Karim Ouattara, ex-conseiller de Charles Konan Banny: « Si Charles Konan Banny et Essy Amara avaient 50 ans, ils seraient les fervents défenseurs de l’appel de Daoukro»

Karim Ouattara, ex-conseiller de Charles Konan Banny: « Si Charles Konan Banny et Essy Amara avaient 50 ans, ils seraient les fervents défenseurs de l’appel de Daoukro»

Karim Ouattara est lʼancien Conseiller à la jeunesse de lʼex-président de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation. Dans cette interview, il revient sur lʼaffaire des 16 milliards de F CFA octroyés à la CDVR et de la candidature de son ancien patron. Entretien

Conseiller à la jeunesse de lʼancien président de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR). Aujourdʼhui, Charles Konan Banny est candidat à la présidentielle de 2015. Quel est votre avis sur cette candidature?

Karim Ouattara : Jʼai eu la chance de travailler plus de deux ans avec le président Charles Konan Banny. Pour moi, sa candidature (sauf sʼil nous dit quʼelle nʼest pas spontanée, mais murie) devrait être pour la Côte dʼIvoire et non dirigée contre un individu. Si cʼest pour la Côte dʼIvoire, je lʼencourage. Mais si cette décision a été prise avant même quʼon lui confie une Commission chargée de réconcilier les Ivoiriens, je dis quʼil y a problème.

Le Patriote : Lʼancien président de la CDVR a justifié sa candidature en arguant que la Côte dʼIvoire était en danger sous Ouattara et quʼil fallait réagir.

Karim Ouattara : Je suis quand même inquiet, sʼil a dit cela. Le pouvoir nʼest pas pour un individu. Mais cʼest tout un système qui lʼexerce. Lui, il en détenait une partie qui était de réconcilier les Ivoiriens. Pourquoi ne lʼa-t-il pas fait, alors que la CDVR, dans son fonctionnement, était autonome. Sʼil avait perçu le danger qui guettait les Ivoiriens, il était à la bonne place pour en mesurer la gravité. Pourquoi ne les at-il pas alors prévenus pour leur permettre de se tirer de ce danger ? Il pouvait tout au moins attirer lʼattention des autorités sur cette situation, au lieu dʼattendre trois ans plus tard pour le faire. Sʼil a accepté cette mission, il lui revenait dʼapporter des solutions pour la mener à bien. Mais en anticipant et non en réagissant après coup comme il le fait maintenant.

Le Patriote : Tout à lʼheure, vous avez parlé de la gestion de la CDVR qui, selon vous était autonome. Charles Konan Banny avait toujours évoqué le manque de moyens pour justifier lʼimmobilisme quʼon lui reprochait. Mais aujourdʼhui, tout le monde sait que la CDVR a bénéficié de 16 milliards de F CFA durant les trois ans quʼa duré son mandat.

Karim Ouattara : Jʼavoue que cette question, jʼaurais voulu lʼéviter. Mais en même temps, jʼai le devoir de ne pas mʼy dérober. Parce que moi-même, jʼai été de ceux, à la CDVR, qui ont plusieurs fois dénoncé publiquement le fait que notre institution nʼavait pas les moyens. En ce moment-là, personne ne mʼa dit que je faisais fausse route. Je me demande aujourdʼhui pourquoi le président Banny ne mʼa pas stoppé alors quʼil savait bien que les moyens avaient été dégagés. Pire, il a plaidé devant lʼassemblée des Nations unies pour que la CDVR soit dotée de moyens conséquents, me confortant davantage dans lʼidée de la précarité dont souffrait notre Commission. Je vais même vous faire une confidence : lors dʼune tournée au Benin en 2013, le président de la communauté ivoirienne, qui mʼavait reçu à son domicile, mʼavait affirmé que la CDVR percevait 4 milliards de FCFA par an de la part du gouvernement. Jʼai alors farouchement nié. A mon retour, après mon rapport au président Banny, ce dernier mʼa dit que jʼavais bien fait de nier parce que mon interlocuteur du Benin était mal informé. Durant tout mon mandat auprès de lui, je me suis toujours débrouillé par mes propres moyens pour accomplir mes activités. Parce quʼon me rétorquait quʼil nʼy avait pas dʼargent. Vous comprenez donc que jʼai été à la fois surpris et choqué dʼentendre le président de la République dire, le jour de la remise du rapport final, que la CDVR avait reçu plus de 16 milliards de F CFA pour ses activités durant les trois ans quʼa duré son mandat. Je suis dʼautant outré que jʼimagine que tous ceux qui avaient les véhicules de fonction à la CDVR ne payaient certainement pas le carburant de leur poche.

Le Patriote : Mais, il a été dit que vous perceviez une indemnité mensuelle de 2,6 millions de FCFA !

