La Côte d’Ivoire et le temps des empoisonneurs

La Côte d’Ivoire et le temps des empoisonneurs

I –   Les dictatures africaines ont opéré des mutations dans leur manière d’en finir avec ceux qu’elles considèrent comme leurs ennemis. Tous les empêcheurs de tourner en rond. Les militants de la démocratie, des droits de l’homme, les opposants déclarés, les manifestants, les cyber-activistes et tous ceux qui ont la critique facile.

Les temps ont changé. Pendant la guerre d’Algérie la France avait créé des centres de tortures, aujourd’hui ce n’est plus nécessaire. L’assassinat crapuleux du journaliste saoudien. Jamal Khashoggi, est la preuve qu’il y a encore sur cette terre des régimes sans scrupule capables de tuer pour pas grande chose. Arrestation, prison, procès avocats, manipulation de la justice et l’opinion font de vous une victime si non un héros. L’empoisonnement est plus simple et arrange les tyrans de nos malheureux pays africains.

En Afrique les pendaisons, les faux complots, les exécutions sommaires, les arrestations sans motifs, les emprisonnements arbitraires, suivit d’une libération cinq ans après sans avoir été présenté à un magistrat sont des faits tellement courant que les organisations des droits humains totalement débordées n’en parlent même plus.

II – Qu’est-ce qu’un empoisonnement ?

C’est l’action d’empoisonner, c’est un attentat à la vie d’une personne, par l’effet de substances toxiques qui peuvent donner la mort. Quelques soit la manière dont ces substances ont été employées ou administrées et quelle qu’en aient été les suites. L’empoisonnement est un crime et une infraction punie par la loi à la réclusion criminelle.

En Europe dans de nombreux cas d’empoisonnements traités par les tribunaux, on retrouve des substances comme : le monoxyde de carbone, le mercure, l’arsenic, le thallium, le potassium, le collyre ou le cyanure. Mais aujourd’hui il y a des moyens plus sophistiqués de tuer sans laisser de traces. Les services britanniques qui ont travaillé sur les empoisonnements liés à la Russie nous parlent aujourd’hui d’agent innervant de la famille des gaz sarins et surtout du Novitchok.

Il agit sur le système nerveux par inhalation ou par contact sur la peau, entrainant des convulsions et empêchant la victime de respirer. Les scientifiques britanniques, affirment que le Novitchok est si toxique qu’il peut passer à travers la peau et n’a pas besoin d’être ingéré. Comme vous le constatez la capacité de nuisance de l’être humain pour son semblable en allant jusqu’à perfectionner le crime est une réalité de notre monde.

III –   Les empoisonnements en Afrique noire

De nombreux décès après des nausées, des vomissements, des atroces douleurs au ventre, de fortes toux avec des difficultés respiratoires, des éruptions cutanées, des brulures buccales qui s’accompagnent d’un état de choc. Sont des signes évidents d’un empoisonnement. Malheureusement la plupart de nos hôpitaux ne disposent pas de centre anti-poisons et surtout la plupart des familles n’exigent pas une autopsie pour qu’une enquête soit ouverte pour comprendre les causes du décès. C’est ce qui fait la fortune des empoisonneurs qui continuent dans l’impunité leur sale besogne.

Dans les familles, la perspective d’un héritage peu pousser dans les cultures polygames à parfois recourir à l’empoisonnement pour régler le compte d’un prétentieux et probable candidat à une succession issue d’un autre lit. Deux autres méthodes existent dans le champ politique avant d’en arriver à l’empoisonnement. Il y a le Nansi gui, une décoction maraboutique dont l’absorption fait du consommateur un être docile totalement acquit à ta cause. Il suffit de mettre quelques gouttes dans une sauce bien compacte et t’invité à manger.

L’autre méthode est le serment sanguin entre le dictateur et quelques membres de son groupe ethnique. Une incision dans l’avant-bras et on mélange le sang du dictateur avec celui de chacun des membres du serment. On y ajoute de l’eau et tous les participants y boivent en signe de fidélité et d’unité. Une sorte de rite initiatique privée. Cela existe dans les civilisations bantoues, chez les haoussas, les kabiyè du Togo, etc. mais l’apparition du SIDA a stoppé cette pratique.

Quant à l’empoisonnement, les produits diffèrent d’une région à l’autre. En Afrique centrale, les moustaches du léopard mêlés à la boisson ou bien une assiette déjà induit de produits hautement toxiques qui agira en contact avec la nourriture. Cette dernière méthode est très prisée par les empoisonneurs au plus haut niveau de l’état.

