Laurent Gbagbo dans le livre “Pour la vérité et la justice”: « Les Ouattara, ce n’est pas un couple, c’est une entreprise » (Extraits du livre)

Laurent Gbagbo dans le livre “Pour la vérité et la justice”: « Les Ouattara, ce n’est pas un couple, c’est une entreprise » (Extraits du livre)

Extrait du chapitre n°15 : « Les Ouattara, ce n’est pas un couple, c’est une entreprise »

(…) Les médias n’écrivent pas l’histoire, ils n’en ont ni les moyens, ni le temps, ni la vocation. En France, peu de médias audiovisuels auront déserté l’autoroute de la pensée unique, sécrétée en haut lieu par l’Élysée de Nicolas Sarkozy. L’implication du président français a été plus marquante que celle de Jacques Chirac dans ses démêlés avec Gbagbo, entre 2000 et 2007. Question de style. Son engagement a été aussi plus personnel : l’amitié qui lie Alassane Ouattara et Nicolas Sarkozy date de plus de vingt ans.

(…) Le 24 août 1991, Alassane Ouattara épouse Dominique, veuve Folloroux, à la mairie du 16e arrondissement de Paris. « Martin Bouygues était au premier rang, se souvient Glaser, qui a assisté à la cérémonie. » Mais ce n’est pas Nicolas Sarkozy qui a uni les époux Ouattara. « C’est du grand n’importe quoi cette rumeur ! » dit Antoine Glaser. Contrairement aux rumeurs persistantes qui circulent notamment sur le Web, c’est un adjoint au maire de l’arrondissement qui les a mariés. » « C’est à partir de ce mariage, raconte Le Post, que Nicolas Sarkozy et Alassane Ouattara vont cultiver leur relation sur fond de business et de politique. Via Martin Bouygues, Nicolas et Cécilia Sarkozy deviennent proches du couple Ouattara. »

L’épouse de Ouattara, Française née en Algérie, continue Le Post, devient une amie commune de Martin Bouygues et du couple Sarkozy. Elle se révèle être une femme d’affaires très influente. Elle a bâti sa fortune en gérant le patrimoine immobilier, substantiel, de Félix Houphouët-Boigny. Il est vrai que le premier président de la Côte d’Ivoire, dont la fortune s’élevait à la fin de sa vie entre 7 et 11 milliards de dollars, l’aimait beaucoup. De notoriété publique, ils étaient intimes. Un ancien collaborateur très proche de Houphouët se souvient des parties de flipper qui occupaient cer- tains de ses après-midi au café du coin quand il attendait le vieux président, en visite chez Dominique dans l’appartement qu’elle possédait avenue Victor-Hugo. Ouattara étant devenu Premier ministre, grâce à elle, le jeune couple a fondé son succès financier sur la fortune de l’ancien Président. Lui côté cuisine, elle côté jardin. Jusqu’à la mort du « Vieux », en décembre 1993. Houphouët disparut sans que l’on puisse trouver de testament écrit.

Arrivée en 1975 en Côte d’Ivoire, Dominique Folloroux occupa d’abord des emplois modestes, au bar l’Ascott, puis comme secrétaire à l’ambassade du Canada. Sa farouche détermination à s’en sortir, son charme, ses cheveux d’un blond éclatant, lui attirent très vite l’attention des hommes de pouvoir. Elle crée et développe sa société immobilière AICI (Agence immobilière de la Côte d’Ivoire) dès 1979, grâce à l’appui d’Abdoulaye Fadiga, gou- verneur de la BCEAO, qui devient, lui aussi, un ami intime. Elle récupère les biens immobiliers dont Houphouët-Boigny lui avait confié la charge, à une époque où il n’y avait aucune différence entre la caisse de l’État et la poche du chef de l’État. Elle gère ensuite le portefeuille d’Omar Bongo. Le défunt président gabonais lui confie la gestion de ses « biens mal acquis ». (…)

