L’Akobo poussière et sa scandaleuse dénaturation

L’Akobo poussière et sa scandaleuse dénaturation

En Côte d’Ivoire, vous n’entendrez pas parler d’Akobo sans ajouter poussière. Akobo-poussière est la dernière invention du répertoire musical ivoirien précisément du centre de la Côte d’Ivoire. Empruntée aux pas de danse de l’Agbodan ou de l’Adjoss, Akobo poussière est la mode du moment. Les vacances dernières, elle a défrayé la chronique bousculant les classiques comme le zouglou ou le Couper Décaler.

Ailleurs, au Soudan du Sud par exemple, l’évocation de la ville Akobo rappelle un souvenir macabre celui du massacre de 185 femmes et enfants en août 2009. En effet, Selon l’encyclopédie libre Wikipédia, « Akobo est une ville dans l’État du Jonglei. Elle est le chef-lieu du comté d’Akobo peuplé de près de 136 210 habitants et située sur les rives de l’Akobo dans la partie nord du Soudan du Sud, près de la frontière internationale entre le Soudan du Sud et l’Éthiopie à 450 km au nord-est de Djouba, la capitale du Soudan du Sud ».

Sans pouvoir établir un lien étroit entre la danse Akobo-poussière et la ville d’Akobo au Soudan du Sud, il y a une histoire propre à chacun.

Pourquoi le choix d’Akobo ?

Ce mot aurait-il une signification particulière en baoulé, langue locale ivoirienne d’origine de cette danse?

On n’en sait pas plus.

On sait en revanche que deux groupes se disputent la paternité de l’invention d’Akobo poussière. au-delà de cette rivalité, Jojo et Dj Kokélé du groupe Akobo System et Dj Sagne Kouassi Fulgence alias Dj Bolaly sont unanimes sur ses origines. Ils ont expliqué tour à tour avoir été inspirés simplement par les gestes de la poule dans la poussière. Ainsi, les membres d’Akobo System déclarent en substance « Nous avons remarqué que la poule fait tout dans la poussière. Nous avons imaginé et créé un concept et une danse qui est Akobo Poussière. Et Dj Bolaly de renchérir en rappelant les circonstances de la création de ce nouveau concept.« Un jour, assis devant la porte, à mon domicile à Yamoussoukro, j’observais une poule et ses poussins. Elle jouait avec eux dans la poussière. Et je me suis dit : mais celle-là, elle mange dans la poussière et nourrit ses enfants dans la poussière, elle se lave dans la poussière, elle prend son envol en faisant de la poussière… Cela m’a inspiré pour faire un autre son ».

Akobo poussière serait- elle la dérivée de la dénomination d’un des jeunes concepteurs qui se font appeler Akobo system ? Difficile de le savoir. Une chose est cependant évidente, c’est que la danse Akobo poussière ne laisse personne indifférent dans le paysage culturel ivoirien. Pourquoi tous se mettent en transe lorsqu’on entend Akobo poussière. Les pas de danse semblent classiques sans attrait particulier ni exagération. Mais, il a fallu que les jeunes femmes commencent à rendre cette danse plus érotique à la limite des positions sexuelles suggestives pour qu’Akobo poussière prenne une autre tournure, une dimension autre.

Comme le Mapouka, Akobo poussière se danse avec le fessier dans un déhanché laissant entrevoir la souplesse et l’allure gracieuse du tissu adipeux. Comme le Mapouka, l’Akobo poussière va connaitre une déviation allant jusqu’à être considérée comme une danse pornographique. Dès lors, toutes récupérations et manipulations sont permises. Comment une danse originellement décente tirée du riche patrimoine culturel ivoirien a pu être transformée en une danse obscène?

On peut se fournir un début de réponse tenant à la manière dont s’exécute Akobo poussière. La technique de l’utilisation des fesses autorise très rapidement des déviations obscènes et pornographiques dénaturant d’emblée l’essence et la substance de ce hit tradi-moderne ivoirien.

Akobo poussière est sans doute victime de la récupération qu’en ont faite les mélomanes si bien que de plus en plus, on entend parler d’Akobo poussière originel. En tout état de cause, les concepteurs d’Akobo poussière sont partis d’une idée banale pour créer une danse dont l’impact est difficilement maitrisable. On se souvient même que lors des veillées funéraires, des femmes exposent par des déhanchés érotiques leur fessier au son d’Akobo poussière oubliant parfois les circonstances malheureuses qui justifient leur présence en ce lieu.

La toile explose. Des vidéos érotiques se multiplient. De jeunes danseuses montrent des mouvements de fesses uniquement en dehors du reste du corps. La musique, la rythmique et les pas de danse d’Akobo poussière ont subi des transformations et modifications sensibles en magnifiant de manière insidieuse le sexe, tendance mondiale très médiatisée et prisée.

Akobo poussière fait une percée fracassante à la faveur de ces différentes mues pour devenir en l’espace d’une saison un rythme incontournable dans le milieu du showbiz ivoirien. On espère qu’il se maintiendra au sommet des hits, résistera et ne s’éteindra pas aussi rapidement comme il est apparu.

Jeannie Badjo

Source: 100pour100culture

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