L’Allemagne coince Ouattara et menace

L’Allemagne coince Ouattara et menace

A un an de la tenue théorique de la présidentielle ivoirienne, aucun signal n’est pour l’heure, perceptible sur le tableau de bord. La faute, aux autorités locales qui tardent à mettre en place les conditions d’un scrutin apaisé et acceptable par tous. Les réformes institutionnelles devant normalement ouvrir la porte à des débats électoraux sains, sont pour l’heure, au point mort. Au même titre du reste, que les promesses gouvernementales faites au Front populaire ivoirien (FPI) à l’effet de décrisper le climat politique et favoriser la concorde nationale.

Signe des temps, excédé par le peu d’enthousiasme du régime à créer les conditions d’une paix durable dans le pays, la direction du FPI a mis le holà en se refusant désormais à toute négociation avec le pouvoir aussi longtemps que l’exécutif n’aura pas posé des actes concrets tendant à renforcer la confiance de l’opposition. Et pour montrer qu’ils ne badinent pas sur la question, le président Pascal Affi N’guessan et les siens, ont séché mardi dernier une rencontre entre le gouvernement et l’ensemble des partis politiques de l’opposition. Cela, à la grande tristesse du premier ministre Jeannot Kouadio Ahoussou, qui avait bataillé pour que le parti à la rose tienne effectivement sa place ce jour-là. En somme, une situation de blocage politique qui n’est pas du goût de certaines représentations diplomatiques ayant pignon sur rue à Abidjan. Il s’agit notamment, selon nos sources, des Américains, des Canadiens et des Allemands qui exerceraient à ce jour, de fortes pressions sur la présidence ivoirienne pour l’ouverture du jeu démocratique.

Dans ce sens, ils attacheraient du prix à la refonte totale de la Commission électorale indépendante (CEI) de façon à obtenir une institution où chacun trouvera son compte et où tous iraient, à la compétition, à chances égales. Aussi ces chancelleries ne verraient-elles pas, confient nos sources, d’un mauvais oeil, l’entrée au gouvernement, de l’opposition significative avant la tenue des élections de 2015. D’où les critiques sévères et récurrentes de l’ambassadeur des Etats-Unis, à Abidjan, à l’encontre de la commission électorale indépendante (CEI) version Youssouf Bakayoko. Le plus exigeant de tous serait l’Allemagne qui détient la clé de tous les financements des pays de l’Union européenne (UE) à destination de la Côte d’Ivoire. En effet, si on en croit nos sources, le pays d’Angela Merkel aurait conditionné le décaissement des fonds, aux avancées démocratiques à Abidjan. Dans ce sens, des fonds mobilisés par l’UE et devant servir au financement des élections et autres projets de développement, feraient en ce moment, l’objet d’un gel en attendant que les autorités ivoiriennes montrent pattes blanches. Il ne serait donc pas surprenant que coincé ainsi, par les bailleurs de fonds, le régime lâche dans les prochains jours, quelque peu du lest vis-vis de ses principaux contradicteurs. La belle illustration de cet état d’esprit, reste assurément, l’annonce faite hier, par le procureur de la République de dégeler les comptes de 43 personnalités jugées proches du président Laurent Gbagbo.

Autre bizarrerie, le ministre Hamed Bakayoko, sur sa page Facebook, a demandé aux internautes de se mettre dans la peau de l’autorité qu’il est et de faire des propositions de mesures à prendre pour que le pays aille à la paix. Bien évidemment, les suggestions n’ont pas manqué. De là à penser que l’homme cherche à s’emménager une porte de sortie,-en prenant prétexte des avis des uns et des autres-, honorable, il n’y a qu’un pas que des observateurs avertis ont vite fait de franchir du reste. Le premier flic du pays compte ainsi polir quelque peu, son image massacrée ces derniers jours par l’affaire des photos choquantes des conditions de détention de Charles Blé Goudé, suivie de la décision de transfèrement de ce dernier à la cour pénale internationale (CPI). Des actes qui ont vite fait de désigner Hamed Bakayoko,- dans les rangs de l’opposition significative-, comme l’ennemi n°1 de la réconciliation nationale dans le pays. D’où la demande de sa démission réclamée à cor et à cris, les jours qui ont suivi, par nombre de groupements nationaux.

Cela suffira-t-il à faire désarmer les détracteurs du securocrate en chef de la Ouattarandie? Rien n’est moins sûr. Surtout que le FPI a largement de quoi nourrir son antipathie pour l’ancien compagnon de feu Thierry Zébié avec lequel il prenait plaisir, au début des années 90, à taper sur les étudiants de la Fesci, en lutte contre l’ordre ancien. Des méthodes brutales qui n’ont presque jamais quitté l’actuel ministre de l’Intérieur qui, dit-on, a juré en privé de pacifier le pays pour la gloire de son mentor, Alassane Ouattara, quelque soit le prix à payer. Une tâche dont il s’acquitte jusque-là tant bien que mal, tout en gardant un oeil bien rivé sur un certain Guillaume Soro, son meilleur ennemi interne qui lui, attend de profiter de la moindre faille pour causer sa perte.

Géraldine diomandé

Source: Aujourd’hui

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