La justice est incompétente dans les affaires internes du FPI: Affi s’est donc pendu politiquement pour rien

La justice est incompétente dans les affaires internes du FPI: Affi s’est donc pendu politiquement pour rien

Partout dans le monde, les partis politiques sont des associations privées et à ce titre ont un statut ou bénéficient d’un statut très spécial. Surtout que politique et justice ne font pas ou font rarement bon ménage. Si politique et justice faisaient bon ménage, et si la justice pouvait se mêler de ou même accepter toutes les affaires émanant ou provenant du domaine politique, Alassane Dramane Ouattara serait en prison, probablement à perpétuité. Son épouse serait en prison. Son semi-analphabète ministre de l’intérieur qui torture et emprisonne tous les opposants serait en prison. Son président de l’Assemblée Nationale serait en prison. La plupart des chefs militaires de son armée seraient en prison. La majorité écrasante des dirigeants de son parti politique serait en prison, ainsi que ses ministres issus de ce parti. Même son ministre de la justice serait en prison. Et la liste ne s’arrête pas là ; il ne resterait pratiquement personne dans le camp Ouattara en liberté pour gouverner. Alors vous voyez pourquoi politique et justice ne font pas bon ménage ? Et pourquoi la justice se mêle très rarement des affaires politiques ?

Aujourd’hui il n’y a qu’en Côte d’Ivoire sous le régime autocratique, despotique, de tyrannie et dictature pure, dure et absolue d’Alassane Ouattara qu’on voit toutes ces choses-là, qu’on ne voit nulle part ailleurs dans le monde. Imaginez un seul instant si la justice devait accepter toutes les plaintes et tous les dossiers à base et/ou à caractère politique dans le monde. Imaginez des plaintes sur la base des conflits politico-militaires ou les insurrections populaires ayant occasionné des milliers de morts en Iraq, Syrie, Afghanistan, Pakistan, Yémen, Bahreïn, Libye, Égypte, Tunisie, Ukraine, etc. Ce n’est pas un hasard ou de la mauvaise foi si les Africains disent que la CPI en Hollande est une cour politico-coloniale. C’est difficile, inefficace, contre-productif et politiquement idiot, voire suicidaire, d’utiliser la justice à sens unique et à géométrie variable pour régler des problèmes politiques qu’on peut résoudre politiquement.

Imaginez encore un seul instant que tout pouvoir politique dans le monde puisse utiliser sa justice pour contrôler et imposer son diktat à son opposition ? Où serait la démocratie ? Sinon que deviendrait-elle ? Autant y renoncer et retourner officiellement à la dictature et à la vie dans la grotte partout dans le monde. Imaginez que François Hollande ait utilisé la justice française pour empêcher le retour de Nicolas Sarkozy en politique, à fortiori à la tête de l’UMP en vue d’une nouvelle candidature aux présidentielles de 2017 ? Imaginez que Barack Obama ait essayé d’utiliser son ministère de la justice pour désorganiser, désorienter et dépecer le parti républicain avant les élections sénatoriales et de la chambre des représentants de Novembre passé où les républicains ont tout raflé et repris le contrôle entier des deux chambres ?

Un vrai démocrate n’utilise pas son ministère de la justice pour terroriser son opposition qu’il ne maîtrise pas. Alassane Ouattara paraît de plus en plus frileux et tremblotant à un an des élections présidentielles de 2015 en Côte d’Ivoire, et ses actions de plus en plus désillusionnées et désenchantées deviennent comminatoires et inquiétantes quand on sait que tout le pays prie pour des élections transparentes, démocratiques, ouvertes à tous, crédibles, mais surtout pacifiques et apaisées. Mais comment avoir des élections apaisées quand le doigt du chef suprême des armées sur la gâchette a la trouille déjà et tire dans tous les sens à un an des élections ? Surtout que les cadres du PDCI refusent la mort de leur parti avec « l’oraison politique de Daoukro » et les candidatures dans le parti de Nanan Boigny poussent comme des champignons. Avec chaque nouvelle candidature du PDCI et l’insoumission continue du FPI comme un serf rebelle, Ouattara devient de moins en moins serein nonobstant ses farces publiques dans les journaux faisant croire le contraire. Il voit progressivement le pouvoir lui échapper en 2015 et qui peut dire si la dernière ligne de défense, la commission électorale de Youssouf Bakayoko pourra rééditer son forfait de 2010 contre des candidats de son allié le PDCI.

