Joël N’guessan: «Ceux qui ont convoyé les soldats au palais présidentiel ont menti à Ouattara»

Joël N’guessan: «Ceux qui ont convoyé les soldats au palais présidentiel ont menti à Ouattara»

Joël N’guessan, le porte-parole du Rassemblement des républicains (RDR), le parti présidentiel en Côte d’Ivoire, a estimé dimanche que les personnes “qui ont convoyé les soldats au palais présidentiel ont menti’’ au chef de l’Etat Alassane Ouattara qui a été “induit en erreur’’ par ce “cinéma’’, dans une interview à ALERTE INFO.

La Côte d’Ivoire a été récemment secouée par une mutinerie. Lors de ces événements, vous avez en tant que porte-parole du Rassemblement des républicains (RDR), votre parti, produit deux déclarations écrites qui n’ont laissé personne indifférent même jusque dans votre propre formation politique. Dans la première déclaration en date du vendredi 12 mai, vous demandez que les responsabilités soient situées autour du président de la République. Dans la seconde en date du mardi 23 mai, vous affirmez que le président « a besoin de vérité et non de laudateurs » et vous demandez aux conseillers du président de lui donner « la bonne information ». Estimez vous que le président est mal conseillé OU est induit en erreur par entourage ?

Généralement, les gens n’aiment pas dire la vérité. Je vais vous faire un historique. De 1995 jusqu’à 1999, les conseillers du président Bédié ne lui ont pas dit que la politique de l’ivoirité était très mauvaise pour la cohésion sociale. Les gens ont foncé jusqu’à ce qu’on ait ce qu’on a connu. En 2000, M. Robert Guei, est arrivé par un coup d’Etat. Ses conseillers l’ont convaincu qu’il pouvait troquer le treillis pour porter le costume de président de la République. La suite, on la connait. En 2010, M. Gbagbo a perdu les élections. Ses conseillers lui ont dit qu’il pouvait se maintenir au pouvoir contre vents et marées, contre la communauté internationale. On connait tous la suite. Aujourd’hui, il y a eu depuis le début de l’année des mutineries. Et le plus dramatique dans cette affaire a été ce cinéma que nous avons vu au palais présidentiel où des individus se prétendant représentants des intérêts des mutins, sont allés faire des promesses au chef de l’Etat. Après ces promesses, dans la même nuit, les mutins ont dit qu’ils ne se reconnaissent pas. Alors question : qui a convoyé ces soldats au palais présidentiel ? Qui a établi leur liste ? C’est de ceux-là qu’il s’agit. Le président Ouattara a beau avoir des informations mais pour convoyer des individus au palais, il a fallu que ce soit des gens qui fassent cette liste pour convaincre le président de les recevoir. Qui a fait cette liste ? C’est de ceux-là qu’il s’agit. Ceux qui ne lui ont pas dit la vérité, qui ne lui ont pas dit par exemple, Monsieur le président, la liste qui vous a été transmise n’est pas une bonne liste. C’est pas vrai, les mutins n’étaient pas prêts à faire amende honorable, ils n’étaient pas prêts à renoncer à leurs primes. Le président Ouattara a besoin tous les jours qu’on lui donne la bonne et juste information. Oui il reçoit des informations mais est-ce qu’il a la bonne et juste information au moment opportun pour prendre la bonne décision ? C’est lui le chef, c’est à lui de décider. Ce n’est pas à nous d’orienter ses décisions.

Pourtant le porte-parole du gouvernement, le ministre Bruno Koné, à l’issue du conseil des ministres du mercredi 24 mai, en allusion à votre déclaration a affirmé que « ceux qui pensent que le président n’est pas informé ne connaissent pas son mode de fonctionnement ».

Nous devons nous considérer tous comme des personnes au service du chef de l’Etat. Quand une information ou une situation crée un certain doute sur la crédibilité de ceux qui ont porté l’information, il faut bien assumer. Qu’on ne me dise pas que le président était informé. Si le président était informé, il aurait fait une déclaration à la nation. Des personnes l’ont induit en erreur. Il faut qu’elles assument.

Est-ce qu’il est juste de dire que la cohésion au sein du RDR est en train de s’effriter à l’approche de la fin du dernier mandat du président ?

Bien sûr, qu’il y a une cohésion au RDR. Nous venons de finir nos pré-congrès. Les résultats sont connus. Et on est tous mobilisés autour de notre parti et pour accompagner le président et le gouvernement dans sa mission.

Après votre première déclaration du vendredi 12 mai, le secrétaire général par intérim du RDR, le ministre Amadou Soumahoro, a joint la Rédaction de ALERTE INFO pour préciser que votre déclaration n’était « pas une position du RDR » mais d’un « citoyen libre de s’exprimer ». Après lui, le ministre Bruno Koné Koné vous a répondu. Mais avant c’est le ministre Cissé Bacongo qui vous avait pris à partie dans la presse. Comment réagissez-vous à ces recadrages en règle ?

Tout ce que j’ai dit jusqu’à présent c’est avéré juste. Ce n’est pas parce que des individus sont libres de dire ce qu’ils ont envie de dire qu’ils sont forcement dans la vérité. Tout ce que je dis est partagé en grande partie par nos militants. Concernant Cissé Bacongo, j’ai dit que nos militants ne sont pas contents qu’on les traite de vendeurs d’arachides. Est-ce que c’est faux, c’est vrai. Je persiste et je signe que ceux qui ont convoyé les soldats au palais ont menti au président. Mes déclarations sont des positions de sagesse pour prévenir certaines situations. Et en plus, un porte-parole n’a pas besoin d’attendre des réunions statutaires avant de faire une déclaration. La mission qui m’a été donnée, c’est de dire ce qui est bon pour notre parti. Jusqu’à présent, je n’ai jamais rien dit contre les intérêts de notre parti, de notre président et du gouvernement.

Interrogé le 27 avril dernier, après une réunion de la direction du PDCI au cours de laquelle le président Bédié a demandé au secrétariat exécutif de son parti de travailler à la candidature d’un militant du parti à la présidentielle de 2020, vous avez dit que le RDR « aura aussi son candidat » et ne va pas se « saborder pour quelques intérêts que ce soit ». Le RDR maintient sa position de présenter un candidat en 2020 ?

Je maintiens cette position du parti. Pourquoi voulez-vous que le RDR n’ait pas de candidat ? Le RDR aura un candidat en 2020. Il faut que cela soit su une dernière fois pour ne pas qu’il y ait de polémique.

N’est-ce pas une violation de l’accord de Daoukro ?

L’appel de Daoukro n’a jamais dit que le RDR n’aura pas de candidat. Relisez l’appel et vous verrez. Certaines personnes ne lisent pas l’appel et parlent. L’appel n’a jamais dit que le RHDP aura un candidat issu du PDCI. Les présidents Bédié et Ouattara se sont entendus pour que ce soit le meilleur, dans le cadre du parti unifié, parmi nous. Les gens du PDCI disent qu’ils auront un candidat. C’est leur droit. Nous aussi, c’est notre droit de dire qu’on aura nous aussi notre candidat. En quoi est-ce que cela est mauvais ? Cela fait partie des vérités que je suis obligé de dire. Et cette vérité ne va pas contre l’intérêt de mon parti et du président de la République. Le RDR aura son candidat en 2020. Sur cette question d’alternance, il faut que les gens arrêtent le débat une dernière fois pour toute.

Serge Alain Koffi

Source: Alerte Info

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