Laurent Dona-Fologo sur RTI 1: « Je regrette d’avoir créé le Rpp… Gbagbo aurait dû démissionner»

Laurent Dona-Fologo sur RTI 1: « Je regrette d’avoir créé le Rpp… Gbagbo aurait dû démissionner»

Visage très connu dans le paysage politique ivoirien, Laurent Dona-Fologo, longtemps ministre dans les gouvernements des présidents Félix Houphouët-Boigny et Henri Konan Bédié, ancien secrétaire général du Pdci-Rda et ex-président du Conseil économique et social, était l’invité de Brou Aka Pascal à l’émission «Parlons franchement» sur les antennes de la Rti 1ère Chaîne. Au cours de cette émission, monsieur Laurent Dona-Fologo a passé en révue l’actualité politique nationale, salué le bilan du président Alassane Ouattara, et a évoqué ses relations avec le président Henri Konan Bédié et son retour au Pdci, non sans aborder sa collaboration avec l’ancien président Laurent Gbagbo.

(…) Et ce gouvernement que vous intégrez en 1974, vous ne l’avez jamais quitté. Au contraire, votre position n’a fait que se renforcer, jusqu’à devenir super ministre en 1986. Comment expliquez-vous cette confiance dont vous jouissez auprès du président Houphouët-Boigny ?

En tant que bon journaliste, je dois dire que j’ai eu à faire tous les voyages à l’étranger avec le président Houphouët-Boigny car à l’époque, il voyageait beaucoup. Il était souvent invité en Afrique comme à l’extérieur. Nous avons été aux USA, au Canada, au Mexique, enfin un peu partout. Le président Houphouët a eu le temps de voir me comporter, de me suivre un peu. A chaque remaniement, il ne me pose même pas la  question de savoir si je suis reconduit ou si je dois partir au point qu’en 1986,  vous  savez que j’ai organisé la première CAN ivoirienne en 1984. Les Ivoiriens ont pris goût à la CAN grâce  à cette opération. (…) Au cour d’une réunion du Conseil national, le président Houphouët Boigny a dit, il y aura remaniement dans quelques jours, mais il y a un ministre qui est sûr qu’il va rester, il s’agit de Fologo. Le Chef de l’Etat, qui fait cette annonce publique, cela a fait trembler plusieurs personnes.

Laurent Dona-Fologo très proche collaborateur du président Félix Houphouët-Boigny, vous aviez accès à lui mais vous dites que vous ne l’appeliez jamais directement alors que vous avez son numéro ?

Je pense que c’est le respect, car moi je suis un enfant du boi sacré et le respect chez nous est sacré. Le président Houphouët-Boigny m’estimait beaucoup, mais je n’ai jamais confondu cet amour au respect que je devais au Chef de l’Etat.  J’appelais comme tout le monde au standard.

Monsieur le président, beaucoup de mauvaises langues vous qualifiaient de griot qui savait flatter le président Houphouët.

Cela ne me gêne pas que je sois appelé griot car le griot est celui qui chante les éloges du roi. Moi, je chantais les éloges du président Houphouët par les écrits.

Vous avez dit que si vous aviez en charge plusieurs ministères, c’est parce que vous bénéficiez de la confiance du président Houphouët-Boigny et que cette confiance vaut à elle seule plusieurs compétences. Ce n’est pas trop fort de le dire ainsi ?

Ce n’est pas trop fort, c’est simplement la réalité, car chaque époque a ses réalités. Même aujourd’hui, si un ministre bénéficie de la confiance totale du président de la République, ça vaut  plusieurs ministères. Car, c’est le président de la République qui est élu au suffrage universel.  Donc, s’il donne sa confiance en une personne, c’est une partie de ce suffrage qu’il transmet. Par conséquent, j’ai estimé que la confiance que le président me vouait valait toutes les compétences dans la mesure où, j’essayais de mériter cette confiance par mon travail. Il y a certaines ministres que je ne citerais pas ici, qui n’ont pu faire un an dans le gouvernement à cette époque. Si moi j’en fait 20, c’est que cette confiance était importante.

