La face cachée du colonel Abdoulaye Aziz Ndaw, auteur du brûlot sur la Gendarmerie sénégalaise

La face cachée du colonel Abdoulaye Aziz Ndaw, auteur du brûlot sur la Gendarmerie sénégalaise

A 59 ans, l’auteur du brûlot sur la Gendarmerie nationale est un ange pour les uns, un démon pour d’autres. Jamais autant un gradé de la gendarmerie n’a occupé les feux de la rampe à ce point. L’Observateur a tenté de pénétrer la vie de ce colonel à travers des témoignages et des passages contenus dans son livre.

 Il n’est pas à une anomalie près. Son livre, d’abord, qui fleure bon le quiproquo fâcheux et divise la rue publique. Fallait-il révéler les secrets abscons de cette institution de référence qu’est la gendarmerie ? Fallait-il sauvegarder l’honneur de ce corps en dénonçant ces tares ? Chercher la vie du colonel Abdoulaye Aziz Ndao sous l’imprécation : noble dessein. Son entourage aux Hlm Fass Delorme jurant qu’il est honnête, très famille, généreux. Mais sur son livre : «Pour l’honneur de la gendarmerie», un pamphlet «virulent» de deux Tomes contenus sur 468 pages, le colonel Ndaw dégaine sans sommation sur sa hiérarchie, mais cajole aussi sans pudeur.

En bon soldat, il vous tend la carotte d’une main et vous tape sur les doigts avec un bâton de l’autre. Avec les échos que ce livre a suscités, certains ont vite fait de parler de jalousie et de déballage inutile, d’autres ont convoqué la folie pour clouer au pilori le colonel Ndaw. Lui n’entend pas polémiquer avec ces bien-pensants, mais n’accepte pas sa mise à mort orchestrée depuis le sommet de l’Etat. «Je me soucie très peu de ce qu’ils pensent et de ce qu’ils feront. J’ai besoin de dormir et de regarder mes interlocuteurs en face. J’ai besoin de savoir que personne, aujourd’hui, demain et dans mille ans, ne dira à ma lignée : votre ascendant a fait ceci ou n’a pas fait cela. Ce besoin est plus fort que la discipline, mon honneur est en jeu. Autant j’ai risqué ma vie pour la défense des intérêts nationaux, autant je défendrai avec toute l’énergie requise mon honneur et mon nom», écrit-il dans son livre publié par les éditions Harmattan.

Le colonel décroche son Bac série C avec 19 en Maths et 17 en Sciences physiques

A 59 ans (il est né le 16 janvier 1955), ce quinqua au visage en couteau, physique frêle se porte comme un charme, malgré les heurts de son existence, sa carrière faite d’à-coups, le suspense de ses virages et les revirements inattendus se fondant sur ses combats personnels. On est en 1975, potache brillant du Prytanée militaire de Saint-Louis, le jeune Abdoulaye Aziz Ndaw stature de jeune premier, la tête farcie d’ambitions, s’apprête à passer son Bac série C. Mais accompagné de sa mère, il fait une rencontre inédite avec un Mbacké-Mbacké. Ce jour-là, chez le marabout à Touba Yeumbeul, Serigne Abo Madyanah Mbacké lui lit son avenir devant des fidèles médusés. Le jeune Abdoulaye Ndaw, couvé par sa maman, a 20 ans d’âge. Il ne sait encore rien de la vie. Mais il connaîtra beaucoup de sa vie à venir quand le marabout se lance dans une prédiction qui rend transis les fidèles. Selon lui, le jeune Abdoulaye Niang aura son Bac, qu’il aura l’embarras du choix pour les bourses d’Etat et lui fournit mille et un détails.

