La lente «agonie» d’un dinosaure politique: Quand Salif Diallo nommait les chefs du MPCI

La lente «agonie» d’un dinosaure politique: Quand Salif Diallo nommait les chefs du MPCI

Salif Diallo: La lente «agonie» d’un dinosaure politique

Mais que devient Salif Diallo ? Le tout-puissant ministre et «bras droit» de Blaise Compaoré, éjecté de son fauteuil de ministre d’Etat en 2008, puis nommé, quelques mois plus tard, ambassadeur en Autriche, déchu à nouveau, avant d’être mis politiquement au «garage» par les nouveaux gourous du CDP (parti au pouvoir) qui ont rayé, sans pitié, son nom de la liste des membres du Bureau exécutif national, en avril 2011, a pratiquement disparu de l’arène politique. Il est même de plus en plus rare au Burkina.

Selon des sources internes au parti, Salif Diallo vend son expertise en matière de développement au gouvernement nigérien. Ce bouillant homme politique, devenu subitement silencieux, alors qu’on lui prêtait l’intention de créer un parti politique, ne cesse, loin du «frou-frou» politique burkinabè, de bouder le CDP. L’un de ses proches confie qu’il en veut particulièrement à François Compaoré, le frère cadet du chef de l’Etat. Les gourous du parti qui ont participé à la rencontre hautement politique, le 9 septembre 2011, au CENASA, se sont rendu compte qu’il y avait de l’électricité dans l’air.

Salif Diallo est allé droit au but, rapporte un témoin. Et voici ce qu’il a dit: «Je n’ai pas peur de vous dire la vérité (…) C’est un putsch que la FEDAP/BC a perpétré pour prendre la tête du CDP. Une association apolitique qui s’empare des instances dirigeantes d’un parti politique, par la cooptation (…) d’inconnus…». Cette phrase, lourde de sens, a dû choquer François Compaoré. Lui qui venait, quelques mois plus tôt, de faire une entrée fracassante dans le Secrétariat exécutif national, emportant, avec lui, une dizaine de membres de la Fédération associative pour le progrès avec Blaise Compaoré (FEDAP/BC). Boutant aussi, du même coup, hors de la sphère dirigeante du parti, de “grosses têtes politiques” comme Salif Diallo, Roch Marc Christian Kaboré, Simon Compaoré, Juliette Bonkoungou.

Le climat de mécontentement s’était alors enflé au sein des militants du parti. “Si Salif et les autres s’étaient résolus à créer, en ce moment-là, un parti politique, ils auraient eu une adhésion massive. Mais ils n’ont pas su battre le fer quand il était chaud; c’est une erreur politique qui ne pardonne pas”, confie l’un de ses proches ayant requis l’anonymat. Aujourd’hui, Salif Diallo est devenu, politiquement, presque l’ombre de lui-même. Mais peut-être qu’il n’a pas encore dit son dernier mot. Car, en politique, un plus un ne font pas forcément deux. Souvenez-vous ! Il avait dit:”Je ne suis pas un ‘yes man’ !”. Et on s’attendait à ce qu’il brandisse de nouvelles cartes face aux dinosaures politiques qui tentent, coûte que coûte, de l’avaler. Et qu’il s’affirme pleinement ! Mais le peut-il encore ? Ou faut-il conclure que François Compaoré, le “petit Président”, a remporté le jeu d’échec ?

Sandra JOLY

Source: Courrier Confidentiel

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Salif Diallo, L’homme fort du Yatenga

Le (…) personnage dont il faut absolument parler ici, c’est le fameux Salif Diallo, que ses compatriotes surnomment tantôt « Gorba », tantôt « l’homme fort du Yatenga ». Avant de connaître une manière de disgrâce à partir de 2008, celui qui aujourd’hui s’est prudemment délocalisé au Niger, était l’éminence grise du fantoche de Kossyam, son bras droit, peut-être même son bras séculier… Il devait ce poste de confiance à sa participation à la fois éminente et discrète à la conspiration qui aboutit au meurtre de Thomas Sankara le 15 octobre 1987.

Ce jour-là, au témoignage de Blaise Compaoré lui-même, Salif Diallo était réellement l’alter ego de celui qui devait devenir le chef de l’Etat à la place du héros assassiné : « L’après-midi du 15 octobre, j’étais chez moi au salon avec Salif Diallo, lorsque vers 16h je croyais entendre le bruit de détonations. Je suis sorti et j’ai demandé aux gardes s’ils avaient entendu des coups de feu. Ils ont dit non et je suis rentré. Mais ensuite j’entendais clairement les tirs, je pensais qu’ils venaient du côté de la Présidence et qu’ils s’approchaient. J’ai pris mon arme et Salif Diallo et moi, nous nous sommes planqués contre le mur de l’autre côté du goudron. Les gardes nous ont fait rentrer. »

Devenu le principal collaborateur de Compaoré après le meurtre de Sankara, Salif Diallo eut une part colossale dans les événements du Liberia, de la Sierra Leone et de la Côte d’Ivoire. On se rappelle qu’il participait à la table ronde de Marcoussis… C’est en étudiant son rôle qu’on comprend combien ces trois « guerres civiles » ne furent, en réalité, que trois actes d’une seule et même tragédie ; trois phases successives d’un vaste complot qui visait – et qui a réussi – à affermir sur notre région, et singulièrement sur notre pauvre patrie, l’emprise néocoloniale de la France, à partir du moment où, avec l’impopularité grandissante d’Houphouët, cette emprise risquait fortement d’être remise en question.