En Afrique de l’ouest, la bile de crocodile. Séchée et en poudre, déversée dans la boisson ou mélangée à l’huile de cuisson d’un poison braisé de la viande ou sur des crevettes et des langoustes est d’une grande efficacité. Il ne laisse pas de trace car les douleurs se produisent deux à trois jours plus tard. L’autre façon d’éliminer un opposant politique est de lui mettre une belle fille dans les pattes payée pour l’empoisonner et disparaitre.

IV – Qu’en est-il de la Côte d’Ivoire

Dans un pays ou la mort ne frappe bizarrement que dans le camp des opposants, il y a des précautions à prendre pour ne pas se retrouver dans épidémie, d’AVC, de cancer ou de crises cardiaques sans fin. Demandez à Marcel Zady Kessi, ou à Dagobert Banzio et vous comprendrez l’origine exacte de leur maladie.

La mort de Norbert Kouakou en 1986, est encore dans nos mémoires. L’ancien Directeur de la Caisse de stabilisation, avait rendu l’âme devant le portail de sa maison à Cocody après d’étranges convulsions. Il revenait d’un diner bien arrosé cher un baron du régime. Son décès est resté dans la gorge de ses amis et des membres de sa famille. Sa sœur avait en son temps accusé ouvertement le régime ivoirien de l’époque. Aucune enquête ne fut menée sur les participants à ce repas et les circonstances du décès.

Ne pas se rendre à une invitation de repas ou on insiste d’avoir votre présence. Evitez de prendre les petits fours ou un verre de champagne méfiez-vous du vin. Ne touchez même pas aux jus rafraichissants comme le bissap ou le jus de gingembre. Dite simplement à vos hôtes que vous êtes sous antibiotiques. Repartez après l’apéritif sans passer à table avec les autres invités. Pour ceux qui vivent en Europe, ne touchez pas aux poulets, aux moutons et autres viandes de bienvenue qu’on vous offre pour saluer votre arrivée au village. Vaut mieux les laisser et repartir sans en manger.

La gloutonnerie qui consiste à manger et à boire goulument pour faire plaisir aux hôtes doit être évitée. Être sobre et faire acte de présence. C’est au repas, dans la boisson et les femmes qu’on liquide les politiciens imprudents qui veulent jouer aux empêcheurs de tourner en rond. Ne touchez jamais une assiette pleine de viandes et de poissons que vous n’avez pas choisi vous-même. Ne touchez pas à votre verre au retour des toilettes.

Ceux qui s’engage dans la vie politique africaine avec leur liberté de penser et d’agir sont en danger. Ils sont des morts en sursis. Les dictateurs considèrent comme irrévérencieux toute liberté de penser sans leur avale. Argumenter pour les contredire dans un conseil des ministres signe votre mort. Vouloir vous opposez au tribalisme dans un gouvernement à la solde de l’ethnie du chef de l’état est la mort assurée.

Vouloir lutter contre la corruption, Plaider pour la justice sociale dans le pays et défendre la souveraineté nationale devant un tyran à la solde d’une tierce puissance est un rêve. Voilà pourquoi de nombreux ministres entre au gouvernement pour se taire. C’est ce qui explique le mutisme de cadres brillants qui sont devenus muets dans le gouvernement de leur pauvre pays.

Les dictatures ne pouvant plus se livrer à des pendaisons publiques comme au Fare West. Préfèrent maintenant te jeter en prison et empoisonner ton repas à petite dose pendant des mois. Tu deviens un homme malade, un zombie et physiquement diminué. C’est à peine tenant sur tes deux pieds qu’on te libère. Le Cas de Samba David est sous nos yeux. Il était en bonne santé au moment de son arrestation. Aujourd’hui il souffre d’insuffisance cardiaque et d’hypertension. Dans un état sanitaire critique.

Blé Charles, fut jeté en prison en pleine santé, c’est dans la maladie qu’il fut libéré et ne retrouva plus la santé, il est mort dans des conditions jusqu’ici non éclaircies. Le cas mystérieux du Général Edouard Kassaraté nous interpelle. Le cas du Général Gaston Ouassénan Koné, est justement devant nous. Parti à Korhogo pour représenter le président Henri Konan Bédié aux obsèques de son frère et ami Tenena Victor, il fut pris de convulsions, sont évacuation d’urgence à Paris à l’hôpital américaine de Neuilly, lui sauva la vie.

