“Le crocodile et le scorpion”, le livre de Jean-Christophe Notin qui nous explique comment Mangou a été retourné contre Gbagbo

“Le crocodile et le scorpion”, le livre de Jean-Christophe Notin qui nous explique comment Mangou a été retourné contre Gbagbo

Le livre:

Comprendre l’histoire de la présence militaire française dans ce pays est grandement facilité par la lecture du livre de Jean-Christophe Le crocodile et le scorpion, La France et la Côte d’Ivoire (1999-2013) paru aux éditions du Rocher (20 €). A noter qu’un Servaldu même auteur est annoncé pour juin.

440 pages pour dénouer l’intrigue franco-ivoirienne, avec en points d’orgue la création de la force Licorne et les événements d’avril 2011 à Abidjan, n’étaient pas de trop.

Le titre? 

Il vient de cette petite fable africaine: un scorpion cherche à franchir une rivière. Il hèle un crocodile. Le crocodile hésite: “Quand nous serons au milieu de la rivière, tu me piqueras et je mourrai”. Le scorpion le rassure: “Pourquoi ferais-je une telle chose ? Si je te pique, tu mourras et je me noiera”. Le crocodile finit par accepter; mais arrivé au milieu de la rivière le scorpion le pique. “Pourquoi as-tu fait ça?”, demande le crocodile en agonisant. “Je n’ai pas pu m’en empêcher. C’est dans ma nature”, répond le scorpion.

Je me demande encore, après 440 pages et quelques années à scruter le marigot françafricain, qui est qui… Et je ne suis pas sûr que l’auteur a eu envie d’apporter une réponse, même au terme de sa longue enquête et de ses certainement longs entretiens avec les “scorpions” français (parce que les Ivoiriens sont malheureusement trop absents du livre) qui ont accepté de lui parler.

Ce qui frappe dans ce récit, outre la narration des actions remarquables de militaires français (pas seulement membres des FS) réalisées tout au long de cette crise, c’est:
– d’abord, l’entêtement français à croire que la carte Gbagbo était un atout. Quel long et grand fourvoiement des chefs politiques, diplomatiques et militaires… Mépris, sous-estimation à l’encontre des Africains, selon un ancien CEMA français à qui les récents errements de Centrafrique donnent raison.
– ensuite, l’incompréhension, persistante, du drame de Bouaké, en novembre 2004, où 9 soldats français et 1 civil US ont péri. Dix ans déjà et peu de réponses.
– enfin, la conviction de l’auteur que 2015 sera une année ivoirienne électorale à hauts risques que Paris et l’Onu auront intérêt à surveiller de près. 800 soldats français et 7 000 Casques bleus ne seront pas inutilement présents.

 Source: lignesdedefens

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Le site “5minutesinfos.net’’ ouvre quelques pages des dernières minutes au Palais Présidentiel à Cocody-Abidjan, annonçant la chute de Laurent Gbagbo au regard de témoignages et écrits de certains témoins de la crise postélectorale ivoirienne. Une plongée au cœur des révélations balancé ça et là par “Le crocodile et le Scorpion” de Jean-Christophe Notin, vous guide dans ces ultimes heures d’intrigues meurtrières…

Acte II.

L’ambassadeur Jean-Marc Simon se rend en effet tous les jours au Golf hôtel rencontrer soit le président ivoirien élu, soit son directeur de cabinet, soit Soro, raconte Jean-Christophe Notin. ‘‘Je sentais Ouattara confiant. Il estimait que Gbagbo allait finir par céder de toute façon. On a pensé qu’il serait bon qu’il s’installe à Yamoussoukro. Mais c’était très difficile en raison de la présence de la garde républicaine. Il fallait en particulier s’assurer la possession de l’aéroport’’, confie l’ambassadeur.

A la croisée des destins

Un plan est rapidement ébauché par Soro : les forces nouvelles descendraient du nord par l’ouest, secteur jugé plus facile puis bifurqueraient vers la capitale en transversale. Seul inconvénient, mais de taille : «Ils se sont vite rendu compte, explique Simon, que leur puissance militaire était totalement dérisoire».

Le schisme ivoirien se cristallise avec deux présidents, deux administrations, deux armées, qui retrouvent leur autonomie d’avant 2005.