Vous êtes journaliste et certains journalistes disent  qu’il n’est pas facile de travailler avec vous, car vous n’aimiez pas les critiques. Nous, au sport, on se souvient que vous nous reprochiez d’avoir critiqué l’équipe nationale. Vous interdisiez aux journalistes de critiquer les Eléphants. Laurent Dona-Fologo voulait-il caporaliser la presse ? 

Je n’ai pas cette impression. L’amour que j’ai pour mon pays m’interdisait de critiquer, de façon légère, les formateurs et les joueurs. Je n’ai jamais mis un journaliste en prison et je voulais que les journalistes aiment leur pays autant que moi.

Je voudrais que nous parlions de Congrès du Pdci de 1990, le dernier Congrès de Félix Houphouët-Boigny. Un Congrès qui avait débuté à Yamoussoukro et s’est achevé à Abidjan. Le président Houphouët-Boigny vous a imposé au poste de secrétaire général alors qu’il y avait  des velléités de candidatures notamment, Akoto Yao. Le président  avait dit je suis Akan et je suis président et que tous les Akan qui lorgnent le poste de secrétaire général aillent loin ?

Oui c’est vrai, il a dit cela. Imposé, le mot est fort. On peut dire que le président Houphouët m’avait choisi et au Congrès de vous accepter. Vous connaissez l’histoire de ce parti, il y avait un secrétaire général pendant de longues années. C’était le président Philippe Grégoire Yacé, qui a marqué le Pdci en qui le président Houphouët avait mis sa confiance et qui a servi très loyalement  le Pdci pendant de longues années. Presque 20 ans au poste de  secrétaire général. Ensuite, président de l’Assemblée nationale en même temps. En 1980, le président le fait changer de poste. Il est évident que le remplacer immédiatement ne sera pas facile parce qu’il avait marqué son temps. Qu’est-ce que le président Houphouët a fait ? Il a fait une rupture un peu spéciale. Il a nommé un petit comité qu’on appelait, le Comité exécutif. Ce Comité exécutif était composé de 9 personnes d’abord et 13 ensuite.

L’on disait que chacun de ces 9 personnalités se voyait comme le successeur de Félix Houphouët-Boigny ?

Je ne sais pas mais toujours est-il que ces 9 personnes n’avaient pas de responsabilité particulière. On formait un groupe qu’on appelait le Secrétariat du président du parti. Il n’y avait donc pas de chef dans ce Secrétariat exécutif. Camille Alliali qui était notre aîné du groupe, nous l’avons pratiquement nommé comme chef de cette équipe avec les Lazeni Coulibaly, Sery Gnoléba. Cette période n’a pas été longue. Elle a duré dix ans.  Le président  Houphouët, un an avant ce Congrès de 1990,  m’a  informé que je serai le secrétaire général du parti en privée. J’ai gardé cette information pour moi seul. Mais mon épouse n’était pas au courant.

En  1990, le Congrès ordinaire s’est tenu à Yamoussoukro. C’est au cours de ce Congrès, que le nouveau secrétaire général devrait être désigné. Il y a eu quelques difficultés.  Il y a eu les affaires de Hamed Bassam, de certains jeunes. Le président Houphouët-Boigny, habilement, a dit qu’il y aura un congrès extraordinaire pour mettre en place les nouvelles structures du parti à Abidjan. Et il a dit que cela aura lieu dans trois mois. Malheureusement, cette  période a été très dangereuse pour le Pdci-Rda. Au lieu de trois mois,  nous  avons entendu 8 mois. Et pendant 8 mois, le parti a fonctionné sans structure. C’est-à-dire qu’il y avait seulement que le président du parti. Il n’y avait pas de secrétaire général. Donc, cette  période a été difficile parce que c’est à cette période que l’on préparait l’arrivée du multipartisme.