Karim Ouattara : Jʼattends que les auteurs de ces allégations mʼapportent la preuve de ce quʼelles avancent. Certes, on me remettait parfois au passage quelques subsides. Si cʼest pour ces petites sommes dérisoires quʼon raconte ces inepties, alors quʼon vienne pour quʼon fasse la compensation. Si on constate un trop perçu, je suis prêt à le restituer. Moi je nʼai jamais triché avec la réconciliation nationale. Tout le monde connait les risques que jʼai encourus au cours de ma mission, à cause des mes prises de position. Notamment dans lʼaffaire de lʼarrestation des jeunes pro-Gbagbo, après avoir convaincu quelques uns dʼentre eux de rentrer au pays. Pourquoi Charles Konan Banny nʼa pas pris de telles positions fermes et claires comme moi à cette période, puisque cʼest lui qui mʼa appelé auprès de lui ? Ce monsieur, jʼen suis vraiment déçu.

Le Patriote : Votre ancien patron fustige lʼAppel de Daoukro, quʼil considère comme un bradage de lʼhéritage de Félix Houphouët-Boigny par le président Henri Konan Bédié. Partagezvous cette opinion ?

Karim Ouattara : Pas du tout ! Pour moi, lʼAppel de Daoukro est lʼespoir de la Côte dʼIvoire de demain. Les présidents Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara sont en train de sauver la Côte dʼIvoire, pour au moins 30 ans, car ma petite expérience me montre que la Côte dʼIvoire se gère en cycle de 30 ans. De 1960 à 1990, cʼétait la période du parti unique. De 1990 à 2020, cʼétait lʼépoque du multipartisme avec ses effets pervers où les regroupements politiques se font en fonction des affinités politiques. Cʼest aussi la période de règne des derniers héritiers du président Félix Houphouët-Boigny avec les grands déchirements qui ont conduit la Côte dʼIvoire dans le chaos. Après cette période, une nouvelle ère sʼouvrira avec une nouvelle génération de dirigeants. Heureusement pour la Côte dʼIvoire, les héritiers se sont retrouvés et ont compris la nécessité de pérenniser et consolider la paix retrouvée. La génération des héritiers dʼHouphouët-Boigny ne peut pas dépasser 2020. Du coup, beaucoup dʼentre ceux-là, notamment Banny et Essy…

Le Patriote : … Ils sont un peu les derniers des Mohicans de cette génération ?

Karim Ouattara : Exactement ! Cʼest pour cela quʼils veulent donc être président de la République, vaille que vaille, avant quʼil ne soit trop tard pour eux. LʼAppel de Daoukro, de ce point de vue, les dérange terriblement, parce quʼil les met sous lʼéteignoir, maintient la Côte dʼIvoire dans la stabilité et permet au président Ouattara de continuer son travail de développement. Vous savez, tous ceux qui sʼagitent en ce moment ne peuvent pas faire mieux que le président Ouattara et ils le savent très bien. La seule chose qui les effraie, cʼest leur forclusion au-delà de 2015. Cʼest clair, si Charles Konan Banny et Essy Amara avaient 50 ans, ils seraient les fervents défenseurs de cet appel.

Le Patriote : Le procès en assises des pro-Gbagbo vient de sʼachever. Simone Gbagbo, Dogbo Blé et les autres ont tout nié. Ils disent avoir agi en toute légalité. Quel commentaire faites-vous ?

Karim Ouattara : Simone Gbagbo a lʼâge de ma mère. En Afrique, on respecte la mère. Mais je tiens à dire une chose. Lorsque Laurent Gbagbo a été arrêté (je profite au passage pour remercier ceux qui les ont sortis, lui et ses proches, du bunker vivants), vous avez vu son attitude. A aucun moment, il nʼa eu le moindre mot pour son épouse. Même à Korhogo, Laurent Gbagbo nʼa jamais réclamé son épouse. Lʼattitude de Laurent est éloquente. Pire, lorsque les Elders sont allés lui rendre visite à Korhogo, il a demandé un livre au lieu dʼexiger Simone à ses côtés. Cʼest vous dire un peu à quel point Simone Gbagbo est une personne controversée. Si au cours de ce procès, parmi les 83 personnes jugées, pas une seule nʼa demandé pardon aux victimes ou reconnu sa part de responsabilité, cʼest grave pour la Côte dʼIvoire. Leur parole ont fait du mal à la Côte dʼIvoire et rouvert des plaies qui étaient en train de se fermer. Dans la vie, nous avons trois juges : Dieu, le peuple et notre conscience. Lʼun de ces juges un jour leur donnera son verdict. Heureusement que le verdict de la Cour dʼAssises a apaisé un tant soit peu la douleur des victimes et de leur proches.

Le Patriote : Un mot pour terminer sur le débat qui a cours en ce moment sur lʼarticle 35.

Karim Ouattara : Je demande aux gens dʼéviter de tomber dans des considérations populistes et surtout dʼavoir un peu dʼégard pour la mémoire collective. Car cette mémoire-là, on nʼa pas besoin de la ramener si loin en arrière pour voir défiler le drame que nous ont valu nos errements. Il faut donc faire attention. Le président de la République fait un travail remarquable. Il nʼira pas après son mandat avec les ponts et les routes quʼil est en train de construire. Il ne faudrait pas que les jeunes se laissent manipuler par des politiciens de courte vue. Pour terminer, je souhaite que les élections à venir se déroulent dans un cadre apaisé et dans la transparence.

Interview réalisée Par Jean-Claude Coulibaly

Source: Le Patriote

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