L’appel d’un “microbe” ivoirien : «Papa, maman, revenez»

L’appel d’un “microbe” ivoirien : «Papa, maman, revenez»

Ce ne sont encore que des enfants et ils ont déjà du sang sur les mains. Héritage de la crise post-électorale en Côte d’Ivoire, ces dénommés “microbes” agressent la population pour survivre. Wilfried Lorougnon fait partie de ces microbes. Il raconte sa descente aux enfers.

Avant, je vivais avec mon papa et ma maman. Tout allait bien, je ne manquais de rien. Jusqu’à ce que mes parents décident d’aller en Europe. J’ai alors été laissé à la charge de mon grand frère, brouteur [un arnaqueur sur internet, NDLR], qui ne s’occupait pas de moi. Les tantes chez qui j’habitais me rappelaient constamment que mes parents étaient absents. Certes, elles me donnaient à manger, un endroit où dormir, mais leurs paroles déplacées me rappelant sans cesse mon état m’ont fait quitter la maison à l’âge de 14 ans.

Quand rien ne marche, je prends pour moi

Lors de la crise post-électorale, où tout était mélangé, j’ai rejoint des amis plus âgés avec qui je dormais. Depuis 2010 jusqu’à aujourd’hui, je suis à ma charge. Pour avoir ma pitance quotidienne, je vais dans les espaces fréquentés, comme les maquis, les bars et les restaurants, pour y garer des voitures. À côté de cela, je fais la manche comme bon nombre de mes amis, pour avoir de quoi manger. À ce moment-là, toutes les solutions ont été envisagées : stationnement de voiture et mendicité.

Mais quand tu es confronté à la méchanceté des uns et des autres et que toi, ventre creux, tu essaies tant bien que mal de les servir ou de faire la manche pour juste avoir de quoi à manger, et que tu fais face au refus et au dédain pendant qu’eux roulent dans de grosses voitures et mangent de la bonne nourriture, tu fais quoi ? Quand rien de tout ça ne marche, je prends pour moi ! ["Je vole !”, NDLR].

Avons-nous vraiment le choix ?

Personne n’a envie de risquer sa vie, mais tu n’as pas le choix. C’est en ce sens que je remercie Arafat DJ et son frère DJ TV3 pour ce qu’ils font pour nous les jeunes. Ils font partie des rares personnes qui ne nous regardent pas comme des sales sauvages démunis d’humanité. Chaque fois que nous avons l’occasion de les rencontrer, ils nous donnent de quoi nous vêtir et à manger.

On me demande des fois si je veux quitter ce monde ? Bien sûr que je veux quitter ce milieu. Qui a envie de rester des jours sans manger, de risquer sa vie à tout moment pour un téléphone ou un sac à main ? Personne ! Mais, avons-nous vraiment le choix, quand personne ne veut nous accorder sa confiance parce que nous sommes dans la rue ?

C’est pourquoi je profite de cette occasion pour envoyer ce message à mes parents : “Papa et maman, vous m’avez laissé ici pour aller vous chercher à “Bengue” [E[En Europe, NDLR]Mais ceux à qui vous donnez de l’argent pour moi ne me donnent rien. Et personne ne s’occupe de moi. Papa, maman, revenez, venez me chercher.”

Propos recueillis par Daouda Coulibaly, Abidjan

Source: rnw.nl

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