Khadija: l’icône que l’islam ne mérite pas

Khadija: l’icône que l’islam ne mérite pas

Il y a quelques jours, j’ai assisté à une table ronde sur l’égalité entre les sexes à laquelle les organisateurs ont invité un féministe islamiste pour, je pense, équilibrer le panel des intervenants. L’invité en question est le fondateur d’une association au nom barbapapa signifiant, en français et en gros, que sans elles il n’y aurait pas eu d’eux. Avant le début du débat, il a invité les femmes de la présence à se lever et à fermer les yeux, et les hommes à les applaudir. Je vous laisse imaginer le ridicule du tableau.

Ce monsieur a ponctué presque toutes ses interventions de versets coraniques. Cool, pas de problème, nous somme au Maroc. Mais il a dit une chose qui a réussi à m’extirper de mon apathie.

« Le prophète a épousé Khadija qui était plus âgée que lui, ça prouve que ce n’est pas un problème pour les hommes musulmans. »

Ou quelque chose comme ça.

J’ai attendu mon tour pour parler au micro. J’ai dit que je trouvais drôle le fait qu’il oublie de mentionner qu’elle était également indécemment riche, et j’ai ajouté deux trois choses sur l’indépendance financière, parce que parler du harem du prophète n’était pas mon but. Quelques minutes plus tard, il a dit que c’est Khadija qui a demandé sa main, que le prophète n’était pas un homme matérialiste. Je n’ai jamais dit qu’il était matérialiste, je pense juste que si elle était fauchée, en plus d’être vieille, il aurait certainement dit « non ». Le monsieur a dit qu’il ne sait pas puisqu’il n’était pas avec eux. Moi non plus je n’étais pas avec eux ; en fait personne n’était avec eux, mais puisque plus d’un milliard de personnes dans le monde suivent les préceptes d’une religion basée sur le ouï-dire, parlons de Khadija qu’ils aiment vendre comme le modèle ultime de l’émancipation féminine.

En fait ni le prophète, ni l’islam, ne sont pour quelque chose dans ce qu’était Khadija. Les personnes comme cet intervenant – c’est à dire l’écrasante majorité des musulmans dans le monde – adorent prendre l’indépendance, la fortune et le succès de Khadija comme preuves ultimes des incroyables opportunités que l’islam accorde aux femmes. Ils affirment que l’islam est féministe et libérateur, et que quiconque prive sa fille et sa femme de leur chance de réussite est un abruti qui n’a rien compris à la parole de Dieu et de son prophète.

Tout ceci est un beau ramassis de foutaises. Dire que Khadija est un modèle musulman d’émancipation féminine est illogique car sa carrière a été établie bien avant l’avènement de l’islam. Quand elle a épousé le prophète à l’âge de 40 ans – quand il en avait 25 -, elle était déjà la commerçante la plus riche de la Mecque. Ce que la vie de la mère des musulmans nous apprend surtout, c’est que les femmes de l’ère préislamique étaient libres de se mêler aux hommes pour faire du business, et en plus, elles étaient respectées pour cela. Après la mort de Khadija, les femmes ont reçu l’ordre de rester chez elles et de porter le voile ; elle n’avait aucun moyen de savoir que dix ans après sa mort, son style de vie serait interdit aux femmes de la péninsule arabique. Elle ne savait pas non plus que bien qu’étant l’unique personne a avoir assisté aux premières révélations de l’ange Gabriel, l’unique témoin de l’événement fondateur de l’islam en dehors du prophète lui-même, aucune femme ne sera autorisée à faire seule une déposition dans un tribunal islamique. Il faut deux femmes pour valider un témoignage, ou un seul homme, pour ceux qui ne le savaient pas.

Revenons à cette proposition de mariage que le prophète, dans sa grande mansuétude, a accepté. Oui, elle avait 15 ans de plus que lui. Oui, elle était divorcée et veuve. Mais elle était très riche et il travaillait pour elle. On aime bien, et c’est une tradition qui perdure à ce jour, perdre notre temps sur les défauts de Khadija mais lui alors, on ne lui reproche rien ? Je tiens à préciser pour ceux qui crieront au blasphème, que je parle du prophète à une époque où il était un être humain paumé, bien avant les révélations divines.

A 25 ans, en Arabie, à la fin du 6ème siècle, le prophète était déjà un vieux garçon. Il était pauvre et même sa famille ne le voyait pas vraiment comme « marriage-material ». Son propre oncle, Abû Talib lui a refusé la main de sa fille et a préféré la marier à un type qui s’appelait Hubayra. Même quand Khadija lui a fait sa demande, son père s’est vivement opposé à l’union – on ne sait pas mais on se demande pourquoi – et il a fallu qu’elle le fasse boire jusqu’au black out, teigne sa barbe au henné et le vêtisse d’un habit de fête, pour lui faire croire, au lendemain qu’il a bénit le mariage. Tout cela pour vous dire que c’est dans sa grande mansuétude à elle qu’elle a remarqué son existence ; il n’était tout simplement pas un bon parti.

Durant les dix années précédant sa mort, le prophète, occupé à recevoir les révélations de Gabriel et à faire du prosélytisme, ne travaillait pas et c’est elle qui le prenait en charge financièrement. Cette femme a changé sa vie. Elle l’a pris sous son aile et lui a donné un job et un sens à sa vie ; sans elle, il n’y aurait pas eu d’islam à la base. Le prophète le lui a bien rendu, il n’a pris aucune autre femme de son vivant. Il a même attendu sept semaines après sa mort avant de devenir bigame, en épousant Sawda bint Zam’a – décrite comme grosse et lente qu’il a gardé sous son toit à condition qu’elle ne s’approche plus de son lit – et une fillette de six ans, Aisha.

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