Le coup d’Etat brésilien contre Dilma tourne à la farce: Eduardo Cunha, son accusateur, démissionne de la présidence de l’Assemblée

Le coup d’Etat brésilien contre Dilma tourne à la farce: Eduardo Cunha, son accusateur, démissionne de la présidence de l’Assemblée

Le coup d’Etat brésilien, qui n’a pas fini ses dramatiques effets, sombre déjà.

Le Parti des Travailleurs, minoritaire à l’Assemblée, avait grâce à son action et ses leaders charismatiques Lula et Dilma, emporté la présidentielle fin 2014, pour la troisième fois de suite. La Gauche démocratique s’installant en Amérique ? Insupportable pour Oncle Sam.

Problème pour Dilma et chance pour Oncle Sam : pour gouverner, il ne suffit pas d’être présidente, il faut une majorité parlementaire.

D’où la nécessité de s’allier avec ce désespérant mais incontournable PMDB, parti religieux et centriste, une sorte de grosse omelette.

D’où l’opportunité pour Oncle Sam : casser cette coalition (Au passage : faute certaine de Lula d’avoir laissé ce régime des coalitions parlementaires, qui tiennent le pouvoir, tu avais assez la cote pour modifier la loi électorale parlementaire).

Oncle Sam est passé par la Droite, défaite par les élections, sans programme et sans leader, et l’a linkée à de grands groupes de presse, pour monter de grandes manifs de manipulés heureux… sur fond d’une économie en progrès mais fragile. Et Oncle Sam a excité les instances du PMDB : « Et si, maintenant que Dilma vous a conduit à la victoire, pourquoi ne pas devenir président à sa place ? » Le coup d’Oncle Sam, c’est l’opportunité de prendre la place sans passer par le vote des électeurs, en inventant une procédure de destitution : prendre le pouvoir contre la volonté du peuple, ça s’appelle un coup d’Etat.

A la manœuvre, trois voyous.

1/ Oncle Sam, qui veut bloquer les poursuites contre Petrobras, pour récupérer la firme, et s’assurer une maîtrise durable sur le Brésil.

2/ Michel Temer, PMDB, 75 ans. Il était vice-président, et à ce poste parce que Dilma l’avait nommé, et elle l’avait nommé parce que ce boss de PMDB était un inconnu : 1% dans les sondages.

3/ Eduardo Cunha, PMDB, président de l’Assemblée nationale, mandaté pour conduire la manip’ de la destitution. Un rôle parfait, parce que cet évangéliste allumé représente tout ce qu’il y a de plus corrompu dans la société brésilienne. Fragile, donc docile. Début 2016, tout le monde savait qu’avait été découvert son compte secret en Suisse, avec 5 millions de dollars, venant de Petrobras. Ce pour un mec qui n’a jamais travaillé de sa vie. La justice allait donc bloquer ce corrompu ? Non, elle lui a fiché la paix, le temps qu’il joue son rôle : écarter Dilma.

Le 17 avril, Dilma, à l’encontre de laquelle aucune charge judicaire n’a été notifiée, a été suspendue de sa fonction présidentielle par un vote de l’Assemblée, pour un « pédalage budgétaire », le financement transitoire par un prêt bancaire, qui n’a rien coûté au contribuable.

Cunha ayant fait le job, il a alors été suspendu de ses fonctions de président de l’Assemblée le 5 mai, par une décision de justice, qui s’est soudain réveillée. Quel miracle… Lisons le Tribunal suprême fédéral (STF), onze juges à l’unanimité : « Il n’existe pas le moindre doute que le suspect ne présente pas les conditions personnelles minimales pour exercer en ce moment, dans leur plénitude, les fonctions de président de la chambre des députés ».

Incapable d’être président de l’assemblée,… lui a conduit la chasse contre Dilma. Lamentable.

Le sort de Dilma est désormais entre les mains du Sénat, où elle est minoritaire à 70%. On attend un vote le 4 août, par une commission d’instruction très hostile au PT, puis un vote en formation plénière des 81 sénateurs, entre le 25 27 août. A ce jour, la majorité politique des deux tiers, soit 54 voix, est acquise, et Dilma sera destituée, laissant la place à la marionnette Temer. Oncle Sam apprécie.

Dilma a fait connaître sa défense : « Le destin m’a toujours réservé de grands défis. Certains me paraissaient insurmontables, mais j’ai réussi à les vaincre. J’ai déjà subi la douleur indicible de la torture et ce qui me blesse le plus en ce moment, c’est l’injustice, c’est de réaliser que je suis victime d’une farce juridique et politique. Je n’ai commis aucun crime de responsabilité budgétaire. Jamais je n’ai détourné un seul centime public pour mon enrichissement personnel ou de tiers ».

Hier, Cunha a démissionné de la présidence de l’Assemblée. Oncle Sam n’a plus besoin de lui, et on va trouver un mec cool, ou mieux une femme coole, pour le remplacer.

Commentaire de Dilma : « La seule chose que je regrette, c’est qu’il soit parvenu à présider ce lamentable processus d’’impeachment’ comme si de rien n’était.»

Dilma, je souhaite que le PT retrouve le pouvoir. Mais cette fois-ci, ajustez un peu vos analyses sur le fonctionnement de la justice. Ce n’est pas de la science pure. Oki ? Tu verras, ça vous fera gagner du temps.

Par Gilles Devers

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