En tant que juriste, je vois à peine trois cas où la justice peut se mêler des affaires internes d’un parti politique qui est une association/organisation privée à caractère très spécial, qui obéît à ses propres lois et à son propre règlement intérieur, tant que ces lois et ce règlement intérieur ne contredisent pas des provisions des lois de la nation : 1. Le cas le plus facile, les textes et le règlement intérieur du parti permettent à ses membres ou leaders de saisir la justice en cas de litige, et les textes doivent être clairs et sans ambiguïté sur le genre et la nature du litige et la capacité à saisir la justice ; 2. Toutes les parties sont d’accord pour soumettre leur différend à la « sagesse » de la justice. Je choisis bien mon mot ici et je parle de « sagesse » de la justice parce-que cela présuppose une ambiance normale dans le pays, et il y a un climat de confiance totale entre l’opposition et le pouvoir. Ce qui clairement n’est pas le cas ici, car quelle opposition en bonne santé mentale va utiliser le mot « sagesse » pour décrire le ministère de la justice d’un gouvernement qui a renversé son pouvoir par les armes, et dont le ministre de la justice est lui-même un ancien leader de la rébellion ; 3. Le conflit entre les membres du parti concerne ou implique, entièrement ou partiellement, des provisions des lois nationales, ou bien il y a violation, entièrement ou partiellement, des provisions des lois du pays, ou bien des textes à la base du litige au sein du parti violent entièrement ou partiellement des provisions de lois de la nation.

Tous ces différents scenarios confèreraient une certaine autorité à la justice si elle est saisie, ou elle peut elle-même de sa propre initiative s’autosaisir de l’affaire bien que ce soit une affaire interne au parti. Quelques exemples simples pour illustrer ce que je dis : si des textes du FPI disent qu’on peut rejeter votre candidature à un poste au FPI parce-que vous êtes dioula ou du Nord, très clairement ces textes seraient en contradiction avec les lois ivoiriennes contre la discrimination. Alors automatiquement vous pouvez saisir la justice car aucun règlement interne d’une organisation, même privée, ne peut être au-dessus des lois nationales. S’il y a malversation financière, détournement de fonds, etc, c’est automatiquement une affaire qui relève de la compétence de la justice nationale car voler est illégal et constitue dans la plupart des cas une violation d’un article ou une provision du code pénal, sauf si personne au sein de l’organisation ne saisit la justice et l’organisation choisit délibérément de laver son linge sale en famille. Toute autre violation d’une provision des lois nationales confère une certaine autorité à la justice nationale.

De tous les cas et exemples précités supra qui inviteraient une justice nationale dans les problèmes internes d’un parti politique, de surcroît le seul et principal parti d’opposition dans le pays, je n’en vois pas un seul qui s’applique au cas actuel du FPI. Je n’ai pas entendu parler d’un texte du FPI qui viole les lois de la Côte d’Ivoire. Je n’ai pas entendu parler d’une provision des textes du FPI qui octroie à un membre du parti la capacité juridique de saisir les autorités judiciaires du pays en cas de conflit interne, ou confère aux autorités judiciaires le pouvoir de se mêler et trancher. Je n’ai pas non plus entendu dire que toutes les parties en conflit avaient donné leur accord de principe pour soumettre leurs différends à la justice de Ouattara et accepter le verdict final.

À contrario ils insistent pour dire que c’est une affaire politique interne à un parti politique qui ne regarde pas la justice. Ailleurs dans le monde, la justice se serait déclarée incompétente pour juger cette affaire, et aurait en conséquence déclaré la plainte désespérée d’Affi N’Guessan irrecevable. Une vraie justice connait ses limites, et aucune justice au monde ne peut imposer un leader à un parti politique. Pas plus qu’on ne peut imposer un époux à une jeune femme dans une société libre. Mais comment expliquer toutes ces choses relevant du droit et d’une société de droit et d’équité juridique à un gouvernement rempli de pseudo-intellectuels et semi-analphabètes violents, tous issus d’une rébellion armée ??? C’est comme essayer d’expliquer un théorème de Pythagore, les méditations cartésiennes ou les théories doctrinales de Kant identifiant la raison comme source de la moralité à une prostituée à la Rue Princesse avant de passer à l’acte.

