Joachim Djédjé Bagnon, président du conseil régional de Gôh : « La détention de Gbagbo pèse sur la région de Gagnoa » | eburnienews | Diaspora ivoirienne | Actualité Politique | Diaspora africaine en France Joachim Djédjé Bagnon, président du conseil régional de Gôh : « La détention de Gbagbo pèse sur la région de Gagnoa »
Joachim Djédjé Bagnon, président du conseil régional de Gôh : « La détention de Gbagbo pèse sur la région de Gagnoa »

Joachim Djédjé Bagnon, président du conseil régional de Gôh : « La détention de Gbagbo pèse sur la région de Gagnoa »

La région du Goh (ex-Fromager) est dirigée par un cadre du Pdci-Rda, Joachim Djédjé Bagnon, président du conseil régional. Dans cet entretien, il parle de l’état d’esprit de ses administrés.

Notre Voie : Comment vous sentez-vous à la tête de la région de Gagnoa ?

Joachim Djédjé Bagnon : Je me sens bien.A Gagnoa, ça va bien. ça va même très bien. Gagnoa, c’est comme toutes les autres régions de Côte d’Ivoire.

N.V : Gagnoa est une région martyre. Allusion faite à ses cadres en difficulté dont le Président Laurent Gbagbo qui a gouverné la Côte d’Ivoire et qui se retrouve emprisonné à La Haye depuis 2011. Cela ne rend-t-il difficile la situation de la région ?

J.D.B : Bien sûr. Mais ce n’est pas seulement Gagnoa. Nulle part dans le monde, on ne peut avoir son frère, son fils, son cousin en prison et dire que ça va. Donc Gagnoa ressent que son fils est La Haye et ça pèse sur la région. C’est tout à fait normal.

NV : Vous n’ignorez donc pas son impacte négatif sur la cohésion sociale. Que faites vous pour que celle-ci soit rétablie ?

J.D.B : Concernant la situation du président Gbagbo, ça me dépasse. Je ne peux pas vous dire ce que je peux ou ce que je ne peux pas faire. C’est un problème qui me dépasse en tant qu’individu. Je ne suis qu’un maillon. Parlant de la cohésion, cela a toujours été mon souci. Je dis à mes parents et à l’ensemble de la population que nous ne pouvons pas parler de développement si nous ne sommes pas d’accord, si les uns et les autres n’acceptent pas leur différence. Donc malgré leur douleur, je demande à mes parents de s’entendre avec tous ceux qui sont ici. En tout cas, je fais de la cohésion l’un de mes soucis majeurs.

N.V : Vous êtes le président du conseil régional. Quelles sont les compétences d’une telle structure en matière de développement ?

J.D.B : Ses compétence sont diverses : construction d’écoles primaires et secondaires, de dispensaires, de centres de santé etc.

NV : D’universités également?

JBD : Non, les universités sont de la compétence de l’administration centrale. La construction des universités dépend de la politique du chef de l’Etat.

NV : Cela fait bientôt trois ans que vous avez les rênes de cette région. Qu’avez-vous déjà fait s’agissant du développement ?

J.D.B : Les conseils régionaux n’ont pas trois ans d’existence. Il y a même moins de deux ans que le conseil régional est en place. Mais déjà nous avons réalisé beaucoup de choses et vous aurez l’occasion de les voir dans les jours à venir. Pour moi, les actes parlent plus que le verbe. D’ici peu de temps, nous allons remettre quelques clés de réalisations, notamment de la gendarmerie de Gnagbodougnoa, du logement l’infirmier de Nékéidé, de l’achèvement du collège de Dignago et de l’apatam de Guibéroua.

N.V : Comment faites-vous pour vous rendre à Gagnoa en venant d’Abidjan ?

J.D.B : Je suis bien obligé de passer par Oumé en dépit du fait que le tronçon Tiassalé-Gagnoa soit plus court. On est obligé de passer par Oumé pour ne pas casser son véhicule. Parce que l’autoroute menant d’Abidjan à Gagnoa est un calvaire.