Le patrimoine d’Alassane Ouattara, et l’énigme de l’origine de l’immense fortune de Dominique restent donc un sujet tabou, qui ne passionne pas les foules. La grande presse ne s’en préoccupe pas. Citant un « ancien conseiller Afrique de l’Élysée » dans le livre Reines d’Afrique : le roman vrai des Premières dames : « […] il se peut que Dominique ait mis la main sur une partie du grisbi d’Houphouët. C’est du moins ce qu’affirment certains héritiers qui se disent spoliés. » Il est vrai que, en 1993, à la mort de Houphouët, on ne parlait pas encore de biens mal acquis. Seule une biogra- phie complète de Dominique et Alassane Ouattara pourrait démêler les fils dorés tissant leur histoire commune, et dire l’origine de leur fortune et de leur success-story. Les éléments qui existent permettent cependant d’en dessiner quelques contours.

Sur les liaisons prêtées à Dominique Nouvion-Folloroux après le décès de son mari, on a tout dit. Elle a tout nié. Que la jeune veuve blonde se soit retrouvée propulsée à la tête d’une affaire immobilière dotée du patrimoine du chef de l’État n’étonnait pas les proches du président ivoirien. Selon Michel de Bonnecorse, conseiller Afrique de l’Élysée, Houphouët fut très affecté quand Dominique jeta son dévolu sur Alassane Ouattara, puis l’épousa : « Jacques Chirac l’a vu pleurer. […] De là vient sans doute la méfiance que lui inspira toujours Ouattara, tenu pour celui qui a piqué la femme d’Houphouët. » Dominique Ouattara jure que ces ragots « l’ont tuée », et qu’elle « aimait beaucoup Houphouët », qui la considérait comme « sa fille ».

Avec habileté, les Ouattara sauront se faire des amis utiles : de Michel Camdessus, directeur général du FMI pendant quinze ans, à Martin Bouygues, ou George Soros, célèbre milliardaire et spéculateur : Dominique Ouattara m’a dit elle-même que c’était un de leurs amis proches. Le statut de haut fonctionnaire du Fonds monétaire international d’Alassane Ouattara lui permet de dis- poser d’un cercle d’amis puissants, optimisé par le travail intense de relations publiques de Madame. Cette alchimie donne au couple tous les atouts. Dominique Ouattara communique beaucoup à travers sa fondation Children of Africa, dont la marraine, la princesse Ira von Fürstenberg, et les invités, tous bénévoles, prétend la fondation, comme par exemple Alain Delon, Adriana Karembeu ou MC Solaar, se sont déplacés jusqu’à Abidjan, pour un dîner de charité, le 24 février 2012 à l’Hôtel Ivoire. Le 14 mars 2014, on s’éclate encore à Abidjan. « Maman Dominique », comme l’appelle un article du Figaro daté du vendredi 21 mars 2014, a fait venir un nouveau charter de célébrités, pour un gala de bienfaisance. Il s’agit cette fois de financer la construction d’un hôpital pour enfants de cent quinze lits, à Bingerville, à dix-huit kilomètres d’Abidjan. (…)

Tous les connaisseurs s’accordent à reconnaître à Dominique Ouattara un rôle central dans l’ascension de son mari, et dans son accession au pouvoir, obtenant la nomination de ce dernier à la direction de BCEAO, puis à la Primature. Elle contribue à lui construire un glamour propre à lui attirer toutes les sympathies, qu’elle véhicule dans les médias français. Son continuel travail de relations publiques donne au début de règne de son époux en Côte d’Ivoire un ton très international, bien qu’un peu clinquant. Par ailleurs, classée parmi les vingt-cinq business women les plus influentes du continent par le magazine Jeune Afrique en 2013, l’actuelle Première dame a fondé un groupe très puissant de salons de coiffure, et produits aux États-Unis, géré sous licence de la marque Dessange. Sa sœur, sa fille, son fils sont dans les affaires familiales. Rappelons que Loïc Folloroux fut aussi direc- teur Afrique du groupe anglo-saxon Armajaro, spécialisé dans le commerce du cacao, jusqu’à fin 2013. À ce titre, il eût son mot à dire lors de la nouvelle répartition des bénéfices du cacao à la chute du président Gbagbo. Quant à Ibrahima, véritable sosie de son frère Alassane (d’où son surnom de «Photocopie»), il s’apparente à une sorte de président bis, affecté à la gestion des budgets, et à leur répartition. Les Ouattara, ce n’est pas un couple, c’est une entreprise, commente Gbagbo avec un sourire.

