La vraie histoire du sexe après l’accouchement

La vraie histoire du sexe après l’accouchement

Dans « Modern couple », l’excellent webdoc d’Arte sur la grossesse, la maternité et la paternité, Thierry Harvey, gynécologue et chef de la maternité des Diaconesses, à Paris, disait : « Jamais on ne récupère son corps…

Dans « Modern couple », l’excellent webdoc d’Arte sur la grossesse, la maternité et la paternité, Thierry Harvey, gynécologue et chef de la maternité des Diaconesses, à Paris, disait :

« Jamais on ne récupère son corps comme avant. C’est un fantasme. Le vagin ne sera plus jamais comme avant. Les seins ont bougé. Il n’y a rien qui prévient les vergetures. La statique du périnée sera différente. Dire à une femme “Vous serez comme avant”, c’est un mensonge. »

J’appelle l’homme qui dit les mots qu’on n’entend pas ailleurs. Thierry Harvey confirme son coup de gueule :

« Il faut arrêter de baratiner les nanas. J’en ai marre des vendeurs de rêve qui disent : “Vous allez retrouver votre corps de jeune fille.”. »

« Je suis un tout petit peu plus large »

Dans le top des « baratineurs », les magazines féminins qui (souvent), Photoshop à l’appui, montrent les stars devenues mères et dont le corps ne semble jamais avoir été visité par un enfant.

Extrait du « Beautiful Body Project » – Jade Beall

Marine (tous les prénoms ont été changés), 35 ans, a accouché il y a un an. Elle dit :

accouché il y a un an. Elle dit :

« Je sais que je suis un tout petit peu plus large au niveau du vagin. Je sens encore son sexe, j’ai du plaisir, mais j’ai plus de mal à le contracter. […] J’ai le bassin un peu plus large aussi. Les seins ont une certaine mollesse, une texture différente. Ils ont perdu en fraîcheur. Tu n’as plus tes seins tous roses qui pointent vers le ciel. »

Loin d’être triste de cette petite évolution, Marine aime ses seins. Elle me les montre joyeusement pour étayer son propos :

« Tu vois, c’est des seins de femme ! »

« La tête d’un gosse, c’est 95 mm de diamètre »

La reprise d’une sexualité « normale » après un accouchement varie d’un couple à l’autre. Thierry Harvey :

« Si vous n’êtes pas athlète, vous avez moins de chance de récupérer rapidement. Votre remise en forme va dépendre de tout un tas d’éléments : la souplesse de vos tissus, par exemple. Si vous êtes rousse avec une peau fragile et que vous avez pris vingt kilos, vous vous remettrez plus lentement qu’une brune méridionale qui a pris dix kilos. Il n’y a pas de justice. »

On entend souvent des gens parler du jour de la naissance de leur enfant comme « du plus beau jour de leur vie ». Sans contester cette grande joie, Thierry Harvey préfère rappeler des évidences :

« La tête d’un gosse, c’est 95 mm de diamètre ! Le vagin va se modifier, s’ouvrir, se dilater. Il peut y avoir des déchirures ou pas, peut-être une épisiotomie. Le nerf pudendal, qu’on appelait autrefois le nerf honteux, peut aussi souffrir en s’étirant au passage. Situé sur les parois du vagin, il en prend parfois un coup, avec des soucis de continence. Après ça, c’est normal de penser : “Plus jamais mon mec ne me touche.” Une femme qui a subi tout ça pourrait se considérer comme mutilée. »

Mon sexe, « comme un champ de bataille »

Après son accouchement, Marine imaginait « un champ de bataille. » Elle avait subi « une petite épisiotomie » :

« Tu sais qu’il y a des cicatrices. Tu te dis qu’il faudrait prendre une glace pour regarder là, mais tu as peur. Soit tu regardes, soit t’imagines que c’est la merde. […] C’est une zone qui clignote. T’as l’impression d’avoir les urgences entre tes jambes. »

S’ajoutait à cette sensation un accessoire peu glamour mais obligé : pendant un mois après la naissance de son bébé, elle a porté constamment des « couches, de très grosses serviettes ». A cause des saignements.