Simple ministre de l’Agriculture au moment de la tentative de coup d’Etat du 19 septembre 2002, c’est pourtant Salif Diallo qui, s’exprimant au nom de son pays en présence de son compère Blaise Compaoré, niera que le Burkina avait une part dans l’invasion d’une partie de la Côte d’Ivoire par les bandes de Guillaume Soro. Un démenti qui a d’ailleurs plutôt l’air d’un aveu des plus cyniques : « Il se trouve des personnes bien pensantes pour accuser notre pays d’ingérence en Côte d’Ivoire, alors que pour 200 élèves, pour 20000 citoyens sous les tropiques, on déploie des armadas. Que dire alors du Burkina Faso dont environ trois millions de ressortissants après avoir sué sang et eau pour bâtir la Côte d’Ivoire et enrichir certaines multinationales que je me garderai de qualifier sont aujourd’hui massacrés et enfouis dans des charniers ? ».

La réalité était évidemment toute autre, comme le montre l’article de Valéry Foungbé que nous publions ci-dessous.

Marcel Amondji, écrivain

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Quand Salif Diallo nommait les chefs du MPCI

Il y a cinq ans — 19 Septembre 2002, 19 Septembre 2007 — la Côte d’Ivoire entrait dans une crise armée qui allait lui laisser des séquelles dans l’histoire de sa jeune Nation. L’insurrection armée qui s’est transformée par la force des choses en rébellion a changé le microcosme politique ivoirien. Ceux qui dans un pacte sacré ont attaqué la république se livrent une bataille impitoyable. Au sujet du leadership au sein des Forces Nouvelles, voici ce qui n’a jamais été dit.

Le 19 Septembre 2002, tard dans la nuit, un groupe hétéroclite de militaires ivoiriens en désertion et des assaillants attaquent les principales garnisons militaires ivoiriennes à Abidjan, Bouaké et Korhogo. Le crépitement des armes cessant, les ivoiriens feront le bilan amer de la mort de Boga Doudou, Guéi Robert et plusieurs chefs militaires. A côté de ces morts, le pays a été engagé dans une partition qui dure jusqu’aujourd’hui. Après les premières heures du MPCI qui a revendiqué l’attaque, l’ombre du sergent Ibrahima Coulibaly, dit IB, planait déjà comme le chef des insurgés, l’ex-leader de la Fesci, Guillaume Soro fait son apparition en se présentant comme le porte-parole du MPCI. Jusqu’en Octobre 2002, tout allait dans le meilleur des mondes entre Soro et IB et même après, c’est à dire jusqu’en mars 2003, date de la formation du gouvernement Diarra.

L’intrusion de Dacoury-Tabley

Pendant ce temps, Louis-André Dacoury-Tabley entre en jeu en jouant des coudes pour avoir une place de choix dans la rébellion naissante. IB qui ne connait pas bien Dacoury refuse ses avances appuyées par Salif Diallo alors ministre de l’Agriculture au Burkina. Dacoury qui se serait présenté comme un ancien compagnon de Gbagbo et donc qui en sait beaucoup sur l’homme n’arrive pas à convaincre car IB estime qu’il vient à la rébellion pour mener un combat personnel. Salif Diallo utilise ses relations au Burkina pour amollir Ibrahim Coulibaly qui se résout à nommer Dacoury, numéro deux du MPCI. A ce titre, il vient à Lomé renforcer Soro qui semble très fébrile selon la rébellion. L’homme avait en quelques jours conclu un accord avec la délégation gouvernementale.

Pour montrer à IB qu’il avait tort de nourrir tant de réserves à son encontre, Dacoury-Tabley se met à rejeter tous les acquis que Soro venait d’acquérir. A la table des négociations, il se met à agacer tout le monde en faisant des propositions aussi surréalistes que provocantes. Les discussions achoppent pour la simple raison que Dacoury veut plaire à IB. Mais, Dacoury fait douter IB. Il agace également Soro qui également se plaint en sourdine de ses manières. Guillaume Soro suggère avoir avec lui un proche auquel il peut se confier. Il fait alors la proposition à IB de lui adjoindre un ami à lui qui est en Allemagne. Cet ami n’est autre que Sidiki Konaté qui avait déjà manifesté contre le coup d’Etat. Roger Banchi se chargera de faciliter le voyage à Sidiki qu’il rencontre en Allemagne.

Tractations autour du gouvernement Diarra

Après Lomé, il est question de former le gouvernement Diarra qui a été entre temps désigné premier ministre à Marcoussis. IB est toujours le maître du jeu puisqu’il est sollicité par bien de personnes pour intégrer l’équipe de Diarra. Au sein des Forces Nouvelles, Messamba qui s’occupait des blessés aux premières heures de la guerre hésite à occuper le portefeuille ministériel des victimes de guerre et de la solidarité. Selon une anecdote, il aurait pleuré en faisant comprendre à son ex-mentor qu’il n’avait pas les capacités requises. L’une des plus grandes tractations en ce moment a porté sur les choix de Hamed Bakayoko et feu Issa Diakité.