Avant ce Congrès, ceux qu’on a appelés les rénovateurs se sont signalés. Le président Félix Houphouët-Boigny avait semblé ne pas accepter cela avant de les liquider d’une seule question : ‘’Qu’avez-vous créé pour rénover’’ ? Et vous Laurent Dona-Fologo, vous étiez pour l’orthodoxie ?

Oui, mais je n’étais pas contre la rénovation puisqu’ils faisaient certaines réunions chez moi à la maison. Les jeunes n’avaient pas tout a fait  la même vue que nous  sur cette questions. Mais  la manière de présenter, de l’exprimer au président Houphouët-Boigny, je ne l’acceptais pas. Donc je leur disais qu’ils peuvent dire la même chose avec plus de politesse vis-à-vis du président Houphouët-Boigny. Mais nous n’avons jamais été contre la rénovation. C’est-à-dire elle aurait pu ne pas donner lieu à une création de parti.

Peut-on dire que c’est la défaite des rénovateurs qui a précipité la création du Rdr ?

Peut-être la manière  de les recevoir.

On dit que la parole a été refusée à Djéni Kobina ?

Je pense qu’il faut être juste. Avant le Congrès  extraordinaire de 1991, il y a une réunion du Bureau politique  et il a été demandé aux membres du Bureau qui voulaient prendre la parole sur le congrès et Djéni Kobina n’a pas demandé la parole. Ceux  qui ont posé la question savait de quoi ils parlaient. Ils ont même reposé la question. Comme personne ne voulait parler la séance a été levée. Cette réunion du Bureau politique précédait le Congrès qui s’est tenu à l’hôtel Ivoire. Et le lendemain, c’était le Congrès qui était présidé par Sery Gnoléba.

Nous avons adopté ce qu’il fallait adopter par acclamation puisque c’était le parti unique. Et pratiquement à la fin du Congrès, M. Djéni Kobina lève le doigt. Et  le président du Congrès lui dit : « monsieur, c’est trop tard car nous avons donné assez de temps de parole  et maintenant, nous levons la séance ». Nous avons donc levé la séance. C’est à la suite de cela que certains ont considéré qu’il fallait peut-être lui donner la parole. C’était la discussion. Est-ce que c’est vraiment l’origine du Rdr, je ne peux pas affirmer. Je  pense qu’en vérité, de toute façon, ce mouvement serait né. Je  pense qu’il était presque déjà né.

En tant que secrétaire général du Pdci, vous avez suivi de près deux événements importants de notre histoire. C’est la mort du président Félix Houphouët-Boigny et le coup d’Etat de 1999. Comment avez-vous vécu ces deux moments ?

D’abord, la mort du président, je crois que tous les Ivoiriens ont vu cela avec beaucoup d’émotions. Et je dirais pour la plupart avec beaucoup de tristesse et même d’inquiétude. J’étais abattu, vous pouvez l’imaginer moi qui bénéficiais de beaucoup de temps de confiance. Mais, quand j’ai vu arriver presque tous les hommes politiques français de tous les bords à Yamoussoukro pour l’enterrement, j’ai été soulagé. Je me suis dit qu’il n’était pas possible de rendre  plus grand hommage à un chef d’Etat africain; mais je me suis dit que c’est une grande époque qui se terminait et j’étais inquiet pour la suite, je ne cache pas bien qu’on ait prévu des choses pour la suite. On n’est jamais tranquille lorsqu’on perd un grand chef et j’ai toujours dit il est toujours difficile de succéder à un grand chef, c’est certain, ce n’est pas facile. Voilà la première chose.

1999, premier coup d’Etat en Côte d’Ivoire. J’ai dit que j’étais inquiet en 1993  et six ans après, intervient le premier coup d’Etat militaire en Côte d’Ivoire. Je l’ai très mal vécu naturellement. D’abord ça me faisait mal qu’on dise qu’il y a eu un coup d’Etat militaire en Côte d’Ivoire. Parce qu’il y en ait eu partout en Afrique, surtout autour de nous. Alors c’était une fierté de dire qu’on a réussi à traverser cette période difficile dans la fraternité, dans le dialogue. Malheureusement, voilà le coup d’Etat. Ce qui était considéré comme la particularité de la Côte d’Ivoire venait de tomber. Cela nous a fait mal. Deuxièmement, nous l’avons vécu, nous-mêmes personnellement difficilement.