De par son expérience, Thierry Harvey explique que les couples « reprennent » les rapports, en moyenne un mois après l’accouchement.

« Mais quand bien même on s’en sent capable, l’enfant qui ne fait pas ses nuits épuise. Quand vous êtes crevés, la libido est en baisse aussi. »

Damien, un tout jeune père de 29 ans avec un bébé d’un mois et demi, est par exemple encore loin de recommencer à faire l’amour :

« On est focalisés sur le bébé. Il faut comprendre ce qu’on doit faire, comment le gérer. En arrière-plan, ça n’empêche pas la tendresse. Mais physiquement, ma compagne est cassée. Et moi aussi : on ne dort pas, on se réveille tout le temps. »

Thierry Harvey explique qu’on commence à s’inquiéter d’une non reprise des rapports sexuels au bout de deux mois.

« S’inquiéter, c’est être attentif à la détresse des gens, c’est veiller à ce que la femme qui a été blessée dans sa chair récupère l’assurance de son corps. »

« Mon vagin était devenu un hall de gare »

C’est aussi une intimité qu’il faut se réapproprier. Raphaëlle a 30 ans. Après avoir eu son premier enfant, elle ne pensait même plus au sexe :

« Pendant longtemps après l’accouchement, ça ne m’a même pas effleuré l’esprit qu’on puisse de nouveau avoir des rapports sexuels. »

Elle parle de ce qu’on dit rarement aussi sur la grossesse, comment le corps des femmes devient public :

« Après l’accouchement, t’as un rapport à ton corps différent. Moi, je m’étais pris 40 000 doigts en consultation. Mon vagin était devenu un hall de gare. »

Marine confirme :

« Pendant l’accouchement, la sage-femme rentre l’avant-bras dans ton vagin pour voir où en est ton col [de l’utérus, ndlr]… »

Quant à Céline, 29 ans et maman d’un bébé de six mois, elle parle de l’intimité du couple :

« La sage-femme nous a mis en garde contre l’idée de jarter le mec de ton lit pour y mettre ton bébé. Elle voyait des couples arriver en chialant. Le bébé avait pris la place du mec, ils dormaient séparés. »

« J’avais peur, je me suis un peu forcée »

Les médecins recommandent d’attendre au moins quinze jours avant la reprise des rapports, pour prévenir les infections. On pense parfois que les femmes qui ont subi une césarienne sont plus épargnées par ces délais. C’est un tort. Thierry Harvey explique que leur vagin s’est aussi modifié.

« Il s’est préparé pour permettre la passage de l’enfant. »

Césarienne ou pas, il est donc recommandé d’utiliser des lubrifiants pour les premiers rapports car, explique-t-il, « pendant un mois et demi, il y a une sécheresse vaginale ».

Pas effrayés par toutes ces considérations, certains hommes ont hâte de reprendre les rapports sexuels. De revenir à une vie « normale ».

Céline raconte que son mari trépignait un peu. Elle a refait l’amour trois semaines après son accouchement. Un peu mécaniquement, pour « relancer la machine ».

« J’avais peur. Je me suis un peu forcée. Il n’a pas du tout été pressant mais il n’a reculé devant rien. […] Je ne voulais pas du tout être la fille chiante qui dit : “Non, je ne peux pas.” J’avais envie de faire plaisir à mon mec. »

« L’idée d’un cunnilingus ne m’a jamais dérangé »

Marine, elle, a refait l’amour au bout de vingt jours. Sollicitée par son compagnon, aussi :

« On a attendu que mes saignements s’arrêtent. […] Le mec qui n’a pas vécu tout ce que tu as vécu pousse à la reprise. Mais ce n’est pas plus mal. Si on avait attendu plus, ça aurait pu mettre deux mois. Plus t’attends, plus t’as peur. »

Jean se dit au contraire « très patient ». A 32 ans, père de deux enfants, il communique beaucoup avec sa femme et sur ce sujet, il s’« écrase ». Pour autant, il n’a jamais eu peur de lui faire mal.

