Le déconfinement et défis sanitaires, économiques, politiques et sociaux

Le déconfinement et défis sanitaires, économiques, politiques et sociaux

Au 30 mai 2020, la première phase du déconfinement est déjà avancée dans plusieurs pays depuis le début du mois de ce mois, mais le Sars-Cov2 (covid-19) est toujours actif.  En France, la 2ème phase démarre le 2 juin 2020. Une période compliquée de cohabitation entre les malades, les porteurs sains et les autres, avec tous les risques de relance de la propagation, appelle les pouvoirs publics à une extrême vigilance. Au-delà des indicateurs habituels de rapport de contamination et de tension dans les lits de réanimation, les États doivent soigner les nouveaux malades et rester vigilants sur l’un nombre important dans la réserve des malades actuels.  Les enjeux dépassent les décisions de tel ou tel pays. Les défis sanitaires, économiques, politiques et sociaux se dressent devant tous les dirigeants, dans tous les pays. La globalisation des échanges entre les nations est devenue aussi celle de la pandémie du covid-19.

La situation du monde, avec sa population de 7,783 milliards d’humains et face à la violence mortelle du covid-19, demeure très complexe. Au soir du 30 mai 2020 (et à deux jours du début de la 2ème phase du déconfinement en France), le monde enregistrait 6,149 millions de personnes infectées par le coronavirus covid-19 (soit une augmentation de 6% en trois jours. Cest une augmentation constante telle quelle est constatée tous les trois jours depuis le début de ce mois). Étant une somme des résultats des tests effectués par chaque pays de la planète, il ne peut qu’être une indication et non une réalité. La raison principale en est qu’à de très rares pays près, telle la Corée du Sud ou Taïwan, les pouvoirs politiques et sanitaires des pays n’ont pas testé TOUS les habitants pour avoir un résultat proche de la réalité mondiale. Les taux de tests sont donc très largement au-dessous de 1% de la population mondiale. Même si cette indication donne quelques informations sur la situation de chaque pays, on se contente de ne mesurer que les progressions tous les trois jours dans le monde et dans chaque pays dans notre Panel100. C’est donc une indication sur la propagation relative du covid-19 au regard de son extrême dangerosité au sein de la population, et on s’aperçoit que le virus continue de se propager très fortement dans le monde, et donc de créer de nombreux nouveaux malades et des morts. Le nombre de cas testés positifs, tel qu’il est remonté par les autorités sanitaires des États, dépend de la capacité et de la volonté de chaque pays à tester sa population.

Ensuite, les objectifs et les moyens de guérisons interpellent les politiques sanitaires publiques et les capacités médicales des États. Sur les 6,149 millions de cas testés positifs au covid-19 à la date du 30 mai 2020, il apparaît que 2,728 millions en ont été guéris, soit une moyenne mondiale de 44% de guérisons, et une augmentation de 10% de personnes guéries dans le monde en trois jours. Un effort remarqué se développe dans ce sens, notamment en Europe continentale, en Asie et en Afrique où les dirigeants s’activent fortement. Chaque pays peut ainsi se comparer à ces deux références mondiales : un taux de guérison de 44% et un accroissement de 10% de personnes guéries. Par ailleurs, l’on a enregistré à la même date du 30 mai 2020, un nombre de 370.479 décès dus au covid-19, soit une progression constante de 4%, observée tous les trois jours (le nombre de morts continue de croître au rythme de 4% tous les trois jours depuis le début de mai 2020, mais légèrement moins fortement par rapport à la situation en fin mars et en avril). Néanmoins, à ce niveau de progression, le monde se rapproche du demi-million de morts de cette pandémie. Le total des continents habités connaît alors une mortalité croissante, passant de 36 à 48 personnes pour un million de ses habitants en deux semaines. Ce n’est qu’une moyenne mondiale, puisque les pays assiégés par ce virus dépassent très largement ce chiffre.