Dominique Ouattara, comme son mari, manie assez bien un langage très policé aux accents de vérité. Un discours qui dit à peu près le contraire des réalités qu’il véhicule. Elle affirme, par exemple, avoir consenti à un grand sacrifice en abandonnant ses affaires dès qu’elle est devenue Première dame. La confusion des genres, très peu pour elle! Il faut naturellement relativiser son « sacrifice », en précisant qu’à travers quelques inconditionnels et historiques collaborateurs, et surtout les membres de sa famille, elle reste au centre d’un dispositif tentaculaire, qu’elle peut sur- veiller de son cabinet de Première dame, où elle dispose d’une quarantaine de collaborateurs.

Avec Elisabeth Gandon, fidèle entre les fidèles cumulant désormais la direction de Malesherbes Gestion – un bureau de syndic d’immeubles de 250 portefeuilles à ce jour –, celle de l’agence immobilière AICI (avec Nathalie Folloroux-Bejani, fille aînée de la patronne) et figure au conseil d’administration de Children Of Africa, on voit que Dominique n’est jamais loin. Les vases communicants entre les diverses composantes de la galaxie sont assurés. Son fils Loïc ayant quitté le business du cacao, il s’occupe maintenant de diriger le réseau de Radio Nostalgie en Afrique, autre propriété de sa mère. Sa sœur Nathalie, en plus de ses fonctions dans l’immobilier, le seconde.

Quant au gendre de Ouattara, Benedict Senger époux de Fanta Catherine Ouattara-Senger (fille d’Ado), il s’est vu attribuer par gré à gré en 2013 une série de contrats de contrôle des douanes, ports et aéroports, avec sa société Webb Fontaine. Une société enregistrée à Dubaï, avec siège social à Genève. En mars 2014, une mission du FMI en Côte d’Ivoire a pointé du doigt la gestion de cette société et les impor- tantes pertes de recettes qu’elle aurait engendrées pour l’État : 46,36 milliards de francs CFA (70 millions d’euros) manqueraient à l’appel dans les prévisions comptables de la douane ivoirienne.

« Dans la famille Nouvian, les frères […] Patrick est médecin généraliste à Hyères [Var]. Marc, cinquante-trois ans, a fondé en 2012 [un an après l’élection de son beau-frère Ado à la présidence !] la Sonecei, société de négoce international spécialisé dans le commerce de fèves de cacao (dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial) avec sa sœur Noëlle. Quant à Philippe, quin- quagénaire lui aussi, il a certes quitté la direction de la filiale gabonaise d’AICI, mais préside aux destinées du cabinet Gecmo, rompu aux secrets de ma maîtrise d’ouvrage, de la gestion immobi- lière. C’est à lui qu’échurent notamment le pilotage de l’appel d’offres de l’hôpital de Bingerville, si cher à son aînée, ainsi que le suivi des travaux de rénovation de la présidence. » De la charité au business familial, la boucle est bouclée. Honni soit qui mal y pense… (…)

François Loncle, ancien ministre socialiste, député de l’Eure, s’est exprimé sur les « manœuvres » qui ont contribué à semer le trouble au sein du Parti socialiste sur le dossier de la Côte d’Ivoire, et l’ont fait basculer contre Laurent Gbagbo. Un autre aspect de l’action des Ouattara avant son arrivée au pouvoir. Selon lui, le lobbying intense de Dominique Ouattara, « parvenue à ses fins grâce à sa fortune colossale », dit-il dans une série d’entretiens enregistrée et diffusée sur Internet par la documentariste Nico- letta Fagiolo, aura fait la différence. François Loncle mentionne le nom de socialistes pro-Ouattara notoires. Par exemple, l’actuel ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, ou Dominique Strauss-Kahn. Ces réseaux amicaux qu’on su tisser les Ouattara expliquent peut-être les refus réitérés, opposés aux tentatives de constitution d’une commission d’enquête sur les agissements de la France en Côte d’Ivoire proposée par le communiste Alain Bocquet. Ou bien encore Jean- Marc Ayrault. Il s’agissait alors d’éclaircir le rôle de la France et de son armée dans le coup d’État lancé contre Gbagbo en sep- tembre 2002. Ne rêvons pas : la transparence dans les relations entre la France et l’Afrique est encore une vue de l’esprit.

