Le général Nezzar à Algeriepatriotique : «Il faut combattre Daech par tous les moyens !»

Le général Nezzar à Algeriepatriotique : «Il faut combattre Daech par tous les moyens !»

Algeriepatriotique : Comment expliquez-vous la vague d’attentats sans précédent qui a frappé la capitale française, Paris ?
Général Khaled Nezzar : La nature du terrorisme qui sévit dans le monde ne peut être expliquée qu’à travers une étude académique de spécialistes tant ses mécanismes, qu’ils soient sociopolitiques ou psychologiques, sont complexes. Toutefois, son cheminement peut être abordé sans risque de se tromper. Ce phénomène, observé ces dernières décennies, a pris de plus en plus d’ampleur lorsqu’il s’est paré de religiosité. Auparavant, il était laïc au XIXe siècle, puis révolutionnaire dans les années 1980, prôné et pratiqué par des extrémistes gauchistes, surtout en Allemagne et en Italie. Nous ne sommes qu’au début de ce terrorisme nouveau qu’on appelle«terrorisme islamiste».
Quelles sont ses origines ?
Il est apparu dans les années 1980 suite à la guerre d’Afghanistan où, pour affronter les Soviétiques, donc le communisme ennemi de l’islam, les Américains eurent recours à la mobilisation de volontaires musulmans issus de tous les pays. Une fois l’armée soviétique boutée hors d’Afghanistan, ces brigades auréolées de leur victoire retournèrent dans leurs pays respectifs pour y mener le «djihad». L’Algérie fut leur première cible. Dix années durant, l’Algérie a combattu seule et a payé le prix fort, le terrorisme n’ayant épargné ni les membres des services de sécurité, ni les intellectuels, ni les journalistes, ni les civils, tandis que les femmes étaient la cible privilégiée des terroristes. Les massacres de villageois se comptaient par dizaines, comme ce fut le cas à Bentalha, Raïs, Béni Messous et Sig. Alors que les Occidentaux les imputaient aux militaires.
Pourquoi cet amalgame ?
Nous parlions de guerre contre les civils, alors qu’eux parlaient de «guerre civile», bien que de hauts fonctionnaires algériens aient été dépêchés dans les capitales occidentales pour expliquer le phénomène. Rien n’y fit. On nous répondait inlassablement : «Vous les avez spoliés de leur victoire en arrêtant le processus démocratique.» Il aura fallu que des innocents soient à leur tour victimes en ce jour du vendredi 13 novembre au Bataclan, en plein centre-ville de Paris et au Stade de France, pour que, peut-être, nous soyons compris.
Pourquoi le terrorisme islamiste a-t-il évolué aussi rapidement ?
Si ce terrorisme nouveau a évolué rapidement au point de s’attaquer à l’Occident, c’est parce que ses racines sont lointaines et remontent au colonialisme. Il faut revenir à cette période où les populations considérées de seconde zone étaient associées à un deuxième collège, déculturées et où l’on nous apprenait que nos ancêtres étaient des Gaulois. Le mépris était tel que toutes les femmes étaient des «Fatma» et les indigènes des «bougnoules».

Ce terrorisme remonte aussi loin dans l’histoire contemporaine ?
Oui. Mais il y a aussi la question palestinienne. Cette cause noble et juste est celle de tous les musulmans dont El-Qods est le berceau. Il est incompréhensible, voire inadmissible, pour les musulmans que le pèlerinage au troisième Lieu saint de l’islam leur soit interdit. La politique inique que mène Israël en terre occupée est encouragée et soutenue par un Occident donneur de leçons. On nous réplique à la face la perpétuelle rengaine qu’Israël brandit à tout bout de champ : «Hamas égal terrorisme !» La phrase de feu Ben M’hidi, à l’époque de la guerre d’Algérie, «donnez-nous vos avions et nous vous donnerons nos bombes» est significative à plus d’un titre. Régler le problème palestinien, c’est régler celui du Hamas. La balle, à ce moment-là, sera dans le camp palestinien et celui des Arabes.

Il y a donc une relation directe entre le problème palestinien et la recrudescence du terrorisme islamiste…
Une solution à ce problème d’une manière juste et équitable réduirait sensiblement, sinon définitivement le terrorisme. Le parti pris des Occidentaux et, surtout, des Américains dans ce conflit est non seulement inexplicable, mais aussi insupportable aux yeux de tous les musulmans.

