Lassana Bathily, l’ex-sans-papiers devenu un héros

Lassana Bathily, l’ex-sans-papiers devenu un héros

Employé de l’épicerie casher, à Paris, ce malien de vingt-quatre ans, de confession musulmane, 
a sauvé des vies vendredi. Lycéen, il avait échappé de peu à l’expulsion en 2009…

C’est un rayon de soleil dans une sombre actualité. Lassana Bathily, le jeune employé d’origine malienne de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, a sauvé des vies en dissimulant un groupe de plusieurs personnes dans la chambre froide du magasin, au moment ou Amedy Coulibaly faisait irruption sur place. « J’ai entendu des coups de feu. Puis j’ai vu mon collègue et des clients descendre en courant. Je leur ai dit : “Venez, venez !” Je les ai fait entrer dans les congélateurs », a raconté le jeune homme à plusieurs médias télévisés. Six personnes s’engouffrent alors, dont un papa avec son tout jeune enfant. « J’ai éteint la lumière, j’ai éteint le congélateur. (…) Puis j’ai fermé la porte, et j’ai dit : “Vous restez calmes là.” » Au rez-de-chaussée, quatre personnes sont semble-t-il déjà tombées sous les balles d’Amedy Coulibaly, dont Yohan Cohen, 23 ans, lui aussi employé du supermarché, fan de rap et ami de Lassana. Ce dernier essaie alors de convaincre les clients avec qui il s’est caché de tenter une sortie, par l’arrière, mais personne ne veut se lancer avec lui. « Moi j’ai pris le risque de sortir, car je connaissais les issues de secours… 
Mais si l’autre m’avait vu, j’étais mort », assure-t-il.
Heureusement, sa tentative est couronnée de succès. Dehors, Lassana informe les policiers de la configuration du magasin, pour les aider à préparer l’assaut. Un autre employé leur fournit les clés du rideau de fer de l’entrée principale, baissé depuis le début de l’attaque. Un peu après 17 heures, le Raid libère tous les otages, sans faire d’autre victime qu’Amedy Coulibaly lui-même, qui s’est jeté sur les policiers en tirant. Une fois en sécurité, les clients du supermarché peuvent féliciter Lassana.
Originaire du village de Samba Dramané, dans la province de Kayes, au Mali, où sa mère vit toujours, le jeune homme de vingt-quatre ans, arrivé en France en mai 2006, fait, depuis son geste héroïque, la fierté de sa famille et de ses amis. Hier matin, il a même reçu les félicitations de François Hollande, qui l’a joint par téléphone. De confession musulmane, Lassana ne veut pas tirer de gloire particulière de son action, ni insister sur sa religion. « On est des frères. Ce n’est pas une question de juifs, de chrétiens ou de musulmans. On est tous sur le même bateau, il faut qu’on s’aide pour sortir de cette crise », a-t-il expliqué sur BFMTV.
Né le 27 juin 1990 en Côte d’Ivoire mais de nationalité malienne, Lassana n’a pas eu un parcours facile, depuis son arrivée en France, à 16 ans. De 2007 à 2009, il est scolarisé au lycée professionnel Erea Jean-Jaurès dans le 19e arrondissement de Paris, où il fait preuve de beaucoup de sérieux. « Il y a brillamment obtenu son CAP de carreleur-mosaïste », se souvient sa professeure d’arts appliqués, Zimba Benguigui, qui décrit un garçon « toujours souriant, discipliné, participatif ». À l’époque, Lassana est hébergé au foyer de travailleurs migrants de la rue Saint-Just, dans le 17e, coincé entre le cimetière des Batignolles et le stade de foot Léon-Biancotto. Un foyer et un stade qu’il fréquente encore régulièrement. L’un de ses frères, Fousseni, habite toujours sur place. Et Lassana s’entraîne régulièrement avec le FC Africa, où il tient le poste de latéral droit. « Son geste ne m’a pas surpris car c’est un jeune humaniste, un garçon adorable, témoigne Djibril Soumaré, le président du club de foot. Mais 
il a quand même fait preuve d’un sacré courage… »
Peut-être aussi le résultat de la lutte menée avec le Réseau Éducation sans frontières (RESF) pour éviter son expulsion en 2009 et obtenir une première régularisation, en 2011. Un souvenir toujours vivace pour son professeur d’anglais de l’époque, Alexandre Adamopoulos, qui avait retrouvé Lassana il y a un mois et conversait encore avec lui hier, via Facebook. « Je l’ai félicité pour son geste. C’est un symbole très fort. Car nous nous battons toujours pour de nombreux lycéens sans papiers que les autorités continuent de rejeter. Or, les jeunes comme Lassana représentent l’avenir de la France. »
Un peu submergé depuis deux jours, le jeune homme disait ce week-end avoir besoin de « repos ». Alors que des appels étaient lancés sur les réseaux sociaux pour qu’on lui décerne la Légion d’honneur, lui indiquait seulement avoir fait, avant les événements de cette semaine, « une demande de nationalité française ». « Je ne sais pas si ça va marcher… Franchement, je ne compte pas sur ce qu’il s’est passé pour que ça change quelque chose. Mais si je l’obtiens, ça sera un plaisir. »
ALEXANDRE FACHE

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