Le CDP de Blaise Compaoré a réactivé ses réseaux françafricains: Laurent Bigot se jette en premier dans l’eau et demande «des élections inclusives au Burkina Faso»

Le CDP de Blaise Compaoré a réactivé ses réseaux françafricains: Laurent Bigot se jette en premier dans l’eau et demande «des élections inclusives au Burkina Faso»

« Pour des élections inclusives au Burkina Faso »

J’ai toujours pensé que les différends politiques se réglaient dans les urnes et non par l’exclusion. Nelson Mandela a fait ce choix en 1994 en permettant au Parti national de participer aux élections, parti qui avait bien plus de choses à se reprocher que le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), formation de l’ex-président Blaise Compaoré. Le scrutin de 1994 a été la meilleure façon de tourner définitivement la page de l’apartheid. J’ai la faiblesse de penser que ce serait aussi la meilleure manière pour les Burkinabés de tourner celle du CDP.

C’est également l’avis de la Cour de justice de la Cédéao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) qui, le 13 juillet dernier, a estimé que l’exclusion telle que prévue par le nouveau code électoral adopté par la transition était de nature à entacher la légalité du scrutin.

S’agissant d’une juridiction dont personne n’a jamais contesté la légitimité, je m’inquiète de voir cette décision passée sous silence par les défenseurs de l’appropriation africaine, de la démocratie et de l’Etat de droit. La Cour de justice de la Cédéao n’interfère pas avec la souveraineté du peuple burkinabé, elle dit juste, qu’en droit, la rédaction de l’article 135 du nouveau code électoral est trop ambiguë et porte atteinte au principe de libre participation aux élections.

Calculs politiciens

Ceux qui ont soutenu le projet de modification de l’article 37 de la Constitution (relatif à la limitation du nombre de mandats présidentiels) avaient commis, à l’évidence, une faute politique majeure mais pas un crime. Les fautes politiques sont sanctionnées par les électeurs, les crimes par la justice. La Constitution burkinabée rappelle, dans son préambule, que les discriminations fondées sur les opinions politiques sont prohibées. Soutenir le projet de modification de l’article 37 est une opinion politique, stupide certes, mais une opinion politique.

En outre, cette même opinion politique, bien qu’aberrante et bassement motivée, n’est pas inconstitutionnelle : la Constitution prévoit un mécanisme de révision qui n’exclut pas de son champ d’application l’article 37. Par conséquent, l’article 135 du code électoral qui rend inéligibles les personnes ayant soutenu un « changement anticonstitutionnel » ne peut concerner les promoteurs de la révision constitutionnelle.

Ces exclusions procéderaient-elles alors de calculs politiciens ? Ce serait regrettable car le Burkina Faso a écrit, en octobre 2014, une page héroïque de son histoire en chassant Blaise Compaoré. Ce serait regrettable car le peuple burkinabé a fait preuve d’un courage sans nom en faisant échec, il y a un mois, au coup d’Etat de Gilbert Diendéré. Ce serait donc regrettable que les Burkinabés ne puissent pas porter l’estocade électorale à tous ceux qui ont si longtemps ignoré leur voix. En politique le meilleur des juges de paix, ce sont les urnes.

Macky Sall s’est rangé du côté du droit

La question de l’inclusivité des élections a valu beaucoup de critiques à la médiation conduite par les présidents Macky Sall et Boni Yayi. Mais qu’attendions-nous de Macky Sall, président en exercice de la Cédéao sur ce point précis ? Qu’il déjugeât la Cour de justice de cette organisation régionale ? Soyons cohérents un instant. Macky Sall n’était pas du côté des putschistes comme j’ai pu le lire, mais tout simplement du côté du droit et du respect des institutions de la Cédéao.

Plus largement, les commentaires sur cette médiation m’ont paru injustes. Il m’est arrivé de critiquer les médiations de la Cédéao, en particulier celles menées, en son temps, par Blaise Compaoré. Macky Sall et Boni Yayi ont eu le mérite de se rendre à Ouagadougou alors que le balles du RSP tuaient et blessaient ceux qui osaient défier le putsch. Leur arrivée a contribué à éviter le bain de sang qui se profilait, ce qui est un acquis, le sang n’ayant que trop coulé au Burkina Faso. Ensuite la médiation a obtenu en 24 heures ce qu’elle était venue chercher, la remise du pouvoir à la Transition, consacrant ainsi la défaite des putschistes.

Malheureusement, il y a eu la proposition d’amnistie pour les putschistes, c’était une lourde erreur, tout comme la diffusion du projet d’accord avant même de l’avoir soumis aux chefs d’Etat de la Cédéao. Mais une médiation ne réussit pas du premier coup et ses premières propositions sont par nature imparfaites, elles ne constituent qu’une base de négociation pour l’étape suivante. Finalement, c’est bien entendu la rue qui a fait la différence, car c’est toujours le peuple qui fait la différence. Les commentateurs commentent mais, eux, ne font jamais la différence. Je suis bien placé pour le savoir, j’en suis un.

Laurent Bigot, ancien diplomate français est aujourd’hui consultant indépendant. Il dirige la société Gaskiya (vérité en langue haoussa) spécialisée dans le conseil en stratégie sur l’Afrique.

Source: Lemonde.fr

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One comment

  1. Qui lui a demandé sons avis? ?
    C’est comme cela que ces français empoisonnent la vie des pays africains. Le peuple Du Burkina a décidé d’exclure le parti de Compaoré qui a commis non pas une faute mais un crime avec son projet de tripatouillage de la Constitution., déchu de ses droits politiques pour X temps.
    Quand on commet une faute ou un crime de ce genre on est sanctionné. Le CDP est sanctionné pour son crime! Point barre! Y en a marre de l’iùmpunité en Afrique. Comparaison avec Mandela n’est pas raison! Le régime de l’appartheid était un régime fondé sur une minorité raciste blanche d’origine européenne. Le génie politique de Mandela, c’est d’avoir compris que ”one man one vote” était largement en faveur de la majorité noire!

    Il ne faut pas comparer ce qui n’est pas comparable

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