N.V : Que comptez-vous faire pour que la région que vous dirigez soit facile d’accès ?

J.D.B : Nous avons approché le ministre des infrastructures, Patrick Achi, qui nous a parlé de cette route. Il est prévu l’ouverture de l’autoroute jusqu’à Yabahio (Soubré). Il nous a montré le dossier et nous a même dit que le financement est trouvé. Donc, j’ai espoir qu’à l’avenir, on aura une bonne route à Gagnoa. La route précédant le développement, on ne peut pas ne pas s’occuper de ce tronçon. Mais s’il y a du mensonge dans ce que je vous dis, ce n’est pas moi qui aurais menti. Moi, le gouvernement m’a confirmé que c’est prévu, que le financement est trouvé et qu’on fera l’autoroute jusqu’à Yabahio. Donc je le répète aussi à la population. C’est mon rôle d’informer la population.

NV : Quand démarreront les travaux ?

J.D.B : c’était prévu pour le mois de juillet, mais vous savez, il y a eu tellement de pluie cette année que ça n’aurait pas été bien de mettre les bulldozers et tout ce qu’il faut sous la pluie pour travailler. Je pense que c’est cela qui a fait que les travaux n’ont pas commencé.

N.V : Combien le conseil régional du Gôh a-t-il déjà reçu pour le développement de la région ?

J.D.B : L’Etat a promis la somme de 4,5 milliards fcfa. Mais nous ne sommes même pas à 1 milliard fcfa de décaissé.

N.V : Dans les premières réalisations que vous citez se trouve une gendarmerie. Certainement que des commissariats sont aussi prévus. Le phénomène de l’insécurité constitue-t-il une forte préoccupation à Gagnoa ?

J.D.B : Mais oui, comme partout ailleurs. Si on n’a pas la sécurité, le développement n’est pas possible. C’est pour cela que nous essayons d’aider avec les petits moyens à notre disposition à la construction de commissariats. J’ai même trouvé le financement du commissariat de Ouragahio. J’ai fait appel à l’entrepreneur puisque le chantier avait déjà commencé. Donc conscient de ce que l’insécurité constitue un obstacle, nous en faisons une priorité.

N.V : Les milices armées dozos sont présents dans la quasi-totalité des villages de la région. Comment faites-vous avec une population qui est apeurée par cette occupation illégale en considérant, comme vous le dites, que la cohésion sociale est un facteur important pour le développement?

J.D.B : Il n’y a pas que moi qui sois préoccupé par cette situation. Il y a quelque temps, le président (Alassane Ouattara), lui-même, a demandé aux dozos de rentrer.

N.V : Mais ils sont encore là…

Joachim Djédjé Bagnon 2 Joachim Djédjé Bagnon, président du conseil régional de Gôh : « La détention de Gbagbo pèse sur la région de Gagnoa »J.D.B : Malheureusement, ils sont encore présents, mais je crois que le gouvernement est en train de travailler à les faire partir. Effectivement, la population a peur quand elle voit des hommes en armes à plus forte raison quand ces personnes sont dans les villages. On a eu notre souveraineté en 1960 et en Côte d’Ivoire, c’était rare de voir des gens en armes. On a fait 50 ans de règne en Côte d’Ivoire, ce sont des choses qu’on ne voyait pas chez nous. C’est seulement les 7 août, pendant les fêtes nationales, qu’on voyait l’armée défiler avec les armes. Donc c’est normal que les populations aient peur.

N.V : Un hôtel de Gagnoa et une société de transport ont été braqués récemment. Les voyageurs ont été dévalisés. Face à cette situation, quel message adressez-vous au ministère de l’intérieur ?

J.D.B : Je sais que le ministère de l’intérieur chargé de la sécurité fait beaucoup. Ce n’est pas facile de remettre tout dans les normes après la crise que nous avons connue. Mais je lance un appel pour qu’il fasse encore plus. A Gagnoa, ce n’était pas du tout facile et je sais à quel point le préfet de région et le commandant de compagnie se sont employés à travailler.