Est-ce que vous avez été brutalisé vous-même ?

Brutalisé, là encore, on peut l’accepter. La maison a été saccagée. Tout cela fait partie de la politique. Quand vous faites la politique, vous devez savoir que vous prenez des risques et qu’à tout moment tout peut arriver. Mais, ce qui m’a le plus peiné, c’est que quand nous avons été enfermés à Akouédo, quelques camarades et moi-même, nous avons eu l’impression que nous ne savions pas ou nous allions. C’est ce qui était inquiétant. Personne n’est arrivé à nous dire, de façon précise, ce qui était arrivé, pourquoi ? Et qu’est-ce qu’il fallait faire pour redresser le pays.

On ne peut pas dire qu’on nous a torturés. Les mots seraient trop forts, mais on a eu quelques inquiétudes. Je vous cite ce petit passage. J’ai été arrêté à l’hôtel du Golf par quatre militaires qui m’ont pris. J’étais assis devant la télévision dans une chambre d’hôtel. J’ai voulu mettre juste mes chaussures puisque j’étais en tenue légère. Ils ont refusé que je mette mes chaussures. Je leur ai dit que j’étais un homme politique. On n’arrête pas un homme politique comme on arrête un vulgaire criminel. Je ne suis pas un criminel. Ils m’ont jeté dans la voiture.

Deux m’encadrent derrière dans un véhicule de type 4X4 avec deux devant dont le chauffeur. A un moment donné, au moment où ils me trainaient vers Akouédo, celui qui était à gauche a mis le fusil sur ma tempe. Il m’a posé une question que je ne veux pas répéter parce que je n’ai pas envie de la répéter. Je n’ai pas répondu. Celui qui était à droite, s’est aperçu que j’avais le fusil sur la tempe. Il a crié sur son collègue. Il lui a demandé d’enlever cela tout de suite. Effectivement, il a enlevé le fusil. C’est dans ces conditions, mi-rassuré, mi-inquiet que je suis arrivé à Akouédo.

Ce sont des épisodes, je n’en fais pas un drame parce que je dis que ce sont des choses qui arrivent aux hommes politiques. Si chacun devait garder ce qu’il a vécu à un moment ou à un autre, il n’y aurait jamais de réconciliation. Mais, si on ne veut pas les oublier, on ne va jamais se pardonner.

Revenons maintenant au Pdci, dans cette période, vous assuriez l’intérim de la présidence. Le président Bédié est en exil et en 2002, vous vous présentez contre votre président. C’est la première fois cela se voit dans ce parti. C’est un crime de lèse-majesté.

C’était au Congrès de 2001. C’est le congrès qu’on a tenu au retour du président. Ce serait trop long à vous dire les circonstances qui m’ont amené à me présenter. Cela a été possible parce que la période de deux ans que j’ai passée intérimaire de gestion du Pdci m’a révélé certains comportements qui m’ont négativement marqué. Déjà, j’étais assez perturbé par le premier coup d’Etat.

Ensuite, il y a eu quelques comportements qui m’ont amené à dire que s’il est ainsi, moi, je veux garder ce que le président Houphouët m’a enseigné. Donc, je me présente. Si je gagne, je me battrai pour cela. Je n’avais jamais envisagé de quitter la maison. Si on veut quitter une maison, on ne se présente pas pour la diriger. Mais après notre échec à ce Congrès, nous n’avons pas eu la réaction que nous attendions par rapport au parti ou à ses chefs. Cela a un peu affecté notre égo. Et puis, on a dit on va voir ce qu’on va voir.

