Justice ivoirienne: La politique chasse le droit au tribunal

Justice ivoirienne: La politique chasse le droit au tribunal

Ce pays va étonner le monde. Alassane Dramane Ouattara ne croyait pas si bien dire: la Côte d’Ivoire étonne dans la gouvernance judiciaire. Ce mardi 13 janvier 2015, les juges de la chambre des délits économiques du tribunal correctionnel de 1ère instance d’Abidjan-Plateau ont rendu leur verdict: Koné Cheick Oumar (patron du groupe Koneco – transferts d’argent, sécurité, tourisme – et accessoirement président controversé du conseil d’administration du club de football de l’Africa sports), Gohourou Claude (président de la Coordination nationale des victimes de déchets toxiques de Côte d’Ivoire ou Cnvdt-CI) et Awa N’Diaye (une complice convaincue d’avoir ouvert un compte à Access Bank pour réceptionner une partie des fonds détournés) ont été condamnés à 20 ans de prison ferme chacun, assortis d’une amende de 3 millions pour abus de confiance et blanchiment. 

Ces quatre accusés faisaient partie d’une association de défense de victimes des déchets toxiques. Ils sont reconnus coupables du détournement des 4,658 milliards de FCFA d’indemnités versées par la multinationale Trafigura, affréteur du navire Probo Koala chargé de déchets toxiques, dans une catastrophe environnementale survenue en Côte d’Ivoire en août 2006 qui a provoqué la mort de 17 personnes et l’intoxication de dizaines de milliers d’autres. Mais ils ont été condamnés sans mandat de dépôt et donc laissées en liberté. Au grand dam des plaignants. «L’impunité est encore consacrée», a déploré Me Pierre Tanoh, l’avocat d’un plaignant du Réseau national pour la défense des droits des victimes des déchets toxiques de Côte d’Ivoire (Renadvidet-CI).

Ce n’est pas un coup d’essai des exploits réalisés par la justice ivoirienne. Car, le 6 novembre 2013, le Temple de Thémis condamnait encore à 20 ans de prison ferme pour détournement de fonds publics, 15 ex-dirigeants de la juteuse filière café-cacao dont Lucien Tapé Doh (ex-Pca de l’ex-Bcc), Angeline Lahon Kili (ex-Pca de l’ex-Frc), Placide Zoungrana (ex-Pca de l’Arcc), Blaise Kra Banny (ex-Dg adjoint et Daf de Sifcaccop ), Firmin Kouakou (Dg de l’ex-Frc), Henri Kassi Amouzou (ex-président de l’ex-Fdpcc), Théophile Kouassi (ex-Dg de l’ex-Fdpcc), Jean-Claude Bagnon Bayou (ex-Dg de l’ex-Fgccc),Prosper Kouassi Tohouri (Daf de l’ex-Frc), Tanoh Kassi Kadio (ex-Dg de l’ex-Bcc) et Pauline Kadio Ahoua (ex-trésorière de Sifcacoop). Cette lourde peine est non assortie de mandat de dépôt. Ils sont libres de leurs mouvements. «Il s’agit d’un procès politique», déclarait Me Jean Chrysostome Blessy, membre du collectif des avocats de la défense.

Le droit est, en effet, sorti par la fenêtre. Et notre pays pourrait rester dans les annales. Le 22 mai 2012, Adama Bictogo, ministre de l’Intégration africaine, est limogé pour son implication dans le détournement des indemnités versées par Trafigura aux victimes des déchets toxiques. En l’absence de la Haute Cour de justice, la justice d’exception que Ouattara refuse de mettre en place pour assurer son impunité et celle des membres de son gouvernement, Bictogo n’est pas inquiété.

Mieux, bénéficiant d’une double protection blindée (il est député et proche de la Première dame Dominique Ouattara), il prospère dans les affaires, réalisant de nombreuses opérations dans le secteur lucratif de la biométrie via la Société nationale d’édition de documents administratifs et d’identification (SNEDAI) dont il est le PDG.

Ferro Bally

 

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