Quelques jours plus tard, le colonel décroche haut la main son Baccalauréat. «J’eus mon Bac avec facilité, 19 en Maths et 17 en Sciences physiques. Les Sciences naturelles limitèrent la portée de la mention pour une confusion impardonnable entre cellule animale et cellule végétale. Mon professeur de Maths, Monsieur Crouzet, vint jusqu’à Dakar chez mes parents pour me féliciter. Les bourses suivirent comme prédit par le marabout, quatre bourses pour la France, une pour la Roumanie, une pour la Russie et une pour la Pologne. Je fus admis à l’Ecole Militaire de Santé avec trois autres camarades : Falou Diagne, le brillant Thierno Seydou Nourou Ly et Mouhamadou Mbacké : dont je n’aurai plus jamais de nouvelles», argue-t-il sur son livre. Le Bac en poche, le jeune Ndaw a du mal à trouver sa voie. Ses choix de carrière sont un casse-tête pour sa famille. La fratrie est presque au bord de la rupture. Malgré moult tiraillements, ce sera la gendarmerie. Sa mère, Khady Birame Senghène Ndiaye, en a décidé ainsi. Alors, va pour les pandores ! Il intègre la première cuvée des «Gendarmes auxiliaires élèves officiers» (Geao). Ces élèves officiers faisaient des cours de Droit pour l’obtention du diplôme de Premier cycle à la Faculté de Droit de l’Université de Dakar.

A la fin de la formation, Abdoulaye Aziz Ndaw sortit, après deux années, différents diplômes : «Le CAT2 en novembre 1975, le CIA en mai 1976, le diplôme de MDL en septembre 1976, le DEUG en juin 77 et l’OPJ en juillet 77. Ces différents diplômes nous ouvraient la voie des études en France dans la prestigieuse Ecole des Officiers de la Gendarmerie de Melun.» Mais le Colonel ne verra pas la France aussitôt. Plutôt, il verra le trou noir de la prison pour une punition pour n’avoir pas accepté de figurer dans la formation accélérée qui devait sanctionner la vie des futurs officiers sénégalais. Une race qui faisait défaut à cette époque-là au Sénégal.

L’homme est un rebelle qui s’ignore, un écorché vif qui ne renie jamais sa vérité au profit de l’autre. L’énigmatique et le flegme légendaire du général Wally Faye ne l’ont pas intimidé au point que, quand il s’est agi pour les jeunes officiers de le saluer, tout le monde ou presque a fait profil bas. A l’exception de l’officier Abdoulaye Ndaw. Ce que le GGénéral prit pour un acte de défiance. Puis au cours de l’année 1977, le Maréchal de Logis s’envole enfin pour la Seine et Marne en France. Il ne remet les pieds au Sénégal que pour intégrer le cercle restreint de la crème des officiers sénégalais de la gendarmerie. Il est dans une unité commandant 150 hommes, il est instructeur à la Légion de gendarmerie, à l’Ecole nationale des officiers d’active, il fait quelques incursions en Gambie, en Sierra Leone, il fait des piges à la Direction de la Documentation et de la Sécurité Extérieure du colonel Pape Khalil Fall, il se montre intransigeant dans son job d’officier.

Puis, il intègre le Centre national de coordination et d’animation du renseignement (Cencar). Là, le gendarme à la retraite Gorgui Mbengue ne tarit pas de qualités sur son supérieur hiérarchique de l’époque. «Il était chef de division, il coordonnait tous les renseignements. Mais c’était quelqu’un de déterminé, très proche de ses hommes. C’est un homme de vérité qui ne badine pas avec la légalité. Et il bénéficie d’un grand capital sympathie au sein de la Gendarmerie nationale», explique ce gendarme retraité. Un ange passe. L’homme poursuit son ascension et, suprême consécration, il devient lieutenant-colonel.