« Sarkozy a surtout connu Ouattara en 1993 au moment de la dévaluation du franc CFA », raconte Antoine Glaser. Le chef du gouvernement ivoirien a en effet aidé le Premier ministre français dans cette opération. Ouattara a alors dû traiter avec le ministre du Budget de l’époque, Nicolas Sarkozy.

« En 1997, Nicolas Sarkozy effectue son premier voyage en Côte d’Ivoire. Il y accompagne Martin Bouygues en tant qu’avocat d’affaires pour rencontrer à Abidjan Henri Konan Bédié [président ivoirien de 1993 à 1999] et défendre les contrats noués par son ami dans le pays, témoigne Gilles Labarthe. Ouattara est alors un ami personnel de Sarkozy. Il a intégré ses cercles familiaux et il est possible qu’ils se soient vus lors de cette visite plus économique que politique. »

Ensuite, entre Ouattara et Sarkozy, les liens deviendront de plus en plus étroits. « Quand Sarkozy était ministre de l’Intérieur, avec Cécilia, ils ont reçu le couple Ouattara à plusieurs reprises, précise Antoine Glaser. Et depuis qu’il est devenu président en 2007, Ouattara est passé prendre l’apéro à l’Élysée au moins quatre ou cinq fois », affirme encore le journaliste.

En août 2011, le président Sarkozy se repose dans la villa appartenant à la famille de sa nouvelle épouse, Carla Bruni, au Cap Nègre sur la Côte d’Azur. Il fait une exception à leur isole- ment estival pour le couple Ouattara, qui est reçu à dîner. Le 25 janvier 2012, le président Ouattara est invité en visite d’État en France. Toute la pompe républicaine lui est réservé : la garde républicaine à cheval accompagne le couple de son arrivée aux Invalides, après un transport par hélicoptère depuis l’aéroport, jusqu’à son hôtel. Pour le Nouvel An 2013, c’est au tour de Nicolas et Carla Sarkozy d’être reçus, en privé, par les Ouattara dans leur splendide propriété de bord de mer, à Assinie, un petit paradis situé quelques dizaines de kilomètres à l’Est d’Abidjan. Cette intimité ne s’est jamais démentie, même dans les mauvais moments. Sous le choc de sa défaite électorale du 6 mai 2012, Sarkozy voit un seul chef d’État accourir à l’Élysée pour le réconforter : Alassane Ouattara. D’après Alpha Condé, le président de Guinée-Conakry, Ado n’a tout de même pas fait le voyage pour rien… Condé s’indigne de n’avoir toujours pas reçu les 5 millions d’euros que la France lui a promis. Alors que, affirme-t-il dans le magazine Challenge, Alassane Ouattara « qui a rendu une visite privée à Sarkozy au lendemain de sa défaite, serait reparti avec 150 millions ». Le président guinéen ne sera démenti par personne.

De la même façon, les deux hommes laissent libre cours aux déclarations incendiaires d’El Hadj Abou Cissé, régulièrement reproduites par la presse ivoirienne. Dans son pays, cet homme intenable a la réputation de tout savoir de l’intimité de Ouattara. Comme il l’a souvent raconté, tel le griot de la saga Ado, il est son oncle, non par le sang, mais « à l’africaine ». Sa sœur, Nabintou Cissé, mariée à un Burkinabé – l’oncle biologique de Ouattara – vivait à Dimbokro, en Côte d’Ivoire, et elle se serait vue confier le petit Alassane Dramane lorsqu’il était devenu orphelin de mère. D’après lui, Il serait venu au monde, dans le village de Sindou, au Burkina, en décembre 1941 – et non à Dimbokro, ou à Kong, en Côte d’Ivoire, comme il est porté sur un second acte de naissance, falsifié pour les besoins de l’élection de 1995 – où il a été élevé jusqu’à ce que son père vienne le récupérer, à l’âge de six ans. Ce qui expliquerait qu’il n’y ait pas trace de la jeunesse de Ouattara en Côte d’Ivoire, puisqu’il a suivi sa scolarité et ses études à Ouagadougou, au Burkina, puis, grâce à une bourse, aux États-Unis, ainsi que ses débuts professionnels, sous nationalité burkinabé, loin de la Côte d’Ivoire. « Tout Ivoirien fait en permanence référence à son village, y retourne souvent, et y construit sa maison », disent les adversaires de Ouattara. « Lui ne le fait pas, parce qu’il ne le peut pas. »