« J’ai fait attention. On a pris le temps qu’elle reprenne confiance en son corps. L’idée de lui faire un cunnilingus ne m’a jamais dérangé. Elle, ça la bloquait encore un peu, au début. »

Les cicatrices ? Elles ne l’ont pas dégouté.

« C’est un bobo. C’est pas ragoûtant, mais c’est juste un bobo. Quand t’as un bobo, tu le soignes, c’est tout. On a attendu que les fils soient partis et qu’elle ait bien cicatrisé pour reprendre. »

Faire l’amour avec un père, une mère

Certains couples ne parviennent plus jamais à faire l’amour comme avant. Sur ce forum, une internaute raconte, par exemple :

« Ma fille a 19 mois et je n’ai toujours pas retrouvé l’envie de faire l’amour. A mon retour de couches, environ dix mois après l’accouchement, j’ai été très fatiguée puis j’ai fait une dépression. J’ai suivi quelques séances de thérapie seul, puis en couple. Cela nous a aidé à recommuniquer mais le problème sexuel persiste et me fait poser de grosses questions. »

Certains psys parlent de la fin du huis clos amoureux. L’autre n’est plus l’amant avec qui on avait du plaisir, mais le père, la mère de son enfant. Jean est loin de ce problème.

« Pour moi, ce n’est pas le sexe d’une femme qui a eu un enfant, mais celui de la femme pour qui j’ai du désir. »

Pour parler crument (étroitesse du vagin notamment), il dit ressentir exactement les mêmes sensations qu’avant, quand il pénètre sa femme :

« Je ne me suis même jamais posé cette question. »

« Le mec avec son caméscope »

Astuce, peut-être… Pendant l’accouchement, Jean s’était bien gardé de se mettre au pied du lit. Il est resté derrière sa femme. Il ne comprend pas trop les pères qui tiennent au face-à-face avec le vagin de leur femme en train d’accoucher.

« Je comprends qu’un mec puisse être dégoûté après. Tu vois ta nana qui accouche. Elle se chie dessus, quand même… Le mec avec son caméscope, c’est pas très étonnant qu’il n’ait pas envie de reprendre les relations sexuelles. Moi, ce jour-là, ce qui m’importait, c’était ma femme, pas la performance de l’accouchement. »

Thierry Harvey confirme que les couples qui ne reprennent pas une sexualité rapidement sont souvent ceux où l’homme a tout vu : épisiotomie, déchirure, la demi-heure à recoudre… Le gynécologue aimerait que les hommes aiment les femmes avec ce corps qu’ils ont aussi contribué à changer.

Le bide en accordéon, « on en a ri »

C’est ce regard qui a permis à Raphaëlle, un mois et demi après la naissance de son bébé, de recoucher avec son compagnon. Il lui a dit qu’il la trouvait belle. Elle se souvient qu’elle était un peu prostrée  :

« Il a été génial. J’ai pleuré au début. Je ne voulais pas qu’il me touche les seins, il ne l’a pas fait. J’avais le bide en accordéon, mes seins coulaient. Mais on en a ri. »

Céline, elle, raconte, sourire dans la voix :

« Il y a cette période où c’est un peu sec. Tu mets du gel. […] C’est devenu vraiment bien un mois et demi après l’accouchement. C’est d’autant plus de plaisir que si tu prends en compte la fin de la grossesse, ça fait six mois de relations bizarres. »

Pour Raphaëlle, le temps s’est aussi éclairci, au fur et à mesure.

« C’est comme si le fait qu’il se soit passé un truc par là m’avait fait développer une meilleure connaissance de mon corps. C’est devenu mieux que tout ce que j’avais pu connaître. »

Renée Greusard

Source: nouvelobs.com

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

CLOSE
CLOSE