Ainsi, les pays Occidentaux enregistrent des résultats les plus élevés du monde : 816 pour la Belgique, 627 pour l’Espagne, 565 pour le Royaume-Uni, 551 pour l’Italie, 435 pour la Suède, 429 pour la France, 347 pour les Pays-Bas, 334 pour l’Irlande, 319 pour les États-Unis et même 222 pour la Suisse, s’agissant des principaux pays relativement frappés par la violence du covid-19 dans notre Panel100 et dans le monde, au-delà de 200 morts pour un million d’habitants. L’on peut leur associer les autres pays de notre panel100 qui se trouvent entre 100 et 200 décès pour un million d’habitants ; soit le Luxembourg (176), l’Argentine (337), l’Équateur (176), le Brésil (136), le Pérou (133) en Amérique latine, le Canada (187), le Portugal (129) et même l’Allemagne (103). Enfin, au-delà de 50 morts pour un million d’habitants, on retrouve les pays européens : Danemark (99), Autriche (74), Roumanie (65), Finlande (57), Hongrie (54), Slovénie (52), mais aussi l’Iran (92), la Turquie (54) et Panama (76) en Amérique latine. Cependant, comparés à leurs voisins en Europe, le Danemark (99), l’Autriche (74), la Roumanie (65), la Finlande (57) et même l’Allemagne (103), se portent nettement mieux. La situation continue de se détériorer en Amérique latine, comme on peut l’observer dans le tableau de notre Panel100. Les pays africains restent encore sous le seuil de 40 morts pour un million d’habitants, mais la mortalité y progresse également et très rapidement. On peut ainsi observer que la situation reste très tendue partout dans tous les pays du monde.

1. Les données du Panel100 du suivi pour le covid-19

Dans notre Panel100, constitué de 100 pays répartis dans tous les continents depuis mars 2020, nous enregistrons 5.908.275 cas de contaminations déclarés positifs, soit 96% du total mondial et une augmentation aussi importante que dans le reste du monde, soit 6%. En effet, il y a une sérieuse relance de la propagation en Europe, comme on pourra le constater sur les graphiques de cette publication. Également, nous observons des cas de 2.607.814 guérisons, représentant également 96% des guérisons du covid-19 dans le monde. Leur progression de 9% est également identique à celle du monde. Les pays occidentaux (dans le haut de notre tableau) ainsi que la Russie et la Turquie mettent de plus en plus de moyens pour guérir les malades.

Dans ces pays, le taux moyen de guérisons est en croissance. Ce phénomène est observable en Russie, en Autriche, en Allemagne, en Belgique, et surtout en France, en Italie et en Espagne, les trois pays les plus durement éprouvés au sein de l’Union européenne. En dehors de quelques pays performants, tels que le Luxembourg (95%), Thaïlande (96%), l’Australie (92%), l’Autriche (93%), la Corée du Sud (91%), la Suisse (92%), Taïwan (95%), l’Allemagne (90%) ou encore le Danemark (89%), on constate que de nombreux pays très lourdement frappés par le covid-19 au-delà de 1000 décès déjà enregistrés, présentent des taux de guérisons plus faibles, et même souvent sous la moyenne mondiale, comme les États-Unis (29%), la France (36%), la Belgique (27%), la Suède (13%), l’Inde parvenue à la moyenne de 48%, le Pérou (42%), la Russie (42%), l’Ukraine (40%), l’Indonésie (27%), l’Argentine (31%) ou encore le Royaume-Uni dont le taux est encore plus faible. Cependant, on observe qu’ils ont commencé à progresser doucement depuis début mai 2020. La surreprésentation des pays occidentaux, plus sévèrement attaqués par ce virus, nous apporte ainsi une surreprésentation de la mortalité. Il en résulte que le nombre de 370.226 décès enregistrés dans les pays du Panel100 représente 99,5% de la mortalité mondiale, et connaît une hausse moyenne de 4% en trois jours, comme le reste du monde.

Au sein des nations occidentales, les 27 pays de l’Union européenne et le Royaume-Uni totalisent 166.817 décès du covid-19, soit 45% de la mortalité au sein du Panel100 et du total des morts dans le monde. De même, au sein de ces 27 pays, on constate que quinze d’entre eux ont déjà dépassé chacun le nombre total de 500 morts du virus (Royaume-Uni-38.376, Italie-33.340, Espagne-29.325, France-28.771, Belgique-9.453, Allemagne-8.600, Pays-Bas-5.951, Suède-4.325, Irlande-1.651, Portugal-1.396, Roumanie-1.259, Pologne-1061, Autriche-668, Danemark-571 et Hongrie-524). A eux seuls, ils rassemblent 165.341 décès du covid-19 au soir du 30 mai 2020, soit 99,5% de l’ensemble des 27 pays de l’Union européenne et le Royaume-Uni, et un poids d’environ 45% des morts de ce virus dans le monde. Il apparaît ainsi toujours une très importante disproportion telle que moins de 8% de la population mondiale concentrent 45% de la mortalité du covid-19 dans le monde. C’est un résultat qui interroge sur les modes de vie des populations, les concentrations humaines dans des agglomérations, les politiques publiques sanitaires, la résistance face aux pandémies et même sur la véritable origine du coronavirus (Covid-19).

