La vraie histoire de la police universitaire

La vraie histoire de la police universitaire

La police universitaire  [une invention dans sa forme  et dans sa façon de fonctionner] de Cissé Bacongo, l’ex-ministre  de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, a arrêté ses activités à l’Université félix Houphouet- Boigny (UfHB). Il aura fallu un affrontement entre les étudiants et cette police qui a fait 51 blessés et une fronde des enseignants pour que le Conseil de l’université se décide à suspendre les activités de la police universitaire contre l’avis du ministre Bacongo. Car, en réalité, c’est lui le maître d’ouvrage de cette entreprise de déploiement de la police universitaire dans l’ensemble des universités publiques de Côte d’ivoire.

Des polices qu’il dirigeait depuis son cabinet avec comme maître d’oeuvre la Société ivoirienne de modernisation et de développement de Côte d’Ivoire (Simdci). C’est cette entreprise qui a obtenu le contrat de gré à gré pour la rénovation des universités. Elle appartient à m. Sidi Kagnassi, par ailleurs propriétaire de la société qui a conçu le très douteux fichier électoral de 2010.

Dans la réalité, Cissé Bacongo a court-circuité le professeur Bakayoko Ramata Ly, présidente de l’Université Félix Houphouët-Boigny qui, selon nos sources, a eu l’idée de mettre en place une police universitaire. Ainsi, pour préparer l’année académique 2011-2012, Ramata Ly a-t-elle décidé de mettre en place plusieurs commissions chargées de réfléchir sur de nouvelles orientations en matière d’environnement, de sécurité, d’hygiène… dans l’espace de l’université.

Joignant l’acte à la parole, elle a confié, soutiennent nos sources, la commission sécurité a été confiée à l’Ufr de criminologie qui s’est aussitôt mise au travail. Alors que cette Ufr est en pleine réflexion, «la présidente de l’université apprend que le cabinet de Cissé Bacongo a mis en place un comité ad hoc chargé de cogiter sur la même thématique de la sécurité, mais dans toutes les universités », révèle un connaisseur du dossier. Cependant, Ramata Ly estime qu’il n’y a rien d’anormal et d’antagoniste. «Dans la mesure où, en tant que garante des franchises universitaires dans l’espace de l’Ufhb, c’est à elle que revient la responsabilité de sécuriser son université», commente notre interlocuteur. L’Ufhb continue donc ses réflexions pour sa sécurité et le ministère de l’enseignement supérieur pour l’ensemble des universités.

La commission sécurité mise en place par la présidente de l’université Ufhb a poursuivi ses travaux et les a présentés au Conseil de l’université qui les a validés dès le premier trimestre de l’année 2012, assurent nos sources. Pour la suite, «le Conseil de l’université a donné deux mandats à la commission : réfléchir aux modules de formation en adéquation avec les attentes du monde universitaire et faire des propositions afin de mettre en place une unité de police universitaire expérimentale pour la sécurisation de certains bâtiments sensibles comme la présidence de l’université». A cette époque, font remarquer nos interlocuteurs, il y avait une récurrence des vols de matériel (split, ordinateurs…) dans les locaux de l’université. «Il y avait donc une urgence».

Pendant tout ce temps, la sécurité de l’université était assurée par des sociétés de gardiennage payées par l’Ufhb.

A la surprise générale

«On en était là quand, à la surprise générale du monde universitaire, on voit une police s’installer à l’université sans que le Conseil de l’université n’en soit informé», racontent nos sources. Elles témoignent qu’interpellée par le Conseil de l’université, la présidente a «semblé prendre acte d’une situation qui lui échappait. Puisqu’il ne s’agissait pas de la police qu’elle était en train de mettre en place. Il s’agissait d’une décision de sa hiérarchie». Si les réactions n’ont pas été très vives dès le début de l’arrivée des policiers de Cissé Bacongo, les mois qui ont suivi ont été palpitants à cause des dérives de cette police. A tel point que le Conseil de l’université, révèlent nos sources, s’est interrogé, au cours d’une de ses sessions, sur «la nature des relations qui lient l’Ufhb à la Simdci en terme de contrat et de convention» et, partant, la police universitaire.

D’après des sources proches du dossier, le budget sécurité de l’Ufhb a été amputé du budget général de cette institution universitaire. Et c’est la Simdci qui paie les agents de la police universitaire à 150 mille francs chacun par mois. Or, on sait qu’une société privée ne fait pas de la philanthropie. Tout porte donc à croire que c’est le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, donc l’etat, qui paie la Simdci à travers le budget sécurité de l’université.

Nature des relations entre l’UFHB et la SIMDCI

Pour les membres du Conseil de l’université, «au regard des décrets qui créent les universités, il est de la responsabilité pleine et entière des présidents des universités d’assurer la sécurité des personnes et des biens sur leurs espaces ». or ils constatent que «la police universitaire présente à l’Ufhb échappe totalement à la présidente Ramata Ly et, pire, est sous le contrôle d’une entreprise privée : la Simdci». C’est pourquoi, le Conseil a mandaté le professeur ramata Ly pour demander à la société de Sidi Kagnassi de lui produire le décret qui crée la police universitaire et les autres documents légaux qui l’autorisent à mener cette activité sur l’espace de l’Ufhb.

C’est dans l’attente de ces documents qu’est intervenue la crise de février dernier qui a conduit à la suspension des activités de la police de Cissé Bacongo. Et, selon des indiscrétions au sein même du gouvernement, c’est la mauvaise gestion de cette crise, qui a entrainé le départ du ministre Bacongo de département de l’enseignement supérieur.

A en croire nos informateurs, Cissé Bacongo n’étant plus à la tête du département de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, la commission sécurité mise en place par la présidente de l’Ufhb va poursuivre son travail dans le sens des préconisations du Conseil de l’université.

Coulibaly Zié Oumar

Source: Notre Voie n° 4692

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