Ouattara est un « cabri mort » comme on dit à Abidjan, il n’a rien à perdre mais tout à gagner à faire des manœuvres les plus impensables et les plus anti-démocratiques possibles pour ne pas perdre le pouvoir. Tout le monde sait qu’il a fait la guerre et tué pour prendre le pouvoir, donc c’est quoi casser son principal parti d’opposition en comparaison pour ne pas perdre, après seulement quatre ans de règne, ce pouvoir obtenu de dur labeur et après dix ans de guerre et de rébellion.

Moins d’un mois après la chute de son parrain Compaoré, tous les dossiers et squelettes vieux de près de trois décennies sortent des tiroirs. Certains demandent son extradition pour l’enfermer au Burkina, d’autres réclament son transfèrement à la CPI. Mais tous réclament justice. Tous ces nombreux dictateurs africains, dont Alassane Ouattara, qui sont venus au pouvoir et qui ont tué comme Blaise Compaoré suivent avec grand intérêt tout ce qui se prépare contre lui après sa chute. Après Compaoré, ils ont tous vu qu’ils risquent de se faire chasser du pouvoir par des adolescents comme à Ouaga s’ils refusent de partir. Mais pourquoi pensez-vous qu’ils s’accrochent presque tous au pouvoir malgré tout ? Leur logique est simple, ils se disent : « Si je pars volontairement, tôt ou tard ils trouveront quelque chose pour m’accuser et me parler de CPI. Autant que je m’accroche et que j’essaie de conserver le pouvoir par la force. Si ça marche, je reste à mon poste, je meurs au pouvoir et je n’aurai jamais à m’inquiéter d’être poursuivi comme Compaoré. Si ça ne marche pas et qu’on me chasse, j’attendrai leur convocation à la justice comme Compaoré. Mais en tout cas s’accrocher et ne pas abdiquer volontairement paraît la meilleure option ».

Blaise Compaoré est inquiété pour quelques assassinats et complicités dans des rebellions ; on lui en laisse l’insomnie et le sommeil troublé. Imaginez si Ouattara tombe, non seulement lui-même, mais tout le RDR et le RHDP seront inquiets, et ne dormiront pas la nuit. Ouattara demeure donc dans sa même logique : « on a tué pour prendre le pouvoir, et on fera tout pour ne pas le perdre, surtout que Bédié ne maîtrise pas son parti et ses éléments commencent à annoncer sauvagement des candidatures partout au lieu de danser au son de l’appel de Daoukro ». Quand les mouvements de démocratie sont arrivés dans son pays, feu l’ancien président Gnassingbé Eyadema du Togo ne le cachait pas ; il disait qu’il a tué pour prendre le pouvoir mais des gens lui parlent de démocratie, on lui demande d’organiser les élections et remettre le pouvoir avec un stylo. Voici comment raisonne le dictateur Africain typique. Ouattara et le RDR sont en ce moment dans cette logique sordide, autodestructrice, et à fond dans la politique de la terre brûlée.

Le plus gros perdant dans cette affaire, c’est Monsieur Pascal Affi N’Guessan. Il aurait voulu se suicider politiquement qu’il ne se serait pas pris autrement. Je n’ai plus aucun mot pour cet homme, que j’admirais pourtant autrefois, et je ne ressens aujourd’hui que de la pitié à son égard. C’est un homme politiquement fini, mort. Il sera le plus grand de tous les clochards politiques errant en Côte d’Ivoire – vous allez voir. Et pourtant il avait, comme Mamadou Koulibaly en son temps, de réelles chances de devenir Président de le République un jour. Le seul mot magique était « la patience », et laisser les choses continuer à se faire et se mettre en place seules. Mais hélas ! Mille fois hélas ! Ils étaient plus pressés que la musique, et ils ont mis la charrue avant les bœufs.

Aussi n’ont-ils pas compris que le nom Gbagbo Laurent déplace des montagnes dans le paysage politique ivoirien – Gbagbo Laurent est et sera pendant longtemps encore pour ses partisans et pour le FPI ce que Houphouët est pour le PDCI. Plus de vingt ans après sa mort, tous ceux qui ont eu simplement à serrer la main d’Houphouët-Boigny utilisent son nom comme fonds de commerce parce-que ça rapporte. En Afrique du Sud, tous se réclament de Mandela. En France, ils veulent tous être gaullistes. Et c’en est ainsi dans presque tous les pays où il y a des figures emblématiques nationales qui ont pris le temps de se bâtir et de bâtir une carrière et une légende politique.