Les indicateurs que nous avons retenus renseignent sur la propagation du virus (progression des contaminations), sur les capacités à traiter et soigner les malades (progression des guérisons) et la dynamique de la mortalité au sein des personnes contaminées (évolution de la mortalité). A ces indicateurs, nous avons associé le suivi de limpact de la mortalité sur la population globale d’un pays (morts pour un million d’habitants) et les capacités de guérisons compte tenu d’un important “stock de réserve” des malades actuels et d’autres qui pourraient s’y adjoindre tout au long du déconfinement (c’est le taux de guérisons par rapport aux contaminations). Ce dernier taux suggère que le pays doit être capable de soigner les malades actuels et faire face à d’autres flux de nouveaux malades infectés puisque le virus poursuit sa progression.

Les futurs décès du covid-19 se trouvent en majorité dans le “stock de réserve” des malades, qui se forme progressivement avec les nouveaux cas d’infection et que les pouvoirs publics doivent tout faire pour vider par les traitements curatifs pour les plus gravement atteints par la maladie. Plus tôt les malades sont pris en charge et traités efficacement, moins il y aura des morts et des tensions au sujet des lits de réanimation dans les hôpitaux. Les données du panel100 sont livrées dans deux tableaux représentant 50 pays dans chaque. Ensuite, les pays africains sont répertoriés par Communauté économique régionale. Dans tous ces tableaux de données, les pays sont classés par ordre décroissant du nombre de morts du covid-19 et du nombre de personnes testées positives, susceptibles de contribuer activement à la propagation des contaminations, de développer la maladie, d’alimenter la surcharge des structures de réanimations et les décès.

En effet, une part importante des morts attendus se concentre dans les personnes déjà contaminées et en attente de guérison. Les graphiques réalisés permettent de visualiser les évolutions comparées des contaminations, des guérisons et des décès dans les principaux pays parmi les plus durement touchés par le covid-19. Nous observons que les pays qui s’organisent pour le déconfinement total s’exposent à trois grands défis sanitaire, économique et politique, ainsi qu’au défi social qui en découle.

2. Les situations variées selon les pays face au covid-19

Sur le plan sanitaire, les situations différentes appellent des analyses spécifiques à chaque cas. Néanmoins, les points communs se rejoignent. Pendant plus de cinquante jours de confinement, les malades souffrant des pathologies lourdes ont été priés d’attendre la libération des lits d’hôpitaux réquisitionnés pour recevoir les malades du covid-19. Les fortes tensions dans la réanimation, le suivi attentif des malades de ce virus, les soins particuliers que requièrent l’attention contre la contamination au covid-19 et le cas particulier de chaque patient dans les hôpitaux, les urgences à traiter rapidement les malades de plus en plus nombreux ; tous ces bouleversements n’étaient pas compatibles avec la médecine régulière et le temps habituellement consacré aux malades de longue durée. Suivis par leurs médecins traitants qui se partagent entre les hôpitaux pour participer à la lutte contre le covid-19 et la pratique en cabinet, certains patients ont pu connaître la détérioration de leurs conditions de santé. Ce sont des personnes fragiles qui sont en première ligne pour contracter le virus du covid-19 s’ils sortent du confinement.

Ensuite, confinés pendant une très longue période, nos corps ont été mis à l’abri des agressions virales et bactériennes habituelles. Ils n’ont donc pas lutté avec nos anticorps. Serons-nous tous capables de vaincre le covid-19 en sortant de notre « cachette » du confinement ? Enfin, la propagation qui produit de nouveaux cas testés positifs au coronavirus se poursuit. En cette première semaine de mai 2020, de nombreux pays ont connu le regain de progression des contaminations sans que les capacités de traitement ne s’améliorent. Il se pose une question cruciale aux dirigeants : faut-il « déconfiner » toute la population et en même temps, dans l’incertitude de la propagation des contaminations du virus et ses conséquences sur la maladie, en plus du regain de la mortalité ? Doit-on se réserver la possibilité de « reconfiner » tout ou partie du pays si la mortalité brutale reprend ? Comment s’assurer que tous les habitants ont facilement et rapidement accès aux masques efficaces, au gel ou la solution hydroalcoolique, aux soins en cas de besoins ? Comment organiser partout la circulation des personnes en respectant les espaces réglementaires de distanciation physique ?