(…) Déchaîné depuis le transfert de Gbagbo à La Haye, qu’il trouve honteux, il ne cesse d’attaquer publiquement celui qu’il appelle « le mendiant d’Abidjan ». Laurent Gbagbo connaît depuis long- temps Abou Cissé, sans l’avoir jamais fréquenté.

[Laurent Gbagbo] Je ne crois pas qu’un autre aurait agi avec autant de brutalité. Sarkozy, c’est quelqu’un qui n’a pas de recul sur les événements. Je me souviens d’une interview que j’ai donnée au journal Le Figaro, le 27 janvier 2011 en pleine crise post-électorale. Il m’a téléphoné le lendemain, très énervé, comme si je m’étais adressé directement à lui, pour me répondre… Si j’avais voulu lui parler, je l’aurais fait. Ce n’était pas mon intention, mais il ramène tout à lui. J’avais le sentiment qu’il traitait tout ce qui concernait la Côte d’Ivoire comme une affaire personnelle, privée… Il était l’ami de Ouattara, et il ne m’aimait pas, je l’ai toujours su. Je lui avais fait l’affront de ne pas accepter son invitation au sommet France-Afrique de juin 2010 à Nice, et aux festivités du 14 Juillet « pour fêter le cinquantenaire des indépendances » (quelles indépendances?) africaines, avec défilé des troupes africaines sur les Champs-Élysées. Je suis le seul président africain qui manquait à l’appel. Il s’est vexé. C’est qu’il ne prend pas le temps de réfléchir. J’avais mes raisons: comment se fait-il que soient invitées des troupes ivoiriennes et un président qui sont accusés par les Autorités françaises d’avoir à Bouaké, en novembre 2004, provoqué la mort de neuf soldats français dans un bombardement. Qu’on m’explique ! L’armée française, elle, a massacré des dizaines de manifestants civils dans les heures qui ont suivi dans les rues d’Abidjan. Nous avions donc à avoir quelques discussions, et à faire quelques mises au point, avant d’aller parader à Paris. L’incohérence de Sarkozy m’a étonné. C’était une raison supplémentaire d’avoir ma peau.

Source: politicomag


Gbagbo : “Villepin et Bourgi m’ont demandé de financer Chirac en 2002”

“Il m’a raconté avoir été fortement sollicité par Villepin et Bourgi en 2001 pour financer la campagne électorale de Jacques Chirac lors des élections présidentielles de 2002”, écrit François Mattei dans l’un des nombreux chapitres consacrés aux dossiers noirs des relations françafricaines. “Il savait que les protagonistes du coup d’État de la Mercedes noire s’étaient réfugiés au Burkina et pouvaient faire une nouvelle tentative à tout moment s’ils se savaient soutenus par des intérêts puissants. Surtout, il est difficile de dire non aux représentants des Autorités françaises lorsque ceux-ci sont militairement les patrons sur le terrain. Quand il y a un tel déséquilibre entre le puissant et le faible, quelle marge de manœuvre reste-t-il au faible ? C’est ce sur quoi compte les tenants de la Françafrique”, rapporte le journaliste.