Dans cinquante ans, le PDCI parlera toujours d’Houphouët, l’Afrique du Sud parlera de Mandela et le FPI parlera avec fierté de l’histoire et du parcours de Gbagbo Laurent d’autant plus que les États-Unis parlent encore aujourd’hui et souvent de leur premier président George Washington qui a combattu les Anglais pour l’indépendance du pays, et dont ils sont si fiers du parcours. Dans vingt, trente, quarante ou cinquante ans, le RDR parlera de quoi ou de qui ??? Les tueries de Duekoué, Guitrozon, Nahibly ? Les villages ivoiriens qui ont disparu de la carte ? Les danseuses d’Adjanou ? Marcoussis ? Les tueries devant l’Ivoire en Novembre 2004 ? Les gendarmes désarmés puis massacrés froidement à Bouaké ? Les guerriers de la lumière de Soro Guillaume ? Alassane Ouattara ? Ils parleront de quoi ???

L’héritage de Ouattara sera lourd, très lourd à porter comme le cercueil d’un sorcier. Et qui voudra porter ce cercueil ? Qui voudra porter et parler de l’héritage politique d’Alassane Ouattara si tâché et parsemé de sang tout au long du chemin ??? On a prévenu depuis le début que tous ceux qui suivent Alassane Ouattara sont du mauvais côté de l’histoire, comme lui-même. Quand on dit l’histoire, on ne parle pas de maintenant, et on ne parle pas des magouilles et procédures abominables à la CPI qui salissent Gbagbo Laurent et présentent Ouattara comme un agneau. Il a fallu vingt-sept ans pour innocenter et blanchir Mandela, et faire de lui l’ami du monde entier. Vingt-sept après aussi, l’histoire rattrape Blaise Compaoré et il n’échappera pas. C’est cela l’histoire, le tribunal infaillible du temps et de l’humanité.

Le nom de Gbagbo Laurent peut vous conduire au sommet de l’État, à la Présidence de la République en tant que chef d’État, si vous avez du charisme, de l’aura, du talent et surtout si vous êtes discipliné, loyal et fidèle. Ils ont même peur d’autoriser Gbagbo Laurent à venir enterrer sa mère, se discréditant piteusement du coup car violant un précédent sacré de leur propre CPI car si Gbagbo arrive à Abidjan, le même jour Ouattara tombe. Gbagbo est victime de sa popularité et son succès auprès de son peuple. Ce n’est pas parce-que Gbagbo Laurent a quelque chose de spécial, c’est tout simplement parce-qu’il a payé de trente années de sa vie dans l’opposition politique pacifique les estimes et l’attention toute particulière dont il jouit et bénéficie aujourd’hui auprès de ses concitoyens et aux yeux de toute l’Afrique – Ouattara n’a pas pris le temps de bâtir une carrière politique incontournable ; dès la mort d’Houphouët il a commencé par les menaces puis a pris les armes.

En plus les adversaires et ennemis de Gbagbo Laurent ont commis l’erreur combien de fois maladroite et irréfléchie d’élever son statut et sa stature, en Côte d’Ivoire, en Afrique et dans le monde, en faisant de lui un grand martyr comme Mandela. Déporter Gbagbo Laurent à la Haye était une idiotie politique majeure et sa plus grosse erreur que le régime Ouattara paiera cash tôt ou tard. Le jeune KKB l’a compris ; c’est pourquoi il a fait volontiers le pèlerinage de la Haye et le moment venu, il sera content d’avoir fait ce pèlerinage car il en récoltera les dividendes et retombées au-delà de ses attentes.

Affi N’Guessan quant à lui, il ira recommencer à zéro ailleurs comme quelqu’un à qui on a lancé un sort. Si triste de voir se terminer ainsi en pointillés une carrière politique au moment où elle devait prendre son véritable élan – Affi va bientôt découvrir le vrai visage de Ouattara après être chassé ou neutralisé au FPI, et il va passer le reste de ses jours à le maudire. Mais il n’y a pas deux façons de finir quand on se renie et on se compromet jusqu’à retourner l’épée ennemie contre les siens, contre son propre camp. Dommage aussi que le FPI soit perpétuellement en mode « réaction » ; ils auraient dû destituer et virer Affi depuis en lui conseillant de laisser tomber le masque et aller prendre sa carte de militant au RDR.

Maitre Namory F. Dosso

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One comment

  1. Tout a ete dit. Merci la-bas

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