Jean Ping: «Notre pays est gouverné par un président autocratique entouré de la légion étrangère composéees de gens pratiquement apatrides et mafieux»

De la création de la nouvelle coalition à la prochaine élection présidentielle, en passant le climat actuel au Gabon, Jean Ping, ancien ministre des Affaires étrangères du Gabon, ancien président de la Commission de l’Union Africaine, aborde chacun de ces points. Ci-dessous, l’intégralité de l’interview accordée à France 24.

Pourquoi la décision de créer cette nouvelle coalition ?

Notre pays va très mal. Et nous nous rendons compte que nous allons droit dans le mur. Il y a lieu de faire quelque chose. Un sursaut patriotique pour que notre pays qui, comme je vous le disais, est au bord du gouffre, n’arrive pas à des situations chaotiques. C’est pour ça que ce Front est né. Nous constatons la mauvaise gouvernance politique avec à la tête du pays un président autocratique qui gouverne seul, entouré de ce que nous appelons la «légion étrangère», un groupe de gens pratiquement apatrides et mafieux qui gouvernent effectivement notre pays.

Vous dites qu’Ali Bongo est donc un autocrate mafieux…

(Rire)…Il y a une chose que j’ai apprise : je ne regrette pas ce que je n’ai pas dit. C’est la raison pour laquelle je crois qu’il faut dire les choses clairement. J’ai dit simplement que – libre à vous de tirer la conclusion que vous souhaitez- nous sommes gouvernés par un autocrate, entouré par ce nous appelons une légion étrangère dirigée par Maixent Acrombessi, directeur de cabinet d’Ali Bongo, qui est le véritable président du Gabon. Ce dernier s’en vante d’ailleurs alors qu’il n’a de liens avec le Gabon qu’une récente naturalisation. Tout le monde sait qu’il a une compétence limitée et qu’il n’est pas du tout fidèle, même à son président.

Ce sont des accusations très graves que vous lancez…

Tout ceci est rédigé dans notre document. Nous avons rédigé un document qui est sur Internet et je ne voudrais pas dire quelque chose de plus ou de moins que ce qui est écrit dans ce document. Car, je m’engage totalement avec mes collègues avec qui ce support a été rédigé. Il y a déjà eu des coalitions par le passé. L’opposition a promis. Nous allons être unis enfin.

Avant vous, il y a déjà des promesses d’union de l’opposition avec des coalitions mais en vain. En quoi votre coalition est-elle différente des autres, qui ont toujours eu du mal à avancer en rangs serrés contre le président Bongo ?

D’abord parce que cette coalition est composée de personnes sûres, actuellement 15 personnalités dont André Mba Obame, qui ne feront pas de va-et-vient entre l’opposition et la majorité. Et beaucoup d’acteurs politiques veulent rejoindre ce front qui est ouvert. Nous allons donc admettre ce que nous jugerons à même de répondre aux préoccupations et aux objectifs du Front.

Quels sont les objectifs du Front ? Allez-vous appeler à des manifestations ou des actions civiques où laisser Ali Bongo terminer son mandat dans le calme et attendre 2016 pour remporter la présidentielle ?

Nous n’en avons pas besoin car des actions civiques, il y en a déjà à Libreville où il y a des grèves tous les jours. Les étudiants sont emprisonnés, les syndicalistes sont pour la plupart en grève…ça ne va pas. Nous n’avons pas besoin d’appeler à quoi que ce soit, la situation est déjà assez claire : elle est chaotique.

Cette situation est-elle insurrectionnelle ?

Pour ainsi dire oui !!! Et notre rôle est d’accompagner les Gabonais dans leur entreprise visant à restaurer la paix, la sécurité, la démocratie, l’Etat de droit et la bonne gouvernance.

Mais votre principal objectif demeure quand même de gagner les élections en 2016…

Oui c’est de gagner les élections, quelles qu’elles soient.

La présidentielle est une élection à un tour et en tant que telle il faut, pour que l’opposition gagne, qu’il y ait un seul candidat. Est-ce que vous vous engagez à ce qu’il n’y ait qu’un seul candidat ?

