La Côte d’Ivoire à l’épreuve de Ouattara et de la France. Et si Jacque Chirac avait raison? (Par Alexis Gnagno)

La Côte d’Ivoire à l’épreuve de Ouattara et de la France. Et si Jacque Chirac avait raison? (Par Alexis Gnagno)

Président de l’Afrique du Sud en 2000, donc au moment de l’accession du président Gbagbo à la présidence de la république de Côte d’Ivoire, Thabo Mbeki a d’abord été contre l’élection de celui dont le parti, le FPI, a parrainé l’entrée de l’ANC, le parti de Mbeki, dans l’Internationale Socialiste. Il pensait alors que l’élection de 2000 n’avait pas été démocratique et qu’il fallait donc la reprendre, provoquant ainsi la colère du tout nouveau président ivoirien qui dira sur Africa N°1: ” Thabo Mbeki n’est pas ivoirien, donc ce qu’il dit m’importe peu “. Thabo Mbeki était même à Kléber où il assista, sans rien dire à l’humiliation de son homologue ivoirien dont il pensait qu’il n’avait pas été démocratiquement élu. Normal donc !

Mais en 2011, au moment où le président Gbagbo fut contraint par la force de quitter le pouvoir, Thabo Mbeki était l’un des responsables africains qui lui étaient favorables. Il aura donc fallu pour cela l’oeuvre du temps et l’épreuve des faits. Thabo Mbeki qui , de bonne foi, avait accepté de s’occuper du dossier ivoirien, verra plus tard la main de Paris qu’il dénoncera avec des mots à peine voilés dans le journal Le Monde.

Mais cet africain a surtout vu le comportement des africains de la zone Francophone. Après avoir œuvré pour que Ouattara, le chef de la rébellion, soit candidat à l’élection présidentielle, alors que la constitution ivoirienne l’écartait de cette compétition pour ” nationalité douteuse “. Parce qu’il considérait que le président Gbagbo avait fait sa part et qu’il revenait désormais aux rebelles de faire la leur, il fut combattu et trainé dans la boue par des rebelles poussés dans le dos par le pouvoir français. Guillaume Soro ira même jusqu’à l’accuser d’être dans une relation d’affaires avec le président Gbagbo.

Le Chef de l’état français de l’époque, Jacques Chirac y alla finalement lui-même de son grain de sel, qui va un peu plus nous intéresser dans ce débat que j’ouvre. Il dira notamment à l’endroit du président Mbeki: ” Thabo Mbeki ne connaît pas la mentalité de l’Afrique de l’Ouest.”, provoquant du coup un débat houleux, certains africains trouvant en ces paroles la manifestation d’un mépris français. Près de dix ans après, peut-on dire que Jacques Chirac avait tort ou raison ?

Quand le président Gbagbo était au pouvoir, les lignes de la fracture politique ivoirienne étaient assez marquées. En effet, il y avait d’un côté ceux qui soutenaient la république incarnée par le président élu par les ivoiriens, et de l’autre ceux qui combattaient les institutions de la république. Ces derniers, avec l’aide décisive des français, ont fini par mettre au placard la république avec l’installation de Ouattara au pouvoir.

Cette mise au placard des institutions légales et légitimes de la république, a du coup provoqué chez bon nombre d’ivoiriens des comportements divers et parfois inattendus. On a ainsi découvert que les difficultés de toutes sortes créées aux vaincus, la prison ou la peur de la prison, l’exil, la vie facile, la recherche d’un poste ou d’un peu d’argent, ont eu des conséquences sur le comportement de beaucoup de personnes et ont brouillé les repères politiques à tel point que les ivoiriens sont devenus méfiants et voient des traîtres un peu partout.

Dans le monde politique, nous avons assisté à des transhumances qui portent la marque d’une certaine indignité. Nous ne dirons pas les noms des personnes pour ne pas personnaliser ce débat essentiel. Par exemple ce ministre de Gbagbo resté dans le pays sans être inquiété et dont on n’avait plus eu des nouvelles depuis la capture et la déportation de son chef, qu’on découvre tout à coup à un meeting de Ouattara, arborant une chemise à l’effigie de celui est à l’évidence devenu son nouveau mentor. Et il y a comme lui beaucoup d’autres qui ont opéré ce glissement politique, et qui viennent de tous les secteurs de la vie nationale. On les retrouve même dans l’entourage du président Gbagbo. Des ministres de son gouvernement, des hommes de son cabinet, des membres de son parti, des haut gradés de l’armée, dans le monde artistique, etc,

Dans le monde artistique ivoirien, nous avons ainsi vu des artistes, qui ont chanté pour soutenir le président Gbagbo, qui ont pendant des années encouragé les ivoiriens à soutenir le président Gbagbo à travers une production artistique abondante et de qualité, se retrouver dans le camp de Ouattara. J’ai dit que je ne citerai pas de noms.