Le terrorisme est-il, dans ce cas-là, une guerre de civilisations ?
Les ferments d’un affrontement des civilisations couvent et les signes avant-coureurs se manifestent de plus en plus. Il est temps que le monde se réveille pour y mettre un terme définitif. Celle dont on nous rabâche les oreilles à chaque instant est menée contre l’islam et non l’inverse. Autrement, pourquoi courir au secours des minorités chrétiennes alors qu’elles ont vécu en symbiose avec l’islam pendant deux millénaires ? L’Occident est foncièrement avec Israël bien que cet Etat ait tort et affiche ostensiblement son aversion envers les Arabes. Sinon, pourquoi tous ces vétos à chaque fois que la question palestinienne est soulevée à l’ONU ? Pourquoi courir au secours d’Israël à chaque fois qu’il est en guerre avec les Arabes ? Qui a fait d’Israël un pays nucléaire ? N’est-ce pas la France de Guy Mollet qui céda aux exigences de Ben Gourion pour se joindre à la tripartite contre l’Egypte et le débarquement de Suez en 1956 ? Tout ceci explique la radicalisation de certains dont je n’approuve aucunement la doctrine et le comportement criminel. Nous avons été les premiers à en payer le prix. Les musulmans sont les premiers à pâtir de ce phénomène. Les pertes se comptent par centaines de milliers de morts et des pays sont entièrement ravagés.

Revenons aux attentats de Paris. On connaît les exécutants. Mais qui sont les commanditaires ? Qui tire les ficelles ?
Les attentats de Paris ont, par leur violence et leur soudaineté, affligé tous les Français et le monde dans son ensemble, parce qu’ils ont ciblé des innocents. Nous prions pour eux, de même que nous compatissons avec toutes les familles endeuillées par ces procédés abjects qui ne relèvent pas de l’islam. Ils sont perpétrés par des ignares financés par les pétrodollars et endoctrinés par des dogmes d’un autre temps, au point où leur vie et celle des autres ne comptent pas. Leur faire la guerre est une nécessité absolue, mais faire la guerre, c’est se tromper d’ennemi.

«Leur» faire la guerre, mais ne pas faire la guerre. Qu’est-ce à dire ?
D’autres moyens existent. Il faut cerner cet ennemi, cerner ses procédés et le combattre par tous les moyens. Faire la guerre, c’est la mener contre Daech et, dans ce cas, les bombardements ne suffisent pas. Daech est connu. Il dispose d’un espace et d’une force et se dit être un Etat. Il frappe aux portes de l’Occident, du Maghreb, du Sahel, en Afrique et aussi partout dans le monde. Il est temps de le prendre au mot et de le détruire.

Comment ?
Pour ce faire, il faut impérativement disposer de troupes au sol, seules à même de le neutraliser définitivement.

Une telle action terroriste pouvait-elle être évitée ?
On s’étonne et on est parfois surpris que les terroristes portent l’action sur le sol français. La riposte est, dans ce cas, impérative et inéluctable. Aussi ignobles que puissent être les procédés utilisés contre des civils, ceux qui les emploient savent ce qu’ils font et visent à créer le désarroi dans la population, à saper le moral et à diviser la société. Cependant, il faut se rendre à l’évidence : il fallait s’attendre à une riposte à une attaque partie d’abord des Etats-Unis et de leur coalition et qui a infligé des pertes bien plus sévères. Il suffit de s’imaginer dans quel état se trouvent l’Irak, la Libye, la Syrie et le Yémen actuellement. Loin de moi l’idée de dédouaner ces monstres, mais la politique de va-t-en-guerre du gouvernement français laissait présager de telles ripostes.

Les mesures annoncées par les autorités françaises sont-elles suffisantes pour parer à de nouvelles attaques ?
La tactique employée est celle que nous appelons dans le jargon militaire la «guerre du faible au fort» qui est menée selon des procédés que nous connaissons maintenant. Il s’agit de s’y préparer en vue de leur faire échec. L’emploi du kamikaze et le choix de la cible ont pour but de frapper les esprits en vue de déstabiliser l’Etat. Les explosions au Stade de France étaient une diversion au profit d’une action plus brutale menée au Bataclan et dans le centre-ville.

Pourquoi Paris spécialement ?
Le choix de Paris a eu pour raison essentielle la connaissance du milieu dans lequel les terroristes allaient opérer, la base de départ fut la Belgique pour plus de facilité d’accès. Les commanditaires des attentats de Paris ont eu recours à des Français pour mieux cerner leurs objectifs. Ils profitent du terreau existant en France pour le recrutement en vue de leurs basses besognes. A Saint-Denis, les renseignements ont joué pleinement et ont pu débusquer un commando de trois personnes armées, les autres éléments appréhendés, qui étaient chargés du soutien logistique, l’ont été dans le cadre des perquisitions qu’autorise l’état d’urgence. Il reste à souligner que dans le cadre de ce type d’actions, le rôle du renseignement est primordial et doit répondre avec toute la célérité que lui imposent ses missions. L’assèchement du terreau existant doit se faire avec toute la minutie qu’exige une telle situation. Les précautions, dans ce cas, sont à prendre pour éviter toute radicalisation. L’islamophobie raciste dont se parent certains commentateurs de télévision et autres fait partie intégrante des précautions à prendre pour éviter toute radicalisation.
Propos recueillis par M. Aït Amara

About Tjefin

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.