«Que dois-je faire, confie par exemple une haute autorité militaire ivoirien au Comanfor. Je suis général, nous avons une Constitution semblable à celle de la France, donc je dois rester loyal au président en place». Le général Palasset ne lui en porte pas grief, lui-même se demande ce qu’il ferait en pareille situation. Toutefois, il n’hésite pas manier la menace : «Je leur disais : faites attention, il y a déjà eu le Rwanda, la communauté internationale ne restera pas passive, vous en courrez tous une comparution au TPI».

La DGSE en approche certains pour leur vanter les mérites d’un ralliement, mais la plus belle prise de guerre pour Ouattara serait indéniablement le CEMA, Phillipe Mangou, qui est annoncé à plusieurs reprises comme ayant basculé en sa faveur.

L’attaché de défense français, le colonel Héry, qui le connait depuis 2002 se rend chez lui, sur ordre, pour un entretien particulier au goût de solde de tout compte : «Il n’est jamais trop tard pour faire machine arrière, lui explique-t-il. Si vous le décidez, sachez que nous pouvons assumer la protection de votre épouse. Sinon, vous savez ce qu’il va se passer, combien vos actes sont illégaux et comment nous finirons par intervenir». Mangou affirme avoir compris le message.

Mais le colonel l’a à peine quitté qu’il s’empresse de tout rapporter à Gbagbo. Et la seule discussion entre officiers supérieurs devient une tentative de débauchage, Mangou déclarant qu’il lui aurait été demandé de placer l’armée ivoirienne sous le commandement de Ouattara.

«Je n’ai pas pu lui proposer ce genre de marché, explique Héry. Mon accréditation aurait été immédiatement retirée par le gouvernement ivoirien». Prudent, le CEMA ivoirien continuera jusqu’à fin mars à se ménager la bienveillance des deux camps en conservant sa place auprès de Gbagbo tout en entretenant le contact avec Licorne.

Le régime bénéficie encore d’actifs en France.

«La France ne doit pas être en première ligne dans cette affaire-là; déclare Pierre Moscovici, parce que nous ne sommes plus dans la Françafrique». Et il y a les compagnons de route de Gbagbo qui, refusant de renier leur amitié, probablement de bonne foi. Guy Labertit évoque «une tentative d’usurpation du pouvoir orchestrée par l’ONU».

De leur coté Henri Emmanuelli et François Loncle signent de conserve un communiqué accusant «la majorité des médias français, relayés par un certain nombre de responsables politiques. Tous de donneurs de leçons d’avoir entrepris une campagne de suspicion et de dénigrement à sens unique dirigé contre les autorités ivoiriennes.

L’Elysée prend pour nouvelle initiative d’écrire une lettre à Laurent Gbagbo.

Y sont reprises en fait les propositions qui lui ont été soumises par téléphone onze jours plus tôt-par Sarkozy-lui offrant une porte de sortie honorable. Sarkozy obtient de Goodluck Jonathan, président de la Cedeao, qu’il fasse de même, mais quand il se tourne vers les Etats-Unis, l’administration américaine fait ajouter une allusion à d’éventuelles poursuites pénales. Est-ce la raison pour laquelle le président Obama, se rendant compte que la démarche est, dès lors, vouée à l’échec, ne la signe pas lui-même ?

Chaque jour apporte une mauvaise nouvelle pour Gbagbo.

La France dispose de multiples leviers d’actions économiques et financiers en Afrique. Héritage historique, le trésor français est le gardien des traités de coopération monétaire pour les trois monnaies africaines ; il peut accorder des prêts aux banques centrales en difficulté, mais en contrepartie, ses hauts fonctionnaires siègent au sein de diverses instances financières africaines.

Ainsi, sous-directeur aux affaires financières internationales, Rémy Rioux est-il le représentant de la France à la BCEAO depuis 2010. [L’enjeu du trésor français est trop important] pour bien calibrer les actions à mener. L’asphyxie financière du régime est organisée.

L’arrêt des financements de la Banque Mondiale et du FMI. Les rentrées fiscales s’annoncent mauvaises. Gbagbo doit improviser des parades pour trouver au moins 100 milliards de francs CFA nécessaires chaque mois au fonctionnement de l’administration. Le gouvernement ne rembourse plus ses dettes, à commencer par 30 millions de dollars d’intérêts qu’il devait verser à un consortium de banques fin décembre 2010.

