Justice des vainqueurs : Ouattara veut museler les intellectuels ivoiriens

Justice des vainqueurs : Ouattara veut museler les intellectuels ivoiriens

Combien sont-ils? La liste est longue, ces intellectuels traqués pour avoir exprimé librement leurs opinions.

Pour avoir opté pour le Président Gbagbo, Aké N’Gbo, Hubert Oulaye, Dakoury Tabley, Ahoua Don Mello, Koné Katinan, Désiré Dallo et bien d’autres connus ou anonymes traversent les moments difficiles de leur carrière professionnelle. Ce, depuis la fin de la crise post-électorale de 2010-2011 qui s’est soldée par l’arrestation et la déportation dans la nuit du 29 au 30 novembre 2011 en catimini à La Haye, de Laurent Gbagbo. Où son procès est ouvert et se poursuit sans que l’accusation ne fournisse, les preuves de sa culpabilité dans les événements post-électoraux. Mais en attendant, la traque de ses proches se poursuit à Abidjan. Dans le viseur du régime, ces intellectuels considérés ailleurs comme des « trésors » à préserver prudemment. Aké N’Gbo, Ahoua Don Mello, Katinan Koné, Désiré Dallo, Dakoury Tabley , Hubert Oulaye …font l’objet d’une traque sans cesse. Avec des chefs d’accusations fabriqués à la tête du client.

Dans une justice aux ordres d’un pouvoir politique qui ne jure que par l’effacement des traces de Laurent Gbagbo. En tout cas, à l’analyse, la haine pour le camp de l’ex-président ivoirien conduit inévitablement à museler une classe d’intelligence qui sous d’autres cieux, peut participer au développement d’un pays. Malheureusement, à Abidjan, ce n’est pas le cas.

L’ex-Premier ministre du dernier gouvernement de Laurent Gbagbo, Gilbert Aké N’gbo et l’ancien ministre de l’Economie et des Finances Désiré Dallo bien qu’ayant plaidé non coupables devant le Tribunal d’Abidjan-Plateau dans le cadre du procès de l’affaire de «braquage » de l’Agence nationale de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) pendant la crise postélectorale sont toujours poursuivis. Leur procès reste encore inscrit au rôle des affaires à trancher par les juges. Il en est de même pour Katinan Koné Justin, ex-ministre du Budget en exil au Ghana poursuivi également dans le cadre de cette affaire.

Les chefs d’accusation, selon le pouvoir Ouattara, M. Gbagbo et son Premier ministre Aké N’gbo ainsi que ses ministres Désiré Dallo (Economie et Finances), Katinan Koné (Budget) sont accusés par le Ministère public pour «vol en réunion par effraction portant sur des caves à la Bceao et des numéraires ; complicité de vol en réunion par effraction ; destruction d’une installation appartenant à autrui ; détournement de deniers publics». Les huissiers de justice Antoine Oulaï Crépin, Yacouba Kéïta, Edmond Amonh Loesse, Gnéplé Séri, Kouadio Brou, André Marie Té Beignand et Lucien Séka Monney qui ont dressé les procès-verbaux de constat après ce «braquage» sont également poursuivis pour « complicité ».

Dans une affaire où le régime n’a qu’un objectif, réduire à néant l’intelligentsia ivoirienne. Que dire de Gilbert Aké N’Gbo, cet économiste chevronné dont la nouvelle génération d’étudiants rêve de sa compétence. Son parcours professionnel en dit long sur ce qu’il possède comme qualité pouvant contribuer au développement du pays. Gilbert Aké N’Gbo, » l’homme à abattre sous le régime Ouattara » a obtenu son doctorat d’État en sciences économiques en 1991 à l’université Toulouse-I-Capitole. Spécialisé en économétrie et en économie de la régulation, il était doyen de l’Ufr en Sciences économiques et de gestion de 2001 à 2007. Il fut président de l’université de Cocody jusqu’en 2011 et président du comité scientifique des colloques sur le cinquantenaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire. Il a brièvement été nommé Premier ministre par Laurent Gbagbo le 7 décembre 2010, au commencement de la crise ivoirienne de 2010-20111. Et comme il faut s’attendre avec le pouvoir Ouattara, sa nomination est annulée par l’ordonnance n°2011-007 du 14 avril 2011. En mai 2011, il est arrêté puis inculpé pour atteinte à la sûreté de l’État. Un an et demi plus tard, en décembre 2012, il bénéficie d’une liberté provisoire, comme sept autres anciens ministres de l’ancien gouvernement de Laurent Gbagbo. Gilbert Marie N’gbo Aké a enseigné l’économétrie, la méthodologie, la microéconomie et l’économie de la réglementation aux universités d’Abidjan, de Dakar, de Yaoundé, de Douala et Lomé.