N.V : C’est curieux, cette flambée de l’insécurité alors que l’Onuci patrouille dans la région….

J.D.B : Que l’Onuci, la gendarmerie la police et toutes ses forces tournent traduit plutôt le souci pour les responsables de sécuriser la région.

N.V : Vous êtes membre du bureau politique et inspecteur du Pdci-Rda. Le souvenir que laisse le dernier congrès de votre parti est révélateur. D’un secrétaire général élu, on en est arrivé à un secrétaire exécutif nommé. La démocratie interne au Pdci est en forte régression. Est-ce aussi votre constat ?

J.D.B : Pas du tout. J’y vois plutôt une progression. Vous me donnez l’occasion de vous parler de la maturité du Pdci-Rda. Si on veut que la démocratie avance en Côte d’Ivoire, il faut qu’on apprenne auprès du Pdci. Voilà un parti cinquantenaire qui va au congrès et qui change sa mode de fonctionnement parce qu’entre temps les choses évoluent.

N.V : Le Pdci change aussi ses textes pour les adapter à la condition de son président forclos qui n’était plus éligible…

J.D.B : Non, pas à la condition du président du parti (Henri Konan Bédié, ndlr), mais au contexte du moment. Dans un parti politique, ce sont des particuliers qui se mettent ensemble. Donc ils peuvent adapter les textes selon les exigences du moment. C’est aussi cela la démocratie. Il faut que les autres partis apprennent auprès du Pdci. Voilà un parti qui a été victime d’un coup d’Etat et qui continue d’exister.

N.V : S’arrimer à d’autres partis et gouverner avec eux qu’importe les conditions…

J.D.B : Gouverner ou marcher avec les autres, c’est la démocratie.

N.V : N’est-ce pas la hantise de se retrouver dans l’opposition qui dicte cette attitude du Pdci ?

J.D.B : Le Pdci n’a pas peur d’aller dans l’opposition. La politique ce n’est pas la force. Donc au Pdci, on réfléchit et on apprécie les choses dans le temps. Tout cela se fait conformément à l’intérêt de la Côte d’Ivoire.

N.V : Cet intérêt de la Côte d’Ivoire qu’après plus de 60 ans d’existence, le Pdci-Rda n’a eu que deux présidents Houphouët et Bédié. C’est une avancée démocratique, à vos yeux?

J.D.B : Ce ne sont pas les individus qu’il faut voir mais ce que le pays gagne avec le Pdci pendant les 60 ans.

N.V : Au Rhdp, un mouvement estime qu’il faut une candidature unique en 2015 avec Alassane Ouattara. Parce qu’on ne change pas une équipe qui gagne, soutiennent les tenants de cette position. Où vous situez-vous ?

J.D.B : Moi, j’ai un patron. Je suis un ancien et j’ai appris la discipline du parti. Au Pdci, on ne parle pas tant le président n’a pas parlé. Il suffit que le président Bédié dise qu’on fait ceci et je marche.

N.V : Même si ce n’est pas bon ?

J.D.B : Il ne m’a jamais trahi. Bédié ne parle pas mais il suffit qu’il dise deux phrases. Si l’Onu prend une résolution, vous allez y trouver ces phrases. Donc Bédié ne peut pas nous tromper. On va faire ce qu’il va demander de faire.

N.V : A présent, je voudrais interroger le cadre de Gagnoa. Vous savez sans doute que la mère du président Gbagbo âgée 90 ans est contrainte à l’exil depuis trois ans ? Que faites-vous pour qu’elle rencontre au pays ?

J.D.B : En tant que frère, je voudrais bien que sa mère rentre. Maintenant qu’est-ce que je fais ? Je ne peux pas le dire sur la place publique. Si j’ai un appel à lancer à mes frères, c’est de leur dire de mettre balle à terre en dépit de ce qu’ils ont enduré. Je suis un croyant et j’ai espoir que tous les problèmes seront réglés y compris celui des prisonniers.

Interview réalisée à Gagnoa par Armand Bohui

Source: Notre Voie

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