Laurent Gbagbo lui-même en fournit les détails à son interlocuteur : “C’était en 2001, je pense. Villepin et Robert Bourgi m’ont demandé de cracher au bassinet pour l’élection en 2002 en France. Nous étions au Voltaire, un restaurant qui est sur le quai du même nom, près de la Documentation française”, se remémore l’ex-président. “C’était le prix pour avoir la paix, en Françafrique”, concède-t-il. Puis M. Gbagbo ajoute : “J’ai eu une entrevue avec Chirac, tout s’est très bien passé, il m’a raccompagné, il était très amical, et il m’a dit en me tapant sur l’épaule, sur le perron : « Je ne suis pas un ingrat. » Je ne suis pas fier de cet épisode, mais je pensais y gagner la marge de manœuvre nécessaire pour avancer vers nos objectifs”.

“On me l’a reproché en disant que c’était la preuve de mon double langage, que je m’appuyais sur le néo-colonialisme pour le critiquer. Comme si on pouvait toujours répondre à des partenaires aussi puissants, sans employer la ruse, et la diplomatie. On m’a mis dès le début en situation de crise et d’urgence permanentes”, reconnait Laurent Gbagbo. Malgré tout, il n’aurait pas donné suite aux sollicitations des deux émissaires qui “ne sont jamais revenus à la charge”. “Je n’aurais pas accepté. Ils le savaient. Cela n’a pas amélioré nos relations. Plus tard, Chirac a dit que je l’avais « manqué », je n’ai pas compris pourquoi. Il a prétendu que j’avais laissé filtrer l’information”, révèle Laurent Gbagbo.

Les écrits de M. Gbagbo – aujourd’hui détenu à la prison de la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye, aux Pays-Bas -, contrastent avec ceux tenus par son proche entourage et plusieurs médias français sur ce feuilleton des valises. Est-ce par charité chrétienne qu’il épargne ainsi volontairement Jacques Chirac et Dominique de Villepin, ses anciens bourreaux ? En septembre 2011, Mamadou Koulibaly, ex-numéro 2 de son régime, avait déclaré à l’AFP que quelque trois millions d’euros (environ 2 milliards de francs CFA) en provenance de Côte d’Ivoire avaient contribué à financer la campagne électorale du président français Jacques Chirac en 2002. Les déclarations de l’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne, corroborait ainsi les révélations explosives de l’avocat français Robert Bourgi, conseiller officieux pour l’Afrique du président français Nicolas Sarkozy après savoir servi… Dominique de Villepin !

“Robert Bourgi a parfaitement raison il y a eu un transfert d’argent entre Laurent Gbagbo et Jacques Chirac, en 2002”, déclarait alors Mamadou Koulibaly, faisant état “d’environ deux milliards de FCFA (environ trois millions d’euros) transportés d’Abidjan vers Paris par valise”. “J’ai dit au président (Gbagbo) que nous étions un pays pauvre et que nous n’avions pas d’argent pour financer des élections d’hommes politiques de pays riches”, a-t-il expliqué.

Quelques années plus tôt, Toussaint Alain, alors conseiller en communication de Laurent Gbagbo pour l’Europe, avait déjà levé le lièvre. Dans l’édition du Figaro du 7 février 2003, il avait mis Villepin en garde, dans le “feu” de Linas-Marcoussis et de la conférence de Kléber [une allusion aux accords de Kléber, signés en janvier 2003 à Linas-Marcoussis ; les parties ivoiriennes avaient été invitées près de Paris pour négocier une issue à la guerre qui opposait alors les forces pro-Gbagbo et la rébellion]. “Villepin devrait se méfier. Les dessous des relations franco-ivoiriennes, notamment à l’époque où il était secrétaire général de l’Elysée, ne sont pas toujours très reluisants. Nous sommes un peu étonnés qu’après toutes les largesses dont la Côte d’Ivoire a fait preuve à l’égard de l’Elysée, Monsieur de Villepin se comporte ainsi. Nous aussi, nous avons des dossiers”, avait-il lâché. Une déclaration qui avait provoqué le courroux du Quai d’Orsay et du Château (l’Elysée), qui s’en étaient plaints auprès du… défunt président Gabonais Omar Bongo. L’ex-porte-parole avait également précisé même s’être rendu en décembre 2001, janvier 2002 puis avril 2002 à l’Elysée avec un autre proche de Laurent Gbagbo pour une remise de fonds en présence de… Robert Bourgi !

Source: politicomag

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