Tout contribuable doit payer ses impôts en cash ou sur un compte encore accessible par le pouvoir en place. Certaines des grandes entreprises françaises s’y plient parfois aussi. L’apprenant l’avocat Jean-Paul Benoît s’avise d’approcher à Paris l’une d’elles : «Il était notoire que son entreprise alimentait Gbagbo en cash via des commissions sur ses activités. Je suis donc allé lui demander que, par mesure d’équité, mais aussi dans son propre intérêt, pour conserver plusieurs fers au feu, elle en verse aussi une partie à Ouattara qui, bloqué auGolf hôtel, manquait cruellement de finances.

Il m’a répondu que ‘‘les affaires n’étaient plus ce qu’elles avaient été, qu’il n’avait pas les moyens, etc.’’ Je lui ai suggéré d’au moins appeler Ouattara. Il m’a expliqué qu’il ne voulait pas discuter au téléphone…». Ouattara suggère au ministre des Finances de Gbagbo, qui venait de le rallier, de s’envoler au plus vite vers Paris avec pour feuille de route l’organisation de soutien international. Charles Koffi Diby joue un rôle important à Paris, à Washington et à Dakar, comme une sorte d’ambassadeur itinérant de Ouattara. Ce qui ne sera pas sans lui porter préjudice, puisque, ne revenant jamais au Golf, des doutes sur sa loyauté émergeront indûment.

Les tractations se concentrent donc sur la personne même de Gbagbo. Ouattara précise qu’il ne le contraindra pas à l’exil, puisqu’il prononcera une amnistie en sa faveur et le fera bénéficier d’un statut d’ancien chef d’Etat. Ouattara explique qu’il n’envisage pas une guerre contre le régime, mais ‘‘une opération spéciale’’, ‘‘non violente’’ pour s’emparer de Gbagbo.

Et de prendre pour exemple l’arrestation de Noriega, en oubliant de préciser qu’elle avait nécessité en 1989 l’intervention de 50.000 GIs. En tête, il en fait l’un des projets abracadrantesque de l’Ecomog, qui envisage l’infiltration des forces spéciales africaines par les égouts d’Abidjan pour capturer l’ancien président en sa résidence. Sauf que la Cedeao n’a absolument pas les troupes adéquates.

«Vu la lente détérioration sécuritaire à Abidjan, relate le colonel Hintzy, commandant du Batlic, on sentait que quelque chose allait survenir dans les semaines à venir et nous avions tous l’appréhension d’être relevés!»

«Petit à petit, note ainsi le colonel Geoffroy de Larouzière-Montlosier, commandant le 16 BC, la tension est aussi montée à Bitche. Nous devions nous préparer à vivre des moments difficiles». «Finalement, reconnaît son chef, le général Castres, ce que nous n’avions pas anticipé était que Gbagbo nous coupe l’accès au carburant ou nous fasse des difficultés avec le dédouanement»… A la tête du Detalat le lieutenant-colonel Stéphane G., du 1er RHC, prend la suite du lieutenant-colonel Pierre V. du 5ème RHC qui lance, prémonitoire : «Vous n’allez pas faire un séjour, mais une opération !».

Pour les Gbagbo, Jean-Marc Simon n’est plus qu’un ‘‘sans emploi, un citoyen français ordinaire’’.

La voix hertzienne venue du ciel

Le gouvernement français résout en partie une grave déficience du clan Ouattara, son bannissement des ondes. Tout d’abord il intervient auprès du diffuseur satellite de la RTI, Canal+Horizon, ainsi que de l’opérateur du satellite lui-même, l’Américain Intelsat, pour réfléchir à l’écho qu’ils offrent aux propos de Gbagbo. Le retour de Ouattara sur les ondes devient une priorité stratégique. «Il importait, explique un conseiller à l’Elysée, que Ouattara puisse s’afficher avec ses pairs en Afrique et à l’international». La première étape a été la création d’une station radio, ‘‘Radio Côte d’Ivoire’’, qui ne nécessita guère de moyens. Mais c’est surtout le petit écran qui est à conquérir: ‘‘Télévision Côte d’Ivoire’’ (TCI) voit le jour le 22 janvier 2011.

Diffusés en ondes hertziennes, les deux médias sont facilement brouillables. La France prend donc l’affaire en main et, comme elle ne peut l’assumer officiellement, c’est la DGSE qui est chargée d’acheminer le matériel nécessaire à une émission satellitaire. En particulier, une antenne parabolique de grande taille est livrée à Bouaké, posant quelques soucis aux hélicoptères ayant mission de la rapatrier à Abidjan.