Absolument…Nous nous engageons principalement sur une seule candidature soutenue par tous. Mais également sur la nécessité d’aller vers une véritable démocratie, un Etat de droit. Nous avons donc un principe fondamental avec la mise en place d’une nouvelle République, avec une véritable démocratie, une séparation des pouvoirs, la lutte contre la corruption et la bonne gouvernance. Si vous adhérez à ce principe fondamental et aux principes de l’alternance, alors nous pouvons vous acceptez au Front.

Ce candidat à la présidentielle ce sera vous…

Je ne sais pas encore parce que c’est au Front de décider du choix du candidat.

Mais vous y penser ?

Tout le monde y pense.

En tant qu’ancien baron du régime Omar Bongo aujourd’hui dans l’opposition, comme beaucoup d’autres, on a quand même l’impression que certains crachent dans la soupe qu’ils ont goulument mangée pendant des années. En quoi vous êtes crédible ?

C’est ce que le pouvoir dit. En tous cas, en ce qui me concerne, j’ai travaillé honnêtement avec le président Bongo jusqu’au bout.

Bongo père ?

Jusqu’au bout. Est-ce à dire que parce que j’ai travaillé avec le père, je dois accepter les élucubrations du fils ? Est-ce parce que j’ai travaillé avec le père que je dois accepter un comportement monarchique ? Parce que j’ai travaillé avec le père, je dois accepter les crimes, je dois accepter les assassinats, les crimes rituels, tout ce que l’on observe ? Est-ce parce que j’ai travaillé avec le père que nous devons accepter que les finances de l’Etat deviennent la caisse privée, la caisse personnelle d’Accrombessi et des autres ? Au point où les décisions de payer ne relèvent plus de la Trésorerie générale, mais du palais. Le budget est considéré comme une affaire personnelle. On dépense comme on veut, vers des projets somptuaires. On détruit la cité de la Démocratie, pleine d’histoires pour y ériger un terrain de golf, pour y ériger un zoo. Des projets démagogiques de ce genre, mégalomaniaques. Doit-on les accepter parce qu’on a travaillé avec le père ?

Est-ce que l’élection de 2016, d’après, vous sera transparente ?

L’élection dans la conception du pouvoir ne peut pas être transparente. Tout est mis en place pour qu’elle ne le soit pas. Une justice aux ordres, des institutions qui travaillent pour le monarque. Tout ce qui est là, qu’il s’agisse de la Cour constitutionnelle, qu’il s’agisse de la Cenap (Commission électorale nationale autonome et permanente (ndlr), qu’il s’agisse du ministère de l’Intérieur, tout est fait pour qu’un homme, même s’il a 5 % de voix, soit proclamé vainqueur.

Donc vous ne pouvez pas gagner dans ce cas-là ?

Mais nous allons nous opposer à ce cas. Nous allons nous y opposer par tous les moyens.

Tous les moyens c’est quoi ?

Tous les moyens.

Y compris la force ?

Ecoutez, moi je ne vais pas dire des choses qui pourraient contribuer à créer des problèmes. Je constate. C’est pour ça que je vous ai dit tout à l’heure que je ne regrette pas les choses que je n’ai pas dites. C’est pour ça que je ne vais pas dire des choses que je pourrai regretter. Mais c’est clair. Vous observez la situation au Gabon, elle est très claire. On va droit dans le mur. Je vous ai parlé de la mauvaise gouvernance politique. La mauvaise gouvernance économique est là. Les entreprises sont arnaquées, il n’y a plus d’Etat de droit, la justice est aux ordres, la pauvreté s’accentue, les étudiants sont emprisonnés.

Vous craignez pour votre vie en faisant cela ?

Tous les opposants craignent pour leur vie. Parce que les précédents sont là. Tous les opposants craignent pour leur vie. Moi aussi. Je crois qu’on ne meurt qu’une fois. Et tout le monde finit par mourir.

 

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