– Un pays dans lequel toutes les institutions électorales sont étroitement contrôlées par le premier cercle du chef de l’Etat sortant réunit-il les conditions de transparence nécessaires à l’expression démocratique ?

– Un pays dans lequel, selon le journaliste de L’Express, Vincent Hugeux (très loin d’être mal disposé vis-à-vis de Ouattara), regarder la télévision publique (monopolistique) « vous fait rajeunir de vingt ans » tant elle manifeste son zèle à être un instrument de propagande aux mains des vainqueurs du moment, est-il franchement un modèle ?

– Une nation où des centaines d’opposants se trouvent en prison sans jugement après avoir été affublés de chefs d’accusation fantaisistes est-elle plus digne d’être appelée un État de droit que le Nigeria, le Malawi, le Sénégal ou le Kenya où des observateurs européens ont été missionnés ces dernières années ?

– Une contrée dans laquelle les derniers scrutins législatifs et locaux, qui départageaient pourtant quasi exclusivement des membres de la coalition au pouvoir, se sont soldés par des bastonnades, des destructions de biens, des accusations de fraude et (hélas !) des morts peut-elle être assimilée avec autant de désinvolture à la Suède, à la Norvège ou à d’autres démocraties exemplaires ?

Non, bien sûr. Si l’Union européenne n’envoie pas d’observateurs pour la prochaine présidentielle ivoirienne, c’est avant tout pour des raisons diplomatiques. C’est un soutien voilé à l’exécutif sortant. Historiquement, les observateurs européens ont toujours causé quelques crises d’angoisse y compris dans les rangs de leurs mandants. L’on se souvient que leurs dénonciations des fraudes électorales dans le Togo de Gnassingbé Eyadéma avaient conduit à une mise en quarantaine diplomatique de l’ancienne possession française, au grand dam de Paris, qui nourrissait une tendresse coupable pour le dictateur de Lomé. La progressive normalisation des relations entre le Togo et l’UE a connu son apothéose cette année. Et le signal a été que Bruxelles n’a envoyé aucun de ses observateurs chipoteurs fourrer leur nez dans les « affaires internes » de Faure Gnassingbé. Et pourtant… Si ce dernier est plus présentable que son père, le pays est toujours très loin d’être une démocratie transparente. L’élection togolaise s’est d’ailleurs terminée dans un cafouillage monstre, avec des membres de la Commission électorale s’empoignant en public.

Les bons connaisseurs des coulisses politiques ivoiriennes savent que la Mission d’observation électorale (MOE) de l’Union européenne à Abidjan avait, en 2010, donné quelques sueurs froides aux manœuvriers ivoiriens et français qui « fabriquaient » dans leurs laboratoires une « victoire incontestable » de Ouattara à la présidentielle.  Le chef de la MOE, Cristian Preda, avait plus souvent qu’à son tour dénoncé « l’opacité » et « les obstructions » de la Commission électorale toujours dirigée par le très controversé Youssouf Bakayoko. Avant le second tour, il avait même dénoncé les menaces de mort sur ses observateurs, obligés de se retirer de Yamoussoukro, au coeur du très stratégique « V » baoulé, où Ouattara a finalement réalisé (sur papier au moins) des scores brejnéviens. On se souvient aussi que des observateurs de l’UE avaient été pris en otage par les rebelles pro-Ouattara lors du second tour, dans le Nord du pays, d’où ils sont sortis héliportés par la compagnie de sécurité Risk dont le patron, Frédéric Lafont, s’était mis à « parler » après qu’on ait commencé à lui chercher des poux dans la tête au nom d’un tropisme pro-Gbagbo supposé. Bien entendu, les « assauts » ont très vite cessé. Pourquoi diantre se risquer à gérer une fois de plus, en 2015, des personnes ingérables qui peuvent faire déraper notre beau storytelling sur la Côte d’Ivoire, « modèle démocratique » ? Sus aux observateurs européens !

Mais tout de même, pourquoi Jean-François Valette se croit-il obligé de jouer les griots de service pour le compte du pouvoir Ouattara, quand la froide et silencieuse mise en œuvre d’une certaine forme de realpolitik suffit ? Au fait, qui est Jean-François Valette ?

– Derrière son costume d’ambassadeur européen, c’est d’abord et avant un diplomate de carrière français, et on peut se demander si, en glorifiant la prétendue démocratie en Côte d’Ivoire, il parle au nom de l’UE, de la France ou de certains réseaux français. Normalien et énarque, il a été ambassadeur de France au Togo, au Cameroun et au Congo-Brazzaville. Dans ces trois pays, il a incarné une diplomatie furieusement françafricaine.

– Durant son passage au Togo, son zèle lui valut d’être épinglé par Le Canard Enchaîné qui écrivit dans son édition du 30 octobre 2002 que « le général Eyadema dispos(ait) à Paris d’un excellent porte-parole, l’ambassadeur de France à Lomé, Jean-François Valette ». A son propos, le journaliste togolais Olivier Hamezon racontait : « Lorsque les organisations de la société civile togolaise ont pris l’initiative d’attirer l’attention à la fois de la classe politique nationale et des représentations diplomatiques occidentales sur les dangers que constitue le processus de l’élection présidentielle de cette année, la démarche a été saluée et encouragée par tous sauf par la France. Sur des consignes de Paris, Jean-François Valette, l’ambassadeur de France au Togo, a tenté de décourager la Délégation de l’Union Européenne au Togo d’apporter son soutien à la société civile. » En le plaçant à la tête de la Délégation de l’UE à Abidjan une décennie plus tard (et sous la présidence de François Hollande), Paris a-t-il voulu lui faire jouer le même rôle de « pare-feu » et de « chien de garde » des options diplomatiques hexagonales ?

Jean François Mallette Jean François Valette: Le drôle d’ambassadeur européen qui confond Côte d’Ivoire et Suède ! (Par Théophile Kouamouo)

– Au Cameroun, Jean-François Valette s’est signalé par son exécration de la presse indépendante, notamment du Messager alors dirigé par l’icône africaine Pius Njawé. Pourquoi ? Parce que Le Messager avait osé dénoncer le « coup de l’Etat français en Côte d’Ivoire » en novembre 2004. Jean-François Valette s’était fendu d’un violent « droit de réponse » brandissant tous les poncifs anti-Gbagbo et  menaçant de manière à peine voilée le journal de Douala de poursuites devant la CPI pour un imaginaire délit de propagation « de la haine ethnique ou raciste ». Puis il avait fait éconduire un journaliste du Messager d’un point de presse qu’il donnait… en guise de vengeance dérisoire.

– Au Congo, la proximité de Jean-François Valette avec le clan Sassou N’Guesso ont amené certains opposants à le rebaptiser « Jean-François Mallette ». La Légion d’honneur qu’il a épinglé à la poitrine de Jean-Dominique Okemba, considéré comme l’âme damnée du président Denis Sassou N’Guesso, a longtemps fait jaser les milieux d’opposition.

Beau CV, n’est-ce pas ?

Théophile Kouamouo

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