Plus le pays garde un «stock» de malades en attente de guérison, plus il gère un potentiel de relance de la mortalité. L’enjeu principal reste ainsi de tester massivement les populations et soigner les malades contaminés. Pour y répondre,  la progression des contaminations doit être très inférieure à celle des guérisons, afin de puiser de nouvelles guérisons de plus en plus nombreuses dans le «stock» des malades actuels, tout en faisant face efficacement à de nouveaux cas de contaminations. C’est ce dispositif qui réduit potentiellement la mortalité du covid-19.

 Sur le plan économique, l’outil de production non stratégique pour les nations et les activités régulières d’accroissement de la richesse nationale ont été mis à l’arrêt. Certaines entreprises ne pourront pas se relever des faillites par défaut de clients ; d’autres devront vivre  à la limite de flottaison pendant plusieurs mois, voire quelques années ; et enfin d’autres devront se délester d’une partie de leurs personnels. Le chômage total ou partiel ne pourra pas longtemps rester à la charge des budgets publics, car ceux-ci ont aussi besoin d’être régulièrement alimentés par les actifs, par la consommation, les cotisations, la part des impôts et taxes, et les investissements privés. Mais, comme l’activité a été longtemps à l’arrêt et que de nombreux acteurs économiques ne retrouveront ni le travail, ni le revenu pour leur part de contribution au budget de la nation, celui-ci sera en souffrance. Ou plus exactement, les États devront emprunter pour faire face à la demande sociale. Mais, qui dit emprunter, dit également alourdir la dette publique et la charge des intérêts, et donc la demande adressée à des citoyens pour participer au remboursement de cette dette.

Mais que faire si les revenus des citoyens diminuent ? Faire payer les plus riches pour régler la facture de la péréquation de l’intervention sociale publique et le fonctionnement régulier de l’État, tout en maintenant l’investissement public et les interventions régulières pour soutenir l’activité économique en difficulté ? Créer de nouveaux impôts et taxes pour renflouer les caisses publiques ? Revoir, refonder et assouplir les règles des mécanismes de l’ordre économique et monétaire international ? En effet, la France et l’Europe, comme de nombreux pays industrialisés, devront affronter une panne sévère de plusieurs moteurs de l’économie. Cela est vrai pour tous les pays qui auront fait le choix du confinement total de plusieurs semaines. Le défi économique s’accompagne du traitement des situations sociales qui se dégradent, suite à la faillite des entreprises et au chômage de masse qui en résultera, en plus du traitement de la pauvreté et de la précarité.

Sur le plan politique enfin, comment les finances publiques devenues exsangues pourront-elles cohabiter avec l’ambition d’assainir la gestion publique ? Qui va se serrer la ceinture ? Ne devrait-on pas revoir les institutions et élaguer les fonctions non indispensables au bon fonctionnement de la nation ? La France a-t-elle besoin de plus de 30 ministres, avec plusieurs dizaines de membres dans chaque cabinet ministériel ? Le Parlement de 925 membres pour 67 millions d’habitants n’est-il pas pléthorique quand on sait que les collectivités locales ont également leurs parlements : les conseillers communaux et communautaires pour les communes, les conseillers départementaux et les conseillers régionaux ? L’on peut même remettre en cause le coût de fonctionnement du Parlement européen, dès lors que tous les pays membres de l’Union européenne paient un lourd tribut dans la mortalité au covid-19 et la chute des économies liée au confinement.

L’Union européenne peut-elle survivre en l’état aux très regrettables égoïsmes nationaux observés pendant la gestion de la crise sanitaire ? Les nationalismes et le populisme ne vont-ils pas se réveiller partout ?  Les règlements de comptes politiques ne vont-ils pas polluer le légitime débat démocratique et la recherche sereine des responsabilités dans les dysfonctionnements constatés au cours de cette inédite crise sanitaire ?  Le coût politique du covid-19 en Europe et dans les grandes démocraties éprouvées se mesurera aux résultats des prochaines élections et imposera des choix concrets aux dirigeants. Il y aura des remaniements ministériels dans les pays où la gestion de la crise sanitaire n’a pas été exemplaire. Mais, ce sera souvent tout le fonctionnement de la chaîne de décision et la levée des zones d’ombre qu’il faudra revisiter. Les risques politiques peuvent très rapidement bouleverser les paysages nationaux actuels et même provoquer d’autres violentes crises multiformes dans les pays. En France, l’instabilité croissante de la sociologie électorale devient de plus en plus favorable aux souverainistes, et accompagne les revendications de plus en plus radicales de l’écologie politique. Le dernier état des lieux aux élections européennes 2019 été dressé dans  l’ouvrage ci-dessous.

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