C’est un peu sur un coup de tête que j’ai créé le Rpp. Je le reconnais aujourd’hui, un ami à moi à l’époque m’avait conseillé de ne pas créer de parti. Il m’a dit tu as été trop loin dans le Pdci, tu as été président intérimaire, tu as été secrétaire général. Ce serait une erreur de quitter le parti. Je ne l’ai pas écouté parce que j’étais dans un état qui ne permettait pas de l‘écouter. Aujourd’hui, je regrette de ne l’avoir pas écouté. Je le dis très clairement.

Vous Laurent Dona-Fologo, fidèle serviteur d’Houphouët-Boigny et d’Henri Konan Bédié, vous perdez la présidence du parti, vous créez un autre parti le Rpp. On vous retrouve plus tard serviteur de celui qui a été l’adversaire irréductible de votre inspirateur politique Félix Houphouët-Boigny, je veux parler de Laurent Gbagbo. Est-ce cela que vous appelez le refus d’une opposition aveugle ?

Non, je crois que pour comprendre cette affaire, il faut se souvenir de ce qui s’est passé à cette période. La première partie a été présentée comme un combat pour la souveraineté, un combat pour le refus de la soumission à l’ancien colonisateur. Cet aspect qui va jusqu’aux élections a des aspects tout à fait défendables en ce qui me concerne. Par contre, à partir des élections, et la partie post électorale, on n’a plus été tout à fait sur la même longueur d’onde. Il y a eu beaucoup de choses que je ne veux raconter.

Beaucoup de gens, des pasteurs, des curés, etc. se sont mêlés de cela qui ont fait que je ne me suis plus senti très à l’aise de la dernière partie jusqu’au panel des chefs d’Etat de l’Union africaine à Abidjan, ici. Là, j’ai eu le courage et l’honnêteté d’aller trouver le président de la République en privé et lui dire monsieur le président, à partir du panel, il faut arrêtez. Que vous ayez été battu ou pas battu, décidez que vous arrêté. Moi, je crois qu’un mal vaut mieux qu’un autre. J’aurais préféré que le président démissionne parce qu’il dit que je ne veux plus qu’une seule goûte de sang d’un Ivoirien coule en Côte d’Ivoire. Par conséquent, j’arrête. Que je sois battu ou pas cela ne m’est égal.

Je crois que ce comportement, peut-être, aurait ému quand même certaines personnes. Je ne suis pas sûr que l’épilogue aurait été ce que nous avons vécu. Même le président actuel aurait été sensible à cela. Peut-être, ils auraient parlé et on aurait eu un autre épilogue. Donc cette partie, pour la comprendre, pour juger, dans tous les cas, je vous le dis très clairement, j’assume personnellement tout ce que je fais. Lorsque je considère que je ne suis plus sur la bonne voie, je m’en vais, ce n’est pas compliqué. Il faut que chacun ait la conscience de partir lorsqu’il se sent perdu et qu’il cherche une autre voie. Le péché n’est pas de le commettre puisqu’il existe.

Cette façon de faire de l’opposition de collaborer avec l’adversaire d’hier, on dit que Laurent Dona-Fologo sèche ses linges là où le soleil brille.

Oui, c’est vrai j’ai entendu cela plusieurs fois et j’ai plusieurs fois répondu. J’ai dit d’abord qu’il n’y aurait que des idiots qui sécheraient leur linge là où il pleut. Ça ne me gêne pas qu’on me dise cela. Si je considère que le soleil brille mieux de ce côté-ci, dans la mesure où ma position ne gêne pas les autres outre mesure, il faut me laisser sécher mon linge au soleil ou le bout de soleil qui reste. Je ne vois pas en quoi cela est gênant. Non, je crois que le fait de changer parfois qui me fait trainer dans la boue ou louer…, Ce qui est important, c’est sa conscience, c’est d’être conscient que ce qu’on fait est utile ou pas. Si vous pensez que ce que vous faites, vous est plus utile à vous-même qu’à la nation, il faut arrêter, il faut partir. Ce n’est pas plus compliqué que cela.

