Le Gouvernement du Sénégal engage le combat contre la traite des enfants, les défenseurs des Droits de l’Enfant apprécient

Les opérations pour le retrait des enfants de la rue ont commencé jeudi 30 juin 2016 sur toute l’étendue du territoire sénégalais. La région de Dakar, avec ses 30. 000 petits mendiants, est concernée au premier chef, selon la Direction des droits, de la protection de l’enfance et des groupes vulnérables du ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfance. Une mesure saluée par les défenseurs des droits de l’Enfant.

Le directeur des droits, de la protection de l’enfance et des groupes vulnérables a annoncé le démarrage des opérations de retrait des enfants de la rue pour traduire en actes la directive du président Macky Sall qui veut que l’on garantisse l’intérêt supérieur de l’enfant, son accès aux offres de services d’éducation et de santé. Selon Niokhobaye Diouf, cette action sera menée sur l’ensemble du territoire national, en particulier à Dakar du fait de son caractère principal de zone d’accueil pour les enfants mendiants.

L’objectif principal décliné par les autorités consiste à identifier et à retirer progressivement tous les enfants en situation de vie dans la rue. L’opération de retrait va demeurer, pour sa phase préparatoire, dans les centres d’accueil, avec l’accompagnement nécessaire pour répondre aux normes de prise en charge des enfants. Ensuite, il y aura une phase de sommation, avec l’identification des zones pourvoyeuses et de chute d’enfants mendiants.

Les ministères de l’Intérieur, des Forces armées et de la Justice, ainsi que les gouverneurs et préfets sont saisis de l’opération qui va être coordonnée à travers trente quatre comités installés dans 45 départements. Niokhobaye Diouf a aussi invité les acteurs de la société civile, particulièrement les communautés, les leaders religieux, les organisations des maîtres coraniques et les familles à appuyer le gouvernement dans la mise en œuvre de cette campagne. « Il est de notre devoir de freiner ce phénomène qui inhibe tous les efforts entrepris pour promouvoir un capital humain capable de porter haut le flambeau de notre nation », a-t-il dit.

Les enfants retirés ne vont pas tous intégrer l’école française. « Nous allons étudier les caractéristiques de chaque enfant. Ils seront orientés aussi bien vers des centres d’accueil que des « daaras » modernes et autres structures de qualification », a-t-il fait savoir. La campagne va mettre un terme à la mendicité de 30.000 enfants sur les 54.000 enregistrés dans la presqu’île du Cap-Vert. Selon Niokhobaye Diouf, plus rien ne justifie aujourd’hui la présence massive de centaines de milliers d’enfants dans la rue.

A Dakar, la mendicité génère au moins 5,475 milliards de FCfa par an. Cette estimation est faite par Issa Saka, coordonnateur de projets à l’Office des Nations Unies contre la drogue et les crimes (Onudc). « Il y a au moins 30.000 enfants qui mendient dans les rues de Dakar. On leur demande de ramener chacun un montant quotidien qui tourne autour de 500 FCfa. Quand on multiplie cette somme au nombre de mendiants, ça donne 15.000.000 de FCfa par jour, soit 5,475 milliards de FCfa l’année », a-t-il estimé, avant de préciser que cette somme ne concerne que Dakar parce qu’à Thiès, Saint-Louis, Tambacounda, Kolda, etc., les enfants de la rue ramènent aussi des dizaines de milliards de FCfa qu’ils versent annuellement aux adultes.

Réaction des défenseurs des Droits de l’Enfant

Prenant part à un débat sur la Radio Futurs Médias (RFM) portant sur cette nouvelle mesure, plusieurs défenseurs des droit l’Enfant ont exprimé leur satisfaction.

Expert en Droit de protection des enfants, Bassirou Kébé a salué la décision de l’autorité et précisé que cela est faisable si la volonté politique accompagne la mesure.

De l’avis de l’ancien directeur de la Protection de l’Enfant, les services de l’Etat peuvent matérialiser l’acte grâce à l’appui du Gouvernement qui a les moyens d’aller jusqu’au bout. Même si Bassirou Kébé juge que cela ne semble pas aussi facile que l’on puisse le penser, il soutient par ailleurs que les besoins de l’Enfant doivent être pris en charge par les services publics. Au-delà de la Loi, l’Etat doit augmenter son financement au département qui s’occupe de la petite enfance ajoute-t-il.

En réponse aux réticences qui peuvent naître, M.Kébé admet que certains lobbys ne ménageront aucun effort pour freiner l’élan du Gouvernement dans sa politique. Mais il estime seul l’Etat a les monopole de la violence légitime. 

Pour Imam Oumar Diène de la Grande mosquée de Dakar, la mesure vient à son heure. De l’avis du religieux, ce phénomène est dénoncé par tous, l’Islam ne cautionne pas la mendicité chez l’enfant. Pour preuve, il rappelle que parmi les personnes devant bénéficier de l’aumône et citées par le Coran, les enfants n’y figurent pas. C’est pourquoi il faut arrêter de les utiliser comme une industrie. Toutefois, Imam Diène précise que si l’enfant est orphelin, il incombe à l’Etat de le prendre en charge. 

Signalons, enfin, que lors de son allocution à la cérémonie officielle, à l’issue de la messe solennelle de pèlerinage de Poponguine 2016, Mgr Benjamin Ndiaye, Archevêque de Dakar, avait déclaré : « Nous voulons au nom de la Miséricorde divine attirer l’attention sur la nécessité de mieux protéger les enfants en les aimant, les respectant, les retirant de la rue, (…) en assurant leur éducation et en assumant nos responsabilités comme parents, autorités étatiques, religieuses, éducateurs et personnes adultes ».

Source: seneglise.sn

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