Voulant maitriser l’administration selon notre source, le leader du RDR fait pression sur IB pour qu’il coopte Issa Diakité à ce poste. A ce niveau encore, IB fait des objections puisque Issa Diakité n’a pas participé à la conception de la rébellion. C’est donc à la suite de toutes ces tractations de l’ombre que « son Excellence », car c’est ainsi que tous les chefs de guerre nommaient IB, va faxer à Seydou Diarra, la liste définitive des ministres des Forces nouvelles. Les témoins de ces discussions sont en vie et attendent leur heure pour donner d’autres détails. D’où vient alors que celui-là même qui a joué un rôle, certes à distance mais prépondérant au sein de la rébellion jusqu’à avril 2003 soit vilipendé par ses anciens camarades.

Disgrâce de IB

Nombreux sont ceux qui aujourd’hui n’arrivent pas véritablement à comprendre pourquoi les deux factions de la rébellion se vouent une haine viscérale alors que celui qu’ils devaient déposer est toujours au pouvoir. Selon nos sources, les bobos de IB ont commencé dès Lomé. En refusant d’accéder à la demande de Salif Diallo d’intégrer Dacoury en 2002, IB est entré dans le viseur de l’homme de main du président Blaise Compaoré. Celui-ci n’a pas apprécié que IB lui tienne tête. A cela, il faut ajouter les brouilles de ce dernier avec Mustapha Chafi et Ahmed Kagniassi.

Avec ces puissants hommes — Kagniassi est un homme d’affaires prospère et Chafi est un homme incontournable pour Blaise Compaoré (il était à Abidjan lors de la visite du guide libyen) — il aurait eu des altercations sur la gestion des ressources agricoles dans les zones des Forces nouvelles. La gestion de la filière coton et des régions diamantifères a accentué ces frictions dit-on. Pour compliquer son cas, il a aussi des relations exécrables avec Djibril Bassolé. En 2004, il lui est demandé d’aller séjourner en France pour dit-on rassurer les autorités françaises. L’affaire est si pressante qu’un visa lui et délivré un jour férié.

A ce niveau, Abou Faman, un chef de guerre lui déconseille de faire le voyage car il aurait flairé un piège. IB est sous pression et ne sait quoi faire parce que dans la même période, son véritable interlocuteur et protecteur, le Colonel Diendéré est envoyé en stage au Nigéria. Il tombe dans le traquenard puisque le jour même où il s’apprêtait à rentrer à Korhogo via Ouaga en provenance de Paris, il est mis aux arrêts. Pourquoi rentrait-il à Korhogo ? Tout simplement parce que cette ville devait abriter dans les plans de la rébellion, la capitale des insurgés. IB dans les mailles de la police française, le champ était désormais libre pour Guillaume Soro d’asseoir définitivement son autorité sur les Forces nouvelles.

IB, Wattao, Soro pourquoi ça coince

Pendant son séjour carcéral en France, un journaliste français confirme à IB ce qu’il s’échinait à ne pas accepter. Soro Guillaume était devenu le chouchou des financiers de la rébellion et avait pris sa place au sein de ses hommes. Pour certains d’entre eux, IB est un couard qui n’a pas eu le courage de revendiquer la rébellion à ces débuts. Mieux, Wattao ne cesse de proclamer que IB n’a jamais été un pion essentiel tant dans la préparation que dans la phase active de l’insurrection du 19 Septembre 2002. Or ce dernier se bat comme un beau diable pour montrer qu’il est le vrai père de cette rébellion. Qui croire ?

S’il est hasardeux de pencher pour un camp comme pour l’autre, l’objectivité journalistique incline s’interroger sur cette guéguerre. Qui était le formateur de Chérif, Wattao, Zagazaga et autres lors des exercices que IB dirigeait dans le camp de Farakoro au Burkina ? Wattao peut-il raisonnablement affirmer que IB n’est rien quand lui-même était aux petits soins de ce dernier chaque fois qu’il finissait les séances d’entrainement destinées à attaquer la Côte d’Ivoire. Et puis sur la photo de juin 2001 au Burkina, pourquoi IB était le point focal autour duquel tous les autres dont Zagazaga, Vetcho, Messamba et lui-même se sont mis pour poser pour la postérité ?

Tout dépend de Compaoré

En réalité, en dépit de son souci de faire la réconciliation, Guillaume Soro ne peut aller tout seul vers IB pour se réconcilier. Autant la guerre est finie à Ouaga grâce au dialogue direct, autant c’est par Ouaga que la réconcilation Soro-IB se fera. Que Compaoré prennent donc ses responsabilités pour réparer encore ce qui est à réparer après avoir permis que son pays serve de base arrière pour attaquer Abidjan.

Valéry Foungbé

Source : L’Intelligent d’Abidjan du 19/09/2007

 

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