La CEMAC* Face au Piège Français du FMI (Première partie) : Le jeu, les joueurs, et l’enjeu

La CEMAC* Face au Piège Français du FMI (Première partie) : Le jeu, les joueurs, et l’enjeu

Dans tout combat à mort, la capacité de survie dépend généralement de l’habileté à comprendre la stratégie et les tactiques de l’adversaire. Aujourd’hui, la France et les populations africaines de son pré-carré sont de façon quasi subliminale engagées dans un combat sans merci qui pourrait déboucher sur une tragédie pour les populations Africaines ou le déclin du mode de vie de la société française. Il devient dès lors un devoir moral, pour toute personne de bonne volonté de faire tout ce qui est de son pouvoir en vue de barrer la voie à ce scenario catastrophe en ce qui concerne les peuples africains. Le dernier sommet de Yaoundé est un virage décisif vers l’entrée au boulevard qui va réduire de façon significative la capacité de réaction des Africains. Nous reviendrons sur ce sommet, mais pour le moment laissons la place à la présentation des acteurs.

La France : l’Opportuniste Techniquement Limité

En 1945, le gouvernement Français, inspiré par le mécanisme de rapine financière mis en place par le régime nazi décide de reproduire ce système sur ses colonies. Cette décision apparemment ne vise qu’un objectif à court terme : la reconstruction de la France et la relance de son économie qui a été fortement endommagée par la guerre. Le succès de cette première phase fait fatalement rentrer la France dans un tourbillon qui reconduit ce système pour des décennies. Apres la reconstruction de la France, le rattrapage de l’économie anglaise devient le prochain objectif. Pour atteindre cet objectif, le CFA reste indispensable, et par conséquent, il faut étouffer les vrais mouvements africains d’émancipation qui émergent. Comme dans tout scenario de ce genre, il y a toujours un nouvel imprévu; la crise pétrolière des années 70 et la découverte du pétrole sur les côtes Camerounaises à la même période creuse davantage le sillon Français au CFA. Plus cette situation profitable se prolonge, plus la France se rend dépendante du CFA. Plus de 70 ans plus tard, elle est encore plus dépendante du CFA que jamais. Mais dans son aveuglement, la France a oublié une chose.

Faire de la consommation d’une monstruosité son principal repas a plusieurs conséquences dont les plus importantes sont la perte du sens de l’effort, et le pourrissement de l’intérieur. La preuve en est la situation pathétique dans laquelle se retrouve le France aujourd’hui : une économie bloquée et une société aisée peu disposée au moindre sacrifice, et qui veut par conséquent continuer à puiser dans la manne africaine! Un examen attentif des solutions proposées par les politiques est très instructif sur cet état d’esprit. Tous les programmes politiques, allant de celui de Sarkozy à celui du parti socialiste en passant par les centristes intègrent fortement la variable cachée qui est celle d’une plus forte pression sur les pays Africains. Les seules exceptions se trouvent aux extrêmes des partis traditionnels et dans une moindre mesure dans le programme de François Fillon. Les communistes sont contre le CFA par idéologie politique, et l’extrême droite par cohérence communicationnelle. En effet, le communisme est fondamentalement opposé l’exploitation de l’homme par l’homme. Marine Le Pen ne peut pas raisonnablement réclamer la souveraineté monétaire de la France et rester cohérente et crédible si elle ne dénonce pas l’arnaque du franc CFA ; et cela, elle l’a bien compris.

Le cas de François Fillon est un peu particulier. Par pragmatisme situationnel, il se garde de trop compter sur le CFA. Bien qu’il n’hésiterait pas à en saisir l’opportunité si d’aventure elle se présentait à lui, Il comprend néanmoins que les temps ont changé. C’est ce qui explique l’écart de 250 000 postes de fonctionnaires de plus qu’il se propose d’éliminer comparativement au plan de Juppé qui voulait continuer à s’appuyer fortement sur les richesses africaines. Le maire de Bordeaux ayant été éliminé, le programme du parti socialiste reste ce qu’il y a de pire pour l’Afrique.