Vous étiez à l’investiture du président Ouattara à Yamoussoukro. On vous a vu récemment au palais lors de la réception offerte aux Eléphants après la victoire à la Can. C’est cela servir la nation?

Oui, partout où il y a fête nationale, sauf si on me l’a interdit, je suis là. Peut-être, c’est le fait d’avoir servi longtemps au côté du président Félix Houphouët-Boigny, peut-être c’est le fait de sortir du bois sacré, parce que chez nous, la discipline c’est capital et l’ordre chez moi, c’est capital (…) Aujourd’hui, on parle d’émergence, moi je suis pour l’émergence. Et tout ce que je peux faire pour y participer, je le ferai. Je dis simplement, il faut que l’émergence concerne et le cerveau et le matériel. Qu’on construise, qu’on développe la Côte d’Ivoire, mais qu’en même temps, les esprits changent. Et s’adaptent à ce développement.

J’ai dit par exemple, faites le plus beau pont de la ville, et on vous dit, pour prendre le pont, il faut aller à droite. Et vous prenez le pont en sens inverse, à gauche. On voit ici des gens qui ne conduisent pas sur la route. Ils créent une 3e voie, tout ça doit cesser. Le président de la République ne peut pas se promener derrière chaque Ivoirien pour voir comment il ne comporte, comment il utilise ce qu’il met en notre disposition. C’est chacun d’entre nous qui doit faire un effort à son niveau. A chaque fois que je vois cela, je suis malade.

Vous avez déclaré être admiratif du bilan du président Ouattara. Qu’est-ce que vos appréciez dans ce bilan de 4 ans et demi ?

J’ai pensé qu’après les évènements que nous avons connus, difficiles, les casses, les morts, les destructions, etc., il serait très difficile de redresser le pays. Ça, j’en étais persuadé et je m’attendais à voir comment on a précédé pour redresser le pays. Moi, j’estime qu’aujourd’hui, en 4 ans, le président actuel a prouvé qu’il était capable de redresser le pays et il a réussi.

Nous sommes à la veille des élections, je ne suis pas membre de la campagne électorale, mais je dis la vérité. Je dis ce que j’ai vu, ce que je vois, je constate, le résultat est là. Un effort, un effort pour le développement, un effort pour rassembler. Ce n’est pas facile. Bien sûr, la gestion de l’opposition est à améliorer, c’est mon point de vue. C’est-à-dire, j’ai dit que l’opposant doit se considérer comme un futur gouvernant, de la même manière, le gouvernant doit se comporter comme un futur opposant.

Si chacun est convaincu de cela dans un pays démocratique, ça veut dire croire en l’alternance. Cela doit vous amener à plus d’humilité, de modestie et même à plus d’amour comme le dirait le président Houphouët-Boigny. C’est mon souhait. C’est mon vœu. Là, le président a fait beaucoup. Il reste beaucoup à faire, mais c’est à chacun d’entre nous d’apporter sa contribution. C’est pourquoi je dis que ce qu’il a fait est admiratif. Ailleurs, peut-être que les gens ne se promènent pas assez, mais pour nous qui sortons, il a fait beaucoup. Il y a des endroits à l’intérieur qui n’avaient pas vu de bitume depuis des années, et qui viennent de revoir un peu de bitume.

Vous Laurent Dona-Fologo, on avait du mal à vous imaginer en marge d’un pouvoir qui est train de réhabiliter l’Etat d’Houphouët-Boigny. Comment le président Bédié vous a accueilli ?

Le président Bédié est un homme d’un grand calme. Ce n’est pas un homme d’excès. J’ai un témoin, Patrick Achi a assisté à notre rencontre. Il est là, vous pouvez lui demander. La rencontre s’est bien déroulée. Le président n’est pas outre mesure surpris de me voir revenir. Mais, ce n’était pas l’occasion d’aller au fond des choses. Mon objectif, c’était de le saluer et lui dire, vous êtes le président du Pdci, je suis désormais un des vôtres. Même si j’ai été président, secrétaire général, ce n’est pas tout cela qui me préoccupe.