Elle arrive en pièces détachées et transportée jusqu’à l’hôtel Ivoire où les techniciens de la ‘‘ DG’’ s’occupent de la mettre en service. TCI sera ainsi relayée à partir du 17 février par Eutelsat. Le décodeur Strong est nécessaire, du matériel standard, mais encore faut-il le trouver. En huit jours, la capitale en est miraculeusement pourvue… Le visage du vainqueur des élections réapparaît. Donc sur les écrans ivoiriens. Quant à sa voix, elle est aidée par un officier de la DGSE qui participe au Golf hôtel à la rédaction de ses discours. Puisque caméras et prompteurs sont fournis par les Français, Ouattara ne serait-il qu’un homme de paille confortablement installé ? D’autant que la facture de l’hôtel elle-même est largement prise en charge par le budget français ?

Jean-David Levitte certifie que Nicolas Sarkozy «l’avait au moins une ou deux fois tous les deux jours au téléphone, pour prendre le pouls de la situation, pour le conseiller, en rien pour lui dire quoi faire».

Gbagbo peut-il cependant ignorer l’assistance française dans ce pays où tout se sait ? En tout cas, lui et les siens n’en disent rien. Au sommet de l’Union Africaine les 29 et 30 janvier, le président français ne fait qu’une brève allusion à la Côte d’Ivoire : «La France apporte un soutien résolu aux efforts de l’Union Africaine, de la Cedeao et du secrétaire général des Nations unies».

La tempérance du Français satisfait l’Angolais Dos Santos dont les services auraient fait savoir à l’Elysée qu’il réclamerait un droit de réponse en cas de propos trop fermes à l’encontre de Gbagbo qu’il soutient encore. Après un premier mois de fermeté, l’Union Africaine semble vaciller.Alors qu’elle réclamait jusqu’alors le départ de Gbagbo, voilà que son président de commission, le Gabonais Jean Ping, ne se dit «plus sûr qu’il faille présenter les choses ainsi». Le Quai d’Orsay l’a toujours suspecté de pro-gbagboisme en raison des origines ivoiriennes de sa femme.

En coulisses, Choi croit que le clan Gbagbo n’écarterait plus la solution qui leur tient à cœur, un destin à la Kérékou [Président du bénin qui fut battu aux élections en 1991 pais réélu en 1996].

Plus l’heure des armes approche pour Licorne, plus le général Palasset veille à la retenue de ses hommes. Le colonel Hintzey patron du Baltic, vérifie que son unité a bien compris sa mission : Abidjan n’est pas Kaboul. Là-bas, quand une troupe est prise à partie, la légitime défense l’autorise à répliquer dans la seconde.

Officiellement Paris affiche toujours sa neutralité

Lâché pour de bon par l’union Africaine, même Jacob Zuma a fini par l’abandonner après sa visite en France le 2 mars. Paris comme certains l’avancent, aurait-il acheté sa volte-face avec des avantages financiers pour l’Afrique du Sud via l’Agence française du développement ? Présent à l’entretien avec Nicolas Sarkozy, aux deux-tiers consacrés à la Côte d’Ivoire, Jean-David Levitte dément formellement : «Le ton a été parfois vif, note-t-il. Le Sud-Africain préconisait une solution à l’africaine, le partage du pouvoir dont nous ne voulions pas par soucis du respect des urnes.

Aucun des deux présidents ne lâchait prise. Zuma restait rivé sur la Constitution ivoirienne». Nicolas Sarkozy, lui, est sorti très tendu de la rencontre mais «satisfait d’avoir eu une discussion sur le fond »…

«Il est toujours au pouvoir, a noté le New York Times, le 16 mars. Mais à bien y regarder, l’Ivoirien a perdu de sa superbe. La raison en est simple : ses finances seront bientôt vides. «Le régime a tout de même tenu un mois de plus que ce que nous pensions», relate le directeur-adjoint du ministre français de l’Economie et des Finances.

«Nous avons aussi mobilisé l’intelligence économique, ajoute Christophe Bonnard, pourvérifier que Gbagbo ne se finançait pas par exemple par la vente du stock d’or ivoirien». Mais la DGSE n’a pas relevé de mouvements notables… Le scenario est plaisant !

Révélations de Jean-Christophe Notin IN “le crocodile et le caïman”

Source : 5minutesinfos.net

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