L’Afrique : la Victime qui Ecope d’un Carton Rouge

Apres que les têtes de ses leaders charismatiques et visionnaires aient été coupées, l’Afrique sous influence française s’est retrouvée comme un grand enfant désorienté et sans ambition. Cet enfant travaillait pour un parent tortionnaire et recevait comme salaire un peu d’argent de poche. Ce fonctionnement posait peu de problèmes apparents tant que le grand enfant ne comprenait même pas la situation dans laquelle il se trouvait et pensait n’avoir que des besoins primaires qui pouvaient être facilement couverts par le petit argent de poche qu’il recevait. Pour sortir de la métaphore, nous disons qu’aujourd’hui, ce grand enfant est devenu un homme qui a des enfants futés et qui eux n’acceptent plus cette situation de vassalité.

Plus sérieusement, comparée à son niveau du début des années 60, la population de la zone CFA s’est multipliée par un facteur d’environ 5. Ce qui du point de vue de la théorie de la complexité veut dire que ses problèmes se sont multipliés par un facteur exponentiel de base 5. Cela veut dire que, si en 1960, il y avait 2 situations qui faisaient problème, et si ces 2 situations existent toujours, elles créeraient aujourd’hui 5 à la puissance 2α fois plus de problèmes (où α est un nombre à déterminer). Pour ce faire une idée concrète de ce que cela signifie, assumons que notre variable α soit égale à 1. Si le manque d’infrastructures et d’énergie par exemple causait déjà un certain nombre de problèmes en 1960, ce même niveau de manque en infrastructure et en énergie va causer 25 fois plus de problèmes aujourd’hui. Par exemple, si la malnutrition et le manque de soins de santé provoquaient la mort de 1000 enfants en 1960, dans les mêmes conditions, ils provoqueraient la mort de 25.000 aujourd’hui. Chacun peut multiplier les exemples pour percevoir l’ampleur du problème.

Or les conditions de vie dans très peu de pays dominés par la France se sont améliorées de façon significative comparée à leur niveau de 1960. Il n’est dès lors pas étonnant que nous soyons embourbés dans des problèmes inextricables. En plus les perspectives ne sont guère reluisantes sous le système franc CFA et pour des raisons objectives que nous allons tout de suite examiner.

  • Les pays de la zone franc CFA n’ont pas de véritables réserves de change, c’est à dire qu’ils n’ont pas d’épargne. Les comptes d’Operations ne sont pas l’équivalent de compte d’épargne dans lesquelles les réserves sont immédiatement disponibles en cas de coup dur. D’ailleurs le nom « compte d’opération » est un abus de langage. Voilà des comptes qui soit disant sont logés au trésor français mais qui ne permettent même pas à leurs supposés propriétaires ne serrai-ce que d’acheter des bons de trésor français. En plus de leur indisponibilité, ces comptes ont un taux d’intérêt négatif. En effet, le taux d’intérêt officiel de ces comptes est inferieur au taux d’inflation français. Et ce n’est pas tout.
  • Les pays de la zone Franc ont les mains liées en matière d’investissement. que ce soit dans les économies de pays étrangers ou dans les marchés financiers car ils n’ont pas la maitrise de leurs revenues d’exportation. Or quelqu’un qui n’investit pas ne peut pas créer de richesses et donc s’enrichir. Il n’est donc pas étonnant que ces pays de la zone Franc soient parmi les plus pauvres de la planète. Si les choses avaient été autrement, avec toutes les ressources naturelles et matières premières dont disposent ces pays, ils contrôleraient aujourd’hui au moins un cinquième de l’économie française et donc auraient énormément de pouvoir auprès des autorités françaises.

De ce qui vient d’être dit, il est clair que la sortie du franc CFA devrait être un objectif stratégique de tout premier ordre. Toute personne qui pense qu’un pays peut se tirer d’affaire dans le cadre du CFA est peut-être capable de nous expliquer comment un individu pourrait réussir à avoir une vie épanouie qui satisfasse tous ses besoins raisonnables et éventuellement ceux de sa famille avec seulement de l’argent de poche.

L’Allemagne : Un Capitaine Agacé

L’Allemagne comme tout le monde le sait est la véritable patronne de l’Union Européenne avec l’économie la plus forte et la plus solide. A ce titre, elle n’aime pas la pression que la politique financière française fait subir à l’euro et elle le fait savoir. Elle a toujours demandé à la France de procéder à des reformes internes sérieuses pour contenir son budget dont les déficits pèsent sur tous. Pendant longtemps, la classe politique française réussissait à apaiser l’Allemagne en adoptant des reformes cosmétiques assorties de cadeaux intéressants pour l’Allemagne. Comme exemple de cadeaux l’on peut citer la fourniture à l’Allemagne du matériel nucléaire pillé aux africains.