Moi, je suis de la maison Houphouët-Boigny et si Dieu le veut, je vais mourir dans la maison Houphouët-Boigny parce que je vous le dis, je suis passé là et au plus haut niveau. J’ai prononcé des discours de beaucoup de compagnons du président Houphouët-Boigny malheureusement. C’est moi qui ai fait le discours du président Yacé à Jacqueville. C’est moi qui ai fait le discours du président Gadeau à Tiébissou. C’est moi qui ai fait le discours du président Konian Kodjo à Yamoussoukro. C’est moi qui ai fait le discours du président Zamblé Bi Zamblé à Bouaflé. Quand on a fait tout cela, il est difficile de dormir en pensant qu’on n’est plus de la maison. Donc, j’ai été honnête, j’ai réuni mes camarades et je leur ai dit, je ne me sens pas à l’aise, je retourne dans ma maison, je pense que je vais finir mes jours dans cette maison.

Quand on préparait cette émission, vous m’avez dit, j’ai enterré beaucoup de grands du Pdci, je pense que c’est le Pdci qui doit m’enterrer. J’ai trouvé cela très émouvant.

C’est émouvant, je ne veux pas insister outre mesure. Chacun a son jour. Il m’a été donné l’occasion de vous dire ce que je dis là. Donc, il sera l’occasion à d’autres de faire pour moi peut être ce que j’ai fait pour le Pdci.

A cette période, il y a eu beaucoup de choses dures qui ont été dites. Aujourd’hui, tout est aplani?

Moi, j’ai la chance de supporter les choses. Je ne souffre jamais de ce qu’on dit à tort ou à raison. Moi, je comprends que certaines personnes ne me comprennent pas. Mais si elles avaient l’occasion de me parler, d’échanger avec moi, qu’on discute, je crois qu’on peut faire beaucoup de choses ensemble.

Comment appréhendez-vous les retrouvailles avec les militants du Pdci-Rda?

Je souhaite qu’elles soient fraternelles. Je pense que quelqu’un qui vous a servi pendant douze (12) ans à la tête du parti, qui a fait le tour de la Côte d’Ivoire, de tous les villages, qui a parlé souvent avec son père avec beaucoup de dévouement, on ne le rejette pas si lui-même revient vers vous. Je ne reviens pas pour prendre la place de quelqu’un, je ne reviens pas pour demander même un tabouret, moi, je reviens dans la maison. Mais dans la maison du père, il y a toujours la place pour tous les fils. Je suis dans la maison.

Beaucoup de jeunes cadres vous ont fait confiance et vous ont  suivi. Aujourd’hui, vous les abandonnez. Ouattara Gnonzié est l’un des plus virulents, un pourfendeur du régime. Sont-ils libres de faire leur chemin?

Ils sont tout à fait libres. Nous sommes dans un pays démocratique, nous sommes dans un régime démocratique. Moi, je veux être en paix avec ma conscience. Je l’ai fait. Tous les jeunes ne sont pas obligés de me suivre.

Vous les laissez orphelins?

Oui, ils sont orphelins mais ce n’est pas méchant. Parce que, si je peux leur être utile dans le bon sens, je le ferai s’ils me le demandent. Mais je constate que finalement, j’ai peut-être gêné certains parce que juste après mon départ à la tête du parti, ça clame. Alors que quand j’étais là, c’était le calme plat. Chacun est libre, chacun se gère.

Le président Bédié a lancé, en septembre dernier, un appel à soutenir le président Ouattara pour un second mandat et à constituer un grand parti politique. Etes-vous partie prenante pour cette aventure?

Tout à fait. J’ai dit que si la Côte d’Ivoire n’est pas un pays de miracle, c’est qu’elle est un pays béni de Dieu. A chaque époque, il y a de nouveaux éléments qui permettent à la Côte d’Ivoire de repartir. Vous savez que le Rhdp a été créé à Paris en 2005. Le président Bédié et le président Ouattara se sont vus et ils ont dit mettons-nous ensemble pour créer l’Houphouëtisme et le gérer. Certains ont dit non. Il faut arriver à se dépasser. Pourquoi voulez-vous que moi, je reste au bord de la route? Je ne vais pas le faire.

