La CPI et la pagaille des témoins en vidéoconférence

La CPI et la pagaille des témoins en vidéoconférence

Un nouveau témoin est apparu au procès de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ce lundi 5 décembre à la Cour pénale internationale (CPI). Mais avant cela, P117 a pu terminer sa déposition à huis clos, malgré quelques cafouillages.

La disparition momentanée d’un témoin de l’accusation a provoqué des chamboulements de planning ce matin à La Haye. P117 « n’est pas là où il devrait être », a d’emblée déploré le président de la Chambre à l’ouverture de l’audience. Ce « témoin vulnérable », qui déposait depuis Abidjan par vidéoconférence, a eu en effet beaucoup de retard.

Avant que ne soit ajournée l’audience en attendant son arrivée, les équipes de défense de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé en ont profité pour présenter une requête concernant le prochain témoin. Elles réclamaient la levée des expurgations dans sa déposition écrite, afin d’avoir accès au nom et à la fonction de la personne qui l’avait aidé à remplir la demande de participation à la procédure. La défense estime en effet « indispensable » de connaître « le rôle, l’impact » des intermédiaires pour les témoins victimes. Et ce, afin de déterminer « dans quelle mesure le témoin s’exprime spontanément, sans qu’on lui souffle ». Mais cette requête a été rejetée par la Chambre, au motif qu’elle compromettait les enquêtes futures et la sécurité des intermédiaires.

Nouveau témoin à la barre

En fin de matinée, P117 est finalement arrivé à destination et a pu poursuivre sa déposition, toujours à huis clos total. Il a fallu attendre le début de l’après-midi pour que se rouvrent les rideaux de la salle d’audience et qu’un nouveau témoin fasse son apparition, à visage découvert cette fois. Avant même le début de son interrogatoire, Monsieur Sanogo Broulaya pris la parole pour exprimer sa détresse. « J’ai tout perdu avec la guerre », a-t-il expliqué au juge-président, avant de commencer à répondre aux questions du bureau de la procureure.

Sans revenir sur le récit du témoin, arrêté le 16 décembre 2010, lors de la marche sur la RTI, l’accusation a présenté quelques documents pour appuyer ses dires. Parmi eux, un billet de sortie de la MACA, sur lequel figure le nom du témoin. Interrogé sur les conséquences de cet incident, Sanogo Broulay n’a pas caché son émotion. Il a raconté avoir été « déshabillé et tabassé » et être « tombé gravement malade » à la suite de cela. « J’ai vu des choses que je n’ai jamais vu », a-t-il encore déploré, énumérant les souffrances physiques et mentales que cette expérience avait engendrée, « blessures sur le corps, problèmes de peau et cauchemars » et ce alors qu’il n’avait « aucun moyen de (se) soigner ».

Le témoin prévenu de la marche par un ami du RDR

Très vite, la défense de Laurent Gbagbo a pris le relai pour interroger ce témoin. Emmanuel Altit, avocat principal de l’accusé, a voulu en savoir plus sur le contexte dans lequel le témoin s’était rendu à cette marche. Sanogo Broulay, qui vivait à l’époque de petits boulots, a expliqué ne faire partie « d’aucun groupe politique », n’avoir même « jamais voté ou assisté à un meeting ». Selon ses dires, c’est une connaissance de son quartier de Treichville qui lui aurait parlé de cette marche. Le dénommé Fofana Chiaka, militant du Rassemblement des républicains (RDR), « battait campagne avec les politiciens », a raconté le témoin. Comme il n’avait « rien à faire » ce jour-là, Sanogo Abdoulaye aurait décidé, de façon « imprévue » de se rendre à Cocody avec deux de ses amis. « Pour aller voir, pas pour participer », a-t-il insisté.

Par Camille Dubruelh

Source: Ivoire Justice

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