Puis vint le drame japonais de Fukushima et la décision de l’Allemagne de sortir du nucléaire. Depuis lors, la pression allemande a augmenté, et la France qui est réfractaire à toute reforme sérieuse lorgne une fois de plus vers l’Afrique pour se tirer d’affaire. Il se trouve que l’Allemagne n’est plus très convaincue par la solution africaine aux problèmes français. L’échec de Boko-Haram au Kamerun, les ressources du nord du Mali qui posent quelques complications, la défaite du protégé Zinsou au Benin, et plus récemment celle de Jean Ping au Gabon contribuent sérieusement au scepticisme allemand. Il n’est donc pas surprenant qu’un article au vitriol sur le CFA soit paru pour la première fois dans un grand journal Allemand. Cet article révélait que la France siphonnait chaque année 440 milliards d’euros aux africains à travers le Franc CFA.

Néanmoins, la France a réussi par la négociation à se donner un peu de temps. Son principal argument étant la montée de courants populistes partout dans le monde. L’idée est que le Front National pourrait gagner les présidentielles et sortir la France de l’euro si jamais des reformes étaient engagées dans une période électorale. Cet argument a un peu refroidi les ardeurs allemandes. Mais le temps de grâce est très court, et les africains seraient sages d’en prendre note. La France va bondir sur eux.

Avant d’examiner les outils bien huilés que va utiliser la France, il est bon de brièvement présenter ce qui pose problème à l’Allemagne.

Les importations des pays de la zone Franc, combinées au contrat pour le développement des infrastructures que ces mêmes pays signent avec des pays non utilisateurs de l’Euro pèsent sur la Banque Centrale Européenne. En effet, dans ces transactions, les pays africains payent en euro et cela crée deux problèmes. Premièrement, la masse d’euro en circulation en Europe se réduit, ce qui force la banque centrale à émettre plus d’argent pour combler le vide. Deuxièmement, la Banque Centrale Européenne est obligée de puiser dans ses réserves pour racheter ses devises qui se trouvent dans les autres banques centrales étrangères comme conséquence des actions africaines. Ces billets rachetés viennent à leur tour inonder le marché européen et causer l’inflation en Europe. Une autre raison plus stratégique cette fois-ci est que, cela arrange bien les allemands que l’économie française soit privée d’atouts qui pourraient remettre en cause la domination allemande.

Il est donc question pour l’Allemagne que ce cycle soit contrôlé. La solution raisonnable pour tout le monde est que la France opère des reformes profondes qui lui permettraient de vivre dans les limites de ses moyens sans avoir besoin du CFA. Et que les pays africains retrouvent leur souveraineté monétaire qui permettrait à leurs économies de décoller et offrir des débouchées de marché à tout le monde. Mais, la France qui n’entend pas ça de cette oreille a une autre idée : Satisfaire l’injonction allemande en imposant aux pauvres pays africains une nouvelle dévaluation et de nouveaux plans d’ajustement structurels, avec l’aide du FMI.

Le FMI: l’Arbitre Combinard

Le FMI et la Banque Mondiale sont des sociétés écrans, en langage informatique on parle d’interfaces. Ce sont les instruments les plus sophistiqués mis en place par les prédateurs pour assouvir très efficacement leur objectif de prédation en gardant une apparence de dignité morale. Illustrons comment ça marche avec le cas que nous avons sous la main.

La France, sous la pression Allemande veut empêcher les pays sous sa domination d’importer des biens et services des pays hors de la zone euro. Elle s’arme de patience car elle sait que ces pays qui n’ont pas de réserves propres ne peuvent pas résister à la moindre secousse économique. Par un jeu d’intérêt et de complicité bien maitrisée, le prix du baril de pétrole chute dramatiquement. Bingo, la France tient son prétexte contre la CEMAC. Elle active l’instrument FMI comme les Américains l’avaient fait avec la Banque Mondiale au Brésil et aux Philippines. Elle va prêter aux Africains leur propre argent au travers du FMI. Une fois la machine FMI activée comme écran face aux Africains, dans l’ombre, la France va dépecer le pays de la CEMAC, brader tout ce que ces pays possèdent au bénéfice de ses nationaux et de quelques acolytes. Les ressources affectées à l’éducation et à la santé seront réduites au minimum. Tous les secteurs productifs seront privatisés et récupérés par qui on sait. Cela s’appelle en langage technique : Programme d’Ajustement Structurel.

Le Sénateur Bernie Sanders, à l’époque où il n’était que membre Représentant au Congres, nous a permis de découvrir la mécanique de ces institutions lors de l’audition qu’il a organisée au Congres pour élucider le scandale du Brésil sur lequel nous ne nous attarderons pas. Pour sortir, faisons une connexion entre le financement des campagnes électorales en Occident et le financement des coups d’Etat dans le reste du monde, en d’autres mots, pourquoi retrouve-t-on les mêmes personnes derrière les financements de campagnes et des coups d’état.

L’exemple des Philippines avec Ferdinand Marcos est parlant. Ce dernier passe un deal personnel avec des banques américaines et la compagnie Westinghouse Electric Corp. pour la construction d’une centrale nucléaire à l’ile de Bataan située à une centaine de kilomètres de Manille, la Capitale. Dans une collusion dans laquelle Ferdinand Marcos gagnera à titre personnel un pourcentage des intérêts reversés aux banques, Il est convenu que par Banque Mondiale interposée, la Chase Manhattan Bank financera le projet à travers un prêt octroyé à l’Etat Philippin. La Westinghouse est en charge du projet, et n’hésite pas à utiliser les tactiques habituelles de délais et de problèmes pour faire monter le cout.

Lire aussi: “Le Franc CFA et la mentalité du ”Nègre de maison”

Le projet débouche sur un fiasco et une révolte populaire qui fait partir Marcos du pouvoir. Mais les Philippines héritent d’une dette de 2,2 milliards de dollars pour une centrale qui n’a pas produite un seul watt d’électricité. Accourt la Banque Mondiale et son infrastructure de pression pour exiger le remboursement de la dette. De nouveaux prêts sont octroyer aux Philippines pour leurs permettre de payer les intérêts sur la première dette. L’économie est prise en otage, le payement des intérêts sur la dette représente désormais 44% du budget du pays, la santé et l’éducation, 3%.

Maintenant, on comprend mieux pourquoi les maitres du monde financent les campagnes en Occident et les coups d’Etat en périphérie. On fabrique un chef de guerre avec lequel l’on passe des accords. On finance la campagne militaire qui l’amène au pouvoir. La  «  communauté internationale » est dans son camp puisque les hautes personnalités des régimes dits démocratiques ont été portées aux pouvoirs par les financements des mêmes personnes. L’on instrumentalise l’ONU pour donner une face légitime à une opération de hold-up politique et financier. On « calme » ceux qui peuvent parler fort. Un pays est arraché à ses légitimes propriétaires (ses citoyens), des contrats sont signées qui ne produisent pas de d’emploi surplace. Le FMI vient financer la reconstruction du pays détruit à des taux d’intérêt qui rendent le pays à jamais prisonnier des institutions financières internationales. Une banque Centrale se met en place comme lors de la chute du régime libyen pour siphonner les ressources financières du pays. Tout le monde gagne sauf le pays en question qui se retrouve avec une dette qu’il ne peut payer. Il n’a pas d’autres choix que de sacrifier littéralement et métaphoriquement sa jeunesse et ses ressources naturelles.

Les africains doivent apprendre à éviter de tels pièges. Ils doivent cesser de rêver qu’ils ont des amis, ils n’en ont pas. Tout le monde profite de leur mise à mort. Il ne faut pas perdre de vue que la Chine et la Russie siègent au comité restreint des 18 de la Banque des Règlements Internationaux (le Vatican de l’escroquerie bancaire), et à ce titre perçoivent des intérêts dans toutes les transactions du FMI. Dans ce combat pour la survie, la seule arme qui peut sauver les Africains est exactement celle qu’ils ont fatalement mise entre les mains de la France, leur souveraineté monétaire. C’est pour cela qu’il n y aura pas de progrès en Afrique francophone tant que nos pays resteront dans le franc CFA.

Paul D Bekima pour le Sphinx Hebdo.

* Communauté Economique et Monétaire des Etats de l’Afrique Centrale

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