Outre Aké N’Gbo, Hubert Oulaye Marc-Arthur un autre « cerveau » du pays paie le prix de son appartenance à la formation politique de Laurent Gbagbo. Homme politique ivoirien membre du Fpi né à Guiglo le 3 novembre 1953, Hubert Oulaye, souligne-t-on, est professeur agrégé de droit public et de sciences politiques à la faculté de droit de l’Université de Cocody. Il a occupé pendant une décennie le poste de ministre de la Fonction publique et de l’Emploi et a cumulé avec cette position, entre le 27 octobre 2003 et le 8 février 2010, la fonction de coordonnateur général du Comité national de pilotage du redéploiement de l’Administration. Hubert Oulaye a été également député à l’Assemblée nationale et président du Conseil général de Guiglo. On apprend aussi de lui qu’il est un des évaluateurs au concours du Cames. Nonobstant cette compétence, le professeur de Droit est poursuivi pour des accusations « fabriquées » dans une affaire de complicité d’assassinat de militaires de l’Onuci à laquelle il clame son innocence. Quid de l’ex-gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest ( Bceao), une autre personnalité dans le viseur du pouvoir Ouattara? En effet, arrêté pour sa collaboration avec l`ancien président Laurent Gbagbo, l’ancien gouverneur de la Bceao est actuellement sous le coup d’un procès pour crime économique.

Monsieur Philippe Henry Dacoury-Tabley, ce grand commis de l’administration ivoirienne est mis sous l’éteignoir. « A la fin de mes études sanctionnées par un Diplôme à Etudes Approfondies en économie monétaire et une formation post-universitaire, de 1974 à1976 au Centre de Formation de la Bceao, j’ai effectué, durant 29 ans, l`essentiel de ma carrière professionnelle à la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l`Ouest, en y occupant successivement des postes de cadre supérieur, Chef d’Agence, Chef de service et de Directeur. J’ai été par la suite détaché auprès de l’Etat de Côte d’Ivoire et élu Administrateur à la Banque Africaine de Développement pour y représenter à la fois la Côte d’Ivoire, la Guinée et la Guinée Equatoriale. Durant mes deux mandats à ce poste, j’ai eu à prendre une part active à la définition et à l’élaboration des politiques et stratégies de financement du développement des économies africaines… Ce double parcours, dans les domaines d’une banque centrale et d’une banque de développement, m’a donné l’opportunité d`acquérir une solide expérience en économie monétaire, en financement du développement et en ce qui concerne la gestion des hommes en entreprise » se plaît à dire au grand public, Philippe Henry Dakoury-Tabley, qui a connu un parcours professionnel très soutenu.

Né le 23 juin 1958 à Bongouanou – Ingénieur, chargé de cours et de recherche à l’Ecole nationale supérieure des travaux publics (Enstp) de Yamoussoukro (1986-90) – Ingénieur, chargé de recherche au Laboratoire du bâtiment et des travaux publics d’Abidjan (1990-92) – Président du comité de contrôle du Fpi (Front populaire ivoirien, 1990-96) – Ingénieur, chargé de cours et de recherche à l’Université de Cocody-Abidjan (depuis 1992) – Secrétaire général du parti La Renaissance (1997) – Membre du Conseil économique et social (1998-99) – Directeur central chargé de la conception et du suivi de la technopole de Yamoussoukro au ministère de l’Enseignement supérieur (novembre 1998-octobre 2000) – Directeur général du Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD, 2000-2011), Ahoua Don Mello fait l’objet aussi de la traque du régime Ouattara. En exil, cet ingénieur chevronné livre ses expertises à des pays de la sous région.

D’autres « cerveaux » et non des moindres sont ainsi contraints au silence. Sous Ouattara, leur expertise est loin d’être prise pour une denrée importante pour l’avancée du pays. Katinan Koné, Attey Philippe, Assoa Adou …. jouent gros sous Ouattara. Des intellectuels qui sont contraints à un silence total. La condamnation surprise du professeur Hubert Oulaye a 20 ans de prison ferme dans une affaire d’assassinat de sept casques bleus de l’Onuci dans l’ouest du pays en est une parfaite illustration de la politique de délégitimation du régime Gbagbo.

Source: letempsinfos.com

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