Nous sommes à 3 semaines de l’élection présidentielle. On parle de menace venant de certains partis de l’opposition. J’imagine que ça ne vous laisse pas indifférent. Comment vous réagissez?

L’opposition a toujours une manière de réagir. Il ne faut pas en faire un drame. Et puis l’opposition, ce n’est pas un métier. Ce n’est même pas une fonction. C’est une situation passagère. Je vous ai dit nous opposant, on peut être demain chef et gouverner. Ca, veut dire que dans un pays démocratique où l’alternance est possible tout peut arriver. Il ne faut pas en faire un drame. Ce que je ne veux pas, c’est le désordre, les casses, le sang. Ca je n’en veux pas. On peut dire ce qu’on veut mais il faut laisser la Côte d’Ivoire tranquille. Il faut laisser le peu que nous avons fait tranquille. Ce que le président actuel ajoute, il faut laisser ça tranquille.

Nous allons bientôt terminer cette émission, monsieur le président. On entend souvent dire que Fologo n’a rien, il n’a pas d’argent. C’est sûr que vous en avez déjà parlé. De quoi vivez-vous aujourd’hui, monsieur le président ?

Ce n’est pas juste de dire que Fologo n’a pas d’argent. Il y a une différence entre ce que les gens appellent être riche et être pauvre. Chacun utilise le peu qu’il a, selon sa conscience. Aujourd’hui, si je vois quelqu’un dire qu’il a une ordonnance à acheter, je lui donne ce que j’ai. S’il n’y en a pas, tant pis. Quand vous regardez autour de vous, vous ne pouvez pas dire si vous êtes riche ou pauvre. Autour de vous, il y a plus pauvre que vous. Il y a des gens qui sont milliardaires. Tout est relatif. Moi, je dis que je n’aurais jamais pu faire des études aussi élevées, si je n’avais pas bénéficié, à l’époque, des internats.

Quand on a voulu supprimer les internats en Côte d’Ivoire, je me suis opposé. Parce que les internats étaient faits pour les pauvres. Moi, fils de paysan, je n’aurais pas pu faire des études jusqu’à Paris, s’il n’y avait pas eu les internats au départ, puis les bourses pour aller faire les études. Donc, moi, je suis tenté de soutenir ces genres de politique. Je ne suis ni riche ni pauvre. Mais, j’ai un statut. Anciens ministres ou anciens présidents que nous sommes, nous avons un statut. On ne meurt pas de faim.

Votre père, votre inspirateur, Félix Houphouët-Boigny, se demandait si l’homme intelligent de la terre n’avait pas un peu d’argent en Suisse. Est-ce que vous avez un peu d’argent en Suisse pour vos vieux jours ?

Je n’y ai jamais rêvé. Si j’avais un peu d’argent, je ne vois pas pourquoi est-ce que je le mettrais en Suisse. Je peux mettre mon argent à Dakar ou à Lomé. Pourquoi en Suisse ?

Vous n’avez pas compris tous ces enseignements ?

C’est mon père, mais je ne suis pas censé tout comprendre.

Est-ce qu’il y a eu des choses que vous avez faites que vous n’auriez pas dû faire aujourd’hui ?

Oui ! Par exemple, créer un parti politique, après l’échec au Congrès, je n’aurais pas dû le faire. Ce n’était pas nécessaire.

Vous regrettez d’avoir créé un parti politique ?

Je pense que cela m’a éloigné un peu de mes amis.

Cela vous a-t-il fait perdre un peu de votre prestige auprès des militants ?

Non, pas spécialement, puis que certains militants me l’ont pardonné. Faites moi confiance, je vais me rattraper.

Propos retranscrits par Le Nouveau Réveil

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