La ministre Généviève Bro-Grégbé livre des secrets de la visite officielle d’Etat du président Laurent Gbagbo à Rome en 2002 | eburnienews | Diaspora ivoirienne | Actualité Politique | Diaspora africaine en France La ministre Généviève Bro-Grégbé livre des secrets de la visite officielle d'Etat du président Laurent Gbagbo à Rome en 2002
La ministre Généviève Bro-Grégbé livre des secrets de la visite officielle d’Etat du président Laurent Gbagbo à Rome en 2002

La ministre Généviève Bro-Grégbé livre des secrets de la visite officielle d’Etat du président Laurent Gbagbo à Rome en 2002

Le 19 septembre 2002, je me trouvais à Rome, en marge de la visite officielle du président de la république de Côte d’Ivoire. J’avais certes quitté le gouvernement le 5mai août 2002, mais le chef de l’Etat avait tenu la promesse qu’il m’avait faite de m’inviter à Rome, où il prévoyait rendre une visite au Saint-Père. Il avait offert ce voyage à l’ancienne collaboratrice qu’il considérait comme une « Catholique intégriste», en raison de sa pratique et de ses croyances religieuses. Je suis arrivée à Rome le 18 septembre, en même temps que Mmes Odette Sauyet Likihouet et Victorienne Wodié deux ministres du nouveau gouvernement hébergées dans le même hôtel que moi. Le 19 septembre au matin, en téléphonant à mon domicile, j’ai été informée des troubles dont Abidjan avait été le théâtre tout le long de la nuit.

En fait mon domicile n’étant pas très éloigné de celui de Me Emile Boga Doudou, le ministre de l’intérieur, qui fut lâchement et sauvagement assassiné dès les premières heures de la rébellion. Mes deux collègues savaient, comme moi, que des tirs nourris se faisaient entendre à Abidjan, que les tireurs étaient des mutins, mais rien de plus. Aucune information ne nous était parvenue, ni sur l’identité des mutins, ni sur leurs intentions. Même après notre arrivée à l’hôtel où résidait le Président Laurent Gbagbo, nous sommes demeurées dans l’ignorance totale de ce qui se passait réellement à Abidjan. On nous fera croire en fin de matinée que le ministre Emile Boga Doudou était blessé, mais que sa vie n’était pas en danger, qu’il était en lieu sûr. Beaucoup plus tard, dans l’après midi, la nouvelle de son décès est parvenue, causant en nous une vive émotion. Notre inquiétude était si grande que certaines parmi nous avaient de la peine à retenir leurs larmes.

Cependant, la sérénité du Président de la république et de son épouse était édifiante. Le Président, très calme, écoutait d’une oreille attentive les informations que son chef d’état-major particulier, le colonel Gléhi, lui rapportait régulièrement. Pendant que les hommes étaient suspendus au téléphone, Simone Ehivet Gbagbo, voyant notre tristesse, nous invita à lire l’extrait « 2 Samuel -22. » de la Bible. J’avoue que j’ai retiré de la lecture récurrente de ce passage, force et réconfort. Nous avons également prié et chanté des cantiques de louange au seigneur. Avant notre voyage à Rome, je connaissais Simone Ehivet Gbagbo pour avoir travaillé avec elle, entre les années 1998 et 2000, au sein du projet Droit et Citoyenneté des Femmes (DCF), financé par la coopération canadienne. A cette époque, j’étais le directeur exécutif du Réseau Ivoirien des Organisations Féminines (RIOF) que je représentais dans ledit projet. Je savais que Simone Ehivet Gbagbo était une immense personnalité. Je l’admirais pour son courage politique et pour ses prises de position ; je la tenais même pour modèle. Plus tard, quand je suis devenue ministre des Sports et loisir sous la magistrature de son époux, j’ai travaillé quelquefois avec elle. Mais, le 19 septembre 2002, je découvrais une autre facette de sa personnalité : celle d’une personne de grande foi, sûre d’elle-même.

Ce jour-là, pendant le déjeuner, le Président de la République se leva de table en prenant prétexte d’une visite. En réalité, il se rendait à l’aéroport pour regagner Abidjan, alors que les armes y crépitaient encore. Heureusement, l’équipage du Gruman présidentiel n’ayant pas été informé à temps, le voyage dut être différé. J’ai été marquée par cet acte de courage de témérité qui n’est pas très courant de nos jours. En effet, on a vu des président africains perdre leur fauteuil parce qu’ils ont pris la fuite au premier coup de feu. C’est finalement le lendemain, 20 septembre, que le Président de la République put rallier Abidjan en vue de mener avec son armée le combat pour la libération totale d’Abidjan.

La délégation présidentielle, composée de journalistes, de proches collaborateurs du chef de l’Etat et de membres de sa famille, a été immobilisée à Rome toute la journée du 20 septembre. Toutes les compagnies aériennes ayant interrompu leurs vols à destination de l’aéroport Félix Houphouët Boigny d’Abidjan, nous avons rejoint Abidjan à bord du Fokker 100 présidentiel, le samedi 21 septembre. Tout au long du voyage, nous n’avons cessé de parler de la situation qui prévalait à Abidjan : nous étions soucieux et nous nous posions des questions sur les raisons profondes de cette énième tentative de déstabilisation de notre beau pays.

A notre arrivée, nous avons tous rendu une visite au chef de l’Etat à sa résidence, où nous avons pu voir l’épouse et les enfants du ministre Boga Doudou. Nous nous sommes fait un devoir de partager la peine de la jeune veuve, dont la douleur intense nous arrache à tous des larmes. Nous avons essayé tant bien que mal de la consoler.

Lorsque les chefs de guerre sont apparus, avec à leur tête M. Guillaume Soro, secrétaire général du MPCI, et que leurs revendications ont été portées à la connaissance du public, j’ai immédiatement compris ce qui se passait : les mêmes acteurs qui avaient perpétré le coup d’Etat du 24 décembre 1999 revenaient à la charge en vue d’installer M. Alassane Dramane Ouattara au pouvoir.

Généviève Bro-Grégbé

(via lecombattant.canalblog.com)

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