La création au moins d’un centre antipoison à Abidjan et à Yamoussoukro. Qui doivent être des établissements hospitaliers de prises en charge des personnes empoisonnées. Qui apporte son assistance et donne des informations scientifiques aux hôpitaux et aux centres de santé sur la toxicovigilance. Avec du personnel spécialisé.

Médecins, laborantins, biologistes, chimistes, infirmiers, infirmières, une unité d’hospitalisation, des laboratoires de toxicologie et une pharmacie pourvue de médicaments d’urgences qui ne doivent pas manquer. Un tel établissement ne doit pas être un rêve pour les ivoiriens. La mort d’Ernesto Djédjé, dans les conditions que nous savons tous, montre qu’on aurait pu le sauver à Yamoussoukro si un tel établissement existait sur place.

V – Postulat de conclusion générale

En Novembre 1988, le premier ministre Belge, Wilfried Martens, effectua une visite officielle dans le Zaïre de Mobutu. Au cours du diner officiel qui clôtura cette visite tous les observateurs avaient remarqué que le premier ministre Zaïrois de l’époque Sambwa Mpinda Bagui et son ministre des affaires des affaires étrangère Nguza Karl Ibong, ne touchaient point au repas et faisaient grise mine devant l’abondance de viande et de poissons du fleuve Congo grillés à l’huile de palme, accompagnés de légumes frais et du riz succulant des plaines fertiles de la région volcanique du Kivu. Sambwa invoquait son ulcère d’estomac et Nguza son régime strict et ses problèmes de foie. En réalité les deux hommes craignaient bel et bien d’être empoisonnés.

Du cyanure sur une friture de poisson ou du venin de serpent provenant de l’ile d’Idjwi en face du Rwanda et adieu à la vie. Un invité qui avait pris la précaution de changer son verre et son assiette avec ceux de son voisin fut témoin de la mort de ce dernier deux jours après dans des atroces douleurs d’estomac.

Personnellement je ne croyais pas à toutes ces histoires d’empoisonnements à la table de Mobutu jusqu’à ce que je tombe sur la déclaration de la belle, Wivine Nguza, l’épouse de l’ancien ministre des affaires étrangères, Jean Nguza Karl Ibong. Qui du jour au lendemain était devenu un farouche opposant à Mobutu. Il publia un ouvrage célèbre : Mobutu ou l’incarnation du mal zaïrois.

Son épouse qui est la fille de N’Landu un des grands chefs du bas Zaïre et cofondateur de l’ABACO, l’un des premiers partis nationalistes du pays. Cette femme qui fut l’amie de Mobutu fait un témoignage qui mérite une place de choix dans l’anthologie de la bassesse africaine : «le président m’avait poussée à épouser Nguza, pour que je puisse l’informer sur ses faits et gestes, les opinions de mon mari. Lorsque Nguza fut considéré comme un danger pour le président, il me demanda d’empoisonner mon époux. Conclut Wivine, Comme j’aime mon mari j’ai pris son parti et je lui ai tout raconté».

Cette déclaration fut publiée par les journaux de Kinshasa du vivant de Mobutu et elle ne fut pas contredit par le puissant Maréchal du Zaïre. La belle Wivine menaçait de faire d’autres révélations et il était mieux de garder le silence.

Bassesse, ignominie et forfaiture, Voilà ou le pouvoir crapuleux de nos dictatures criminelles africaines peut conduire ceux qui mangent à leur table. Aux courtisans, aux mangeurs de tous poils et à ceux qui se rapprochent de la mangeoire avec gloutonnerie comme les animaux dans une étable, pour participer à la bamboula sur les ruines de la nation.

C’est ici que je m’arrête avec vous, car finalement malgré vos richesses, vous n’êtes rien du tout, pitoyables et minables gens. Nous sommes ici pour vous rappeler au cas où vous l’avez oublié, qu’il y a des hommes féroces cruels, stupides et sans morale. Revêtus du pouvoir, ces hommes tuent et pillent leur pays et les plus faibles de leur population. C’est la lie des tyrans vulgaires. Ceux qui mangent à leurs tables se croient protégés. Justement c’est là que se trouve le lieu de leur rendez-vous avec la mort.

Merci de votre aimable attention.

Dr Serge-Nicolas NZI

Chercheur en communication

Lugano en Suisse

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