«Le colonel a été marqué par le décès de son père»

Auparavant, l’homme sera marqué par le décès de son père et l’hommage reçu de la Nation. A l’époque, le colonel Abdoulaye Aziz Ndaw déborde d’énergie, une carrière militaire exceptionnelle lui est promise. Il est conseiller technique du Premier ministre, la mort brutale de son père, commerçant mouride réputé, qui a fait ses affaires dans le béton, a fait craqueler sa dure carapace de militaire. «Aziz a été marqué par le décès de son père, sous les dehors de sa rigidité, l’homme est un sentimental capable facilement de craquer pour un rien», témoigne un de ses proches. Ce jour noir de 1998 pour la famille Ndaw, le père du colonel est convoyé à Touba sous escorte exceptionnelle. «Cette mort sonna le glas définitif de mes relations avec les Services de renseignement. Le 27 mars 1998, je conduisais le quatrième contingent sénégalais en Bosnie-Herzégovine», avoue le colonel dans son livre. Et puis, le temps faisant son œuvre à la suite du départ du général Pathé Faye du commandement de la gendarmerie en 2005.

Le Président Wade nomme Abdoulaye Fall qui fait aussitôt appel au colonel Abdoulaye Aziz Ndaw, pour qu’il soit son second. Un binôme qui va éclater en 2007, suite à des accusations de prévarications financières portées contre le colonel Ndaw. La suite, on la connaît : cet officier à cheval sur les principes se sent souillé. On lui retire tous les privilèges liés à sa fonction, on l’accuse de tous les péchés d’Israël et on ne lui donne même pas la possibilité de se défendre. Alors, l’homme «humilié» devant sa troupe crache du venin sur les magouilles de sa hiérarchie qui l’a pris de gallons de Général pour la postérité. Il couche sur papier un livre intitulé : «Pour l’honneur de la gendarmerie.» D’anciens gendarmes l’accusent d’être un démon. Descendu ex nihilo pour tuer la réputation de ce corps prestigieux de la gendarmerie. D’autres lui dressent une statue de héros, capable, tel Zorro, de sauver le peuple des Pandores. Mais l’homme n’est que le fruit de son environnement. En attendant de savoir où se trouve la vérité, sa famille de toujours se laisse escorter par tous les bruits que le brûlot du colonel laisse choir. Dans une rue décrépie des Hlm Fass, se dresse la demeure familiale des Ndaw, un immeuble à deux étages. A l’intérieur d’une chambre où photos du passé et du présent sont placardées. Khady Séguène Ndiaye, la maman du colonel Ndaw, posture assise, gagnée par l’âge avancé, ne veut pas ajouter à la polémique déjà grandissante du livre de son fils.

Sa mère : «Mon fils a toujours inscrit ses actions dans la vérité»

Tout juste consent-elle à polir l’image de son enfant. «Il ne m’a jamais fait honte. Je suis satisfaite de lui et il n’a pas à s’inquiéter outre mesure. Car, il a toujours inscrit ses actions dans la vérité, il n’a jamais dévié du droit chemin», concède-t-elle. La mère du colonel n’en dira pas plus. Sinon de convoquer le Bon Dieu pour assister son fils. Dans ce silence bavard, la petite nièce Aminata Diakhaté y va de son anecdote pour raconter à sa manière le côté  famille de son oncle. «Un jour, j’étais partie au travail, mon mari itou. Mon fils a eu un accident et mon oncle, le colonel est tombé sur le choc de mon fils, c’est lui qui s’est occupé entièrement des frais de scanner, il a dépensé en tout 200 000 FCfa, sans m’en piper mot. Quand je suis rentrée du boulot, je suis restée bouche bée. C’est un homme de valeur qui met sa famille au-dessus de tout», témoigne-t-elle. Aux Hlm Fass, le colonel a toutes les vertus et non tous les défauts. Pourtant, chez ces détracteurs qui occupent les réseaux sociaux et les sites Web, on lui taille facilement les traits d’un alcoolique, d’un homme à femmes… Ce que ces proches nient. Le colonel préfère, dans son livre, le dire à haute et intelligible voix : «Je suis digne et fier.»

Source: L’Observateur (Sénégal)

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