L'armée est-elle à bout de souffle ? от arhib0 на Rutube.

L’armée française à bout de souffle?

Il y a un an, François Hollande promettait solennellement de tout mettre en œuvre pour «détruire l’armée des fanatiques». A-t-il tenu son engagement?

En septembre 2014, un an et demi après l’intervention française au Mali contre les djihadistes, le gouvernement irakien sollicite l’aide militaire de la France face aux avancées de l’EI. Le 20 septembre 2014, l’opération Chammal est lancée: l’armée française bombarde l’organisation djihadiste en Irak, aux côtés de ses alliés –notamment américains– engagés dans l’opération Inherent Resolve. Quelques jours plus tard, l’EI appelle ses sympathisants à assassiner des ressortissants français (même si certains projetaient déjà des attaques en France et l’Europe). Selon Michel Goya, ancien colonel de Marine, analyste des conflits et auteur du blog La voie de l’épée, l’opération Chammal est inefficace sous sa forme actuelle.

«L’engagement des forces aériennes françaises en Irak, c’est quatre bombes par jour, sur un territoire grand comme le Royaume-Uni. Et pendant longtemps, c’était deux bombes par jour, soit 5% des frappes totales de la coalition. On s’est aligné sur le mode opératoire des Américains, qui ont besoin du vote du Congrès pour engager des troupes au sol. Avec la force aérienne, on ne peut frapper qu’un certain type de cibles, plutôt fixes. Et pour l’ennemi, c’est plus facile de se défendre. L’opération Chammal a coûté environ un milliard d’euros, soit 0,045% du PIB. Mais ça n’a permis de neutraliser qu’un millier de combattants. Ça fait donc un million d’euros par djihadiste éliminé», explique-t-il.

Michel Goya rappelle également la terrible spécificité de cette guerre contre l’EI: 100% des pertes françaises sont des civils, tués sur le territoire national dans le cadre d’attentats terroristes. Selon l’ancien colonel, l’armée française devrait pouvoir déployer des moyens plus diversifiés, et pas seulement des bombardements aériens, pour vaincre son adversaire. C’est le mode opératoire mis en œuvre pour combattre les djihadistes au Sahel, dans le cadre des opérations Serval puis Barkhane.

«Ainsi, on peut à la fois appuyer nos alliés au plus près et agir dans la profondeur, sur des cibles plus stratégiques. En Irak, les Américains ont progressivement élargi leur mode d’action. Ils ont introduit des avions d’attaque, quelques hélicoptères, de l’artillerie… Au Sahel, l’armée française, qui est également dans une stratégie d’appui aux forces locales, a déployé des hélicoptères et des troupes au sol. Elle aurait également pu le faire en Irak, où on a récemment déployé une batterie d’artillerie. Mais on est resté dans un format a minima, alors que nous avons déclaré la guerre à l’EI et frappé les premiers. La guerre, il faut la faire sérieusement, surtout quand on s’engage devant les familles des victimes du terrorisme à ‘engager tous les moyens», analyse Michel Goya.

L’opération Sentinelle, peu efficace et problématique

Depuis plus de vingt ans, les Français se sont habitués à la présence de soldats patrouillant dans les rues. Le plan Vigipirate, mis en œuvre à partir de 1991, instaure une surveillance militaire autour des sites dits «sensibles». Au lendemain des attentats de janvier 2015, le gouvernement met en place l’opération Sentinelle, qui mobilise environ 10.000 soldats supplémentaires. Toutefois, ce déploiement pose question quant à son efficacité. Le soir du 13 novembre 2015, les militaires présents à proximité du Bataclan ne sont pas intervenus car ils n’en avaient pas reçu l’ordre. En revanche, rue de Charonne, des membres du 1er régiment de chasseurs de Verdun ont mis en place un cordon de sécurité qui a permis aux secours d’intervenir.

«Est-ce que l’efficacité de Sentinelle est à la mesure de son coût? On a effectivement un gain de sécurité car on complique la tâche de l’adversaire. Mais si on maintient le dispositif en l’état, on prend le risque d’abîmer ou de fatiguer notre outil de défense, le seul qui puisse intervenir en dehors du territoire national. Les avantages ne sont donc pas à la hauteur des sacrifices. De plus, le niveau de violence auquel nous sommes confrontés sur le territoire national peut être traité par les forces de sécurité (police et gendarmerie), qui ont été équipées récemment de fusils d’assaut, de casques pare-balles, de boucliers… Les armées doivent rester l’ultima ratio, le dernier recours», explique le chercheur Elie Tenenbaum.

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