Dans ce qu’on a appelé la galaxie patriotique, il s’est installé un désordre, et on a vu beaucoup de ceux qui entouraient Charles Blé Goudé changer de camp et se retrouver plus tard comme témoins à la Haye…contre Charles Blé Goudé ! Il y en a aussi qui, alors qu’ils sont totalement valides, se sont même acheté une canne pour imiter un Ouattara convalescent et de retour en Côte d’Ivoire après des soins en France ! Mais on ne dira pas de noms !

Dans la société civile, ceux qui avaient créé des mouvements comme ” J’aime Gbagbo ” (ce n’est pas le nom de quelqu’un hein, donc ce n’est pas considéré comme un nom ) ou ” Deux millions de femmes pour Gbagbo “( c’est celui qui dit le nom de quelqu’un qui cherche palabre) ont disparu des écrans radar ou se sont retrouvés dans l’autre camp.

Même dans le parti créé par le président Gbagbo, il y a eu plus que des tiraillements qui ont conduit à la rupture et à l’exclusion de certains militants, accusés d’avoir trahi pour préserver leurs intérêts personnels.

La tentation d’aller à la soupe est donc partout, et on pourrait multiplier les exemples car il y a eu beaucoup de reniements, un peu partout. Le reniement est même devenu un sport national en Côte d’Ivoire. Dans pratiquement tous les partis, les lignes ont bougé. Au FPI, cela a été déjà dit, mais aussi au PDCI, au PIT, au MFA, etc. Et on constate que beaucoup de ces mouvements ont convergé vers Ouattara, donc vers la France, comme si Jacques Chirac, en disant ce qu’il a dit de Thabo Mbeki, savait que les choses finiraient par se passer comme elles se passent actuellement, que beaucoup finiraient par se retrouver dans la logique du RDR qui place les intérêts de la France avant ceux de la Côte d’Ivoire, pourvu que ce pays européen leur concède des miettes pour le pays que les membres du clan se partagent , et tant pis pour le petit peuple qui devra se débrouiller tout seul.

Nous finirons cependant par une note d’espoir car depuis 2002, il y a aussi beaucoup d’ivoiriens, partout, dans tous les partis, qui sont restés constants, aussi bien dans leur sens de l’intérêt national que dans leur condamnation de la prise du pouvoir par la force, et qui subissent ou supportent avec dignité les conséquences de leur choix, même après la chute du président Gbagbo. Et même s’il n’y a pas eu après l’installation de Ouattara au pouvoir, des départs volontaires du RDR, des ivoiriens ont dit courageusement non à la prise du pouvoir par les armes, en quittant ce parti dès 2002, et n’ont pas changé d’avis depuis. Et c’est sans doute ici et dans la détermination de ceux qui rejettent la situation actuelle et qui en paient le prix que se trouve l’espoir d’un avenir meilleur.

Mais les dégâts sont énormes, et les faits, pris dans leur globalité, semblent avoir donné raison au président français. Comme s’il avait voulu dire à Thabo Mbeki : ” Vous vous fatiguez, monsieur le président, car vous verrez bientôt que beaucoup de ceux que vous semblez vouloir défendre renonceront à ce combat qu’ils disent mener parce qu’ils ne sont pas encore prêts à mener un combat jusqu’au bout. Alors que pour mener un combat contre nous les français, il faut un certain sens du sacrifice, et ils ne l’ont pas. ”

C’est vrai que Jacques Chirac avait parlé de la mentalité de l’Afrique de l’ouest, mais si on prend toutes les institutions de la CEDEAO et même tous les peuples voisins de la Côte d’Ivoire, ça ne change rien à l’analyse que je fais ici, d’abord parce que ce qui se passe en Côte d’Ivoire se passe aussi dans ces pays qui ont marché dans la crise ivoirienne comme Jacques Chirac qui les connait bien « la mentalité de l’Afrique de l’ouest « , voulait et attendait qu’ils marchent.

Bonne journée à tous

Par Alexis Gnagno

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