La Chine en train de racheter la France ?

La Chine en train de racheter la France ?

Donfeng appelé à la rescousse de PSA Peugeot-Citroën en 2014, le Club Med puis l’aéroport de Toulouse-Blagnac tombé aux mains d’un consortium chinois… Faut-il redouter la prise de contrôle de nos entreprises par les nouveaux géants chinois ? La réalité à ce jour est beaucoup plus nuancée.

Ce fut un véritablecoup de tonnerre. En mars 2014, Dongfeng venait à la rescousse de PSA, le fleuron historique du secteur automobile français. Pour renflouer des finances exsangues, la famille Peugeot acceptait l’entrée dans son capital à la fois du groupe chinois et de l’État français. Quelques mois plus tard, en novembre 2014, un autre groupe chinois, Jin Jiang International mettait 1,4 milliard d’euros sur la table pour acquérir le Louvre Hôtels Group et ses 820 établissements français (Campanile, Kyriad, Première Classe…). En mars 2015, le Club Med était racheté par Fosun, un conglomérat privé de Shanghaï. Un mois plus tard, c’est l’aéroport de Toulouse-Blagnac qui passe sous pavillon chinois (lire page 15). La loi Macron ayant autorisé la privatisation des aéroports de Nice et de Lyon, les plus actifs et les plus rentables de l’Hexagone, on peut s’attendre à ce que d’autres aéroports attisent les convoitises de l’« empire du Milieu », riche de ses 4000 milliards de dollars de réserves de change.

Un raz de marée à relativiser

Ces coups d’éclats, qui témoignent de la puissance financière des investisseurs chinois et de leurs appétits, témoignent-ils d’une prise de contrôle progressive par la Chine de l’économe tricolore ? Une lecture du dernier tableau de bord de l’attractivité réalisé par Business France est éclairant. En 2014, 1014 projets d’investissements étrangers en France ont été recensés. Seuls 45 provenaient de Chine. Celle-ci est distancée par la Belgique et la Suisse, avec 65 investissements chacun, le Japon (66), l’Italie (94), le Royaume-Uni (104), l’Allemagne (168 projets) et les États-Unis qui, avec 234 projets se maintiennent au premier rang des investisseurs étrangers en France.

Le raz-de-marée est donc à relativiser. Bien que diffuse, cette présence chinoise est néanmoins une réalité pour la plupart des secteurs économiques. En effet, les acquisitions et les implantations récentes d’entreprises chinoises sur le sol français témoignent de leur éclectisme. L’industrie, le luxe, l’agroalimentaire, l’hôtellerie les attirent. Même le sport devient une cible. En mai, la famille Peugeot, encore elle, vendait le FC Sochaux – l’un des plus vieux clubs professionnels de football, historiquement attaché au constructeur automobile -, au groupe Ledus, un fabricant d’ampoules établi à Hong Kong.

Alors que le « French bashing » domine l’opinion et que les déclinistes se déchaînent, dans une France encore engluée dans une croissance molle, pour quelles raisons la Chine s’intéresse-t-elle autant à notre pays ? Plusieurs explications peuvent être fournies. Composée en grande partie par des chefs de file européens ou mondiaux, le CAC 40 attire la lumière au point que, selon la Banque de France, plus de la moitié de sa capitalisation boursière est détenue par des non-résidents et notamment des fonds souverains étrangers, les norvégien et qatari en tête.

La qualité de la main d’oeuvre française, un véritable aimant

Au carrefour de l’Europe, la situation géographique de la France est un autre atout. Ainsi, si la société chinoise HYS Mould, un sous-traitant fabricant de moules d’injection, a porté son choix sur Pontpierre, en Moselle, pour sa première implantation européenne, c’est aussi pour pouvoir rayonner chez nos voisins. Lorsque le groupe Rongly de Shenzhen, l’un des principaux producteurs de pièces et de composants pour les industries de télécommunications et de l’automobile au sud de la Chine s’installe à Aulnay-sous-Bois, c’est en grande partie pour développer son réseau de distribution européen.

La qualité de la main-d’oeuvre française agit également comme un aimant. Elle explique en effet la décision, en avril 2015, de Huawei, le chef de file mondial chinois des télécoms d’inaugurer un centre de recherche en plein centre de Paris avec la promesse d’investir plus de 1,5 milliard d’euros en France d’ici à 2018. Certains projets, certains rachats obéissent à des considérations encore plus pragmatiques. C’est notamment le cas dans le domaine agroalimentaire. Outre le secteur viticole (lire ci-dessous), le secteur laitier est tout particulièrement dans le viseur des investisseurs chinois. Il faut bien nourrir les 20 millions de bébés qui naissent chaque année en Chine ainsi que les prochaines vagues de nouveauxnés !

En effet, selon certaines études, avec l’entrée en vigueur de la nouvelle politique sur le deuxième enfant, le nombre d’enfants de moins de trois ans pourrait bondir de 13 % environ d’ici à la fin de 2017. Après l’implantation de l’usine de lait déshydraté du groupe chinois Synutra à Carhaix-Plouguer, dans le Finistère, en plein fief des « bonnets rouges », c’est au tour de la coopérative normande Isigny-Sainte-Mère et la société chinoise Biostime de renforcer leur coopération. En juin, ils ont inauguré leur nouvelle usine de poudre de lait infantile.

Les Chinois bienvenue pour faire reculer le chômage

L’accélération des investissements directs chinois ne touche pas seulement la France. Le rachat par Lenovo de la branche PC d’IBM ou celui de Volvo par Geely le prouvent. Puissance émergente, la Chine part à la conquête du monde, comme les Français le firent au xixe siècle. Si l’on se félicite des conquêtes de Carrefour ou de Danone, il faut bien accepter de subir quelques prises, d’autant plus que le gouvernement y consent avec bienveillance. Certes, certains projets peuvent faire grincer des dents. Le veto d’Emmanuel Macron, le ministre de l’Économie, à la vente de la plateforme d’échanges vidéo Dailymotion au groupe hongkongais PCCW est le symbole d’une certaine irritation qui reste néanmoins une exception.

Tout en espérant la signature de grands contrats, l’exécutif déroule le tapis rouge aux investisseurs étrangers et en particulier chinois afin de l’aider à faire reculer le chômage. Déjà, selon l’Insee, un salarié sur sept travaille dans une entreprise étrangère dans le secteur marchand. En 2014, à elles seules, les implantations chinoises ont créé 960 emplois. À Carhaix-Plougher par exemple, ce sont plus de 150 postes qui verront le jour dans l’usine de Synutra qui sera approvisionnée par un millier de producteurs locaux, bien contents d’écouler leur production après la levée des quotas laitiers. À Châteauroux, ce sont près de 4000 emplois qui seront créés sur le site d’EuroSity, la plateforme logistique du chinois Beijing Capital Land qui verra le jour en 2016 sur d’anciens terrains militaires jouxtant l’exaéroport de l’Otan.

Au regard de l’ensemble de ces éléments, que faut-il retenir ? La Chine est-elle un ogre ou le Père Noël ? Elle est simplement devenue un acteur majeur de la mondialisation. Comme la France. En plus puissante.

Fabien Piliu

